août 27, 2008
Qui m'espionne ?
« C’est impossible que ce soit Foreman, me disait Wilson hier, alors qu’il était venu passer la soirée chez moi.
Je n’en menais pas large. Le retrouver assis, à côté de moi sur mon canapé, un verre à la main, après tous ces longs mois d’absence me procurait une sorte d’apaisement, mais aussi, sans que je sache vraiment pourquoi, une forme d’appréhension. C’était assez paradoxal, et je luttais pour ne rien en laisser paraître. J’avais sorti mon meilleur Bourbon, grande réserve, mais nous y avions à peine touché. Qui aurait pu penser en nous voyant ainsi tous les deux, que nous venions de traverser cette tornade ?
Sur mon grand écran, en sourdine, Chris Jericho venait de se faire surprendre par une astucieuse clef de jambe de Shawn Mickaels. L’arbitre n’allait pas tarder à prononcer la fin du combat.
J’étais perdu dans mes pensées. Il crut que je doutais de son raisonnement.
- Ce n’est pas le style de Foreman de rendre aussi précisément des comptes, et surtout de manifester ouvertement de l’inquiétude pour toi. Foreman n’est rien de plus qu’une version colorée de toi, House, a-t-il expliqué.
- Faudrait éviter de le lui dire, je pense pas qu’il apprécierait.
- Dans le fond, il le sait. Tu as pensé à Kutner ?
Je me suis gratté la tête en réfléchissant intensément.
- Ca ne lui ressemble pas non plus, ai-je dit. Rien n’atteint Kutner. La seule fois où je l’ai entendu vaguement râler c’est quand le comateux a eu une visite surprise et qu’on a été obligés de déserter la chambre à l’heure de General Hospital… Kutner se fiche bien pas mal de tout le reste. C’est un type reposant.
- Et Taub ?
- Tout ce que je sais c’est qu’il est fourbe et a les dents longues. Il ne prendrait pas le risque de me décevoir, parce qu’il tient à sa place plus qu’à tout le reste.
Je me suis penché pour prendre mon verre et absorber une lampée de bourbon.
- Thirteen me redoute trop. Nous partageons un secret, ai-je continué. Elle a pour moi une sorte de respect et de crainte, et elle ne se mêle jamais de mes affaires.
Wilson, par pur mimétisme, s’est aussi emparé de son verre. La preuve qu’il n’était pas aussi à l’aise qu’il le paraissait. Il a soupiré nerveusement.
- Tu ne trouves pas que c’est une perte d’énergie de savoir qui t’espionne ? Après tout, tous les regards de l’hôpital sont braqués sur toi. Si ça se trouve, c’est quelqu’un que tu ne connais même pas et qui aurait été mandaté par Cuddy …
- J’y ai pensé, figure toi. Je ne vois pas pourquoi Cuddy aurait fait un truc pareil. Son départ ressemble surtout à une fuite précipitée. Elle a juste eu besoin de changer d’air, elle n’aurait pas mis tout ça en œuvre.
L’œil de Wilson s’est allumé tandis qu’il se tournait vers moi.
- Tu te trompes au sujet de Cuddy, a-t-il dit avec force. Tout dans son attitude indique la fuite, mais ne te laisse pas avoir. Elle attend un signe de toi…
J’ai haussé un sourcil, étonné par sa posture soudaine, la conviction qu’il tentait de mettre dans ses propos. Comme je le dévisageais sans comprendre, il s’est penché vers mon Apple posé sur la table basse, a ouvert le navigateur et est allé sur ses emails.
- Je ne devrais sans doute pas te faire voir ça, a-t-il admis, résigné en posant le portable sur mes genoux
C’était un mail de Cuddy, daté de l’avant-veille :
On m'autorise enfin à sortir un peu de mon silence pour retrouver mes amis.
Vous êtes trop discret comme toujours. Mais je sais que vous gérez l’hôpital à la perfection.
Je voudrais juste que vous n’oubliez pas qu'en acceptant de reprendre ma place, vous vous êtes également engagé vis à vis de lui.
Je m'inquiète.
Il a besoin de vous.
Refaites le puzzle...Retravaillez ensemble.
Faites tomber ce mur qui est entrain de tous nous détruire.
Le hasard nous a disloqué.
Et si on prouvait à la vie que nous sommes à sa hauteur ?
J’ai lu avidement, plusieurs fois, puis j’ai fini par remettre l’ordinateur à sa place, sans dire un mot.
Wilson me regardait avec attention. Il cherchait en moi la moindre trace d’émotion. Je me suis contenté de me concentrer sur la défaite de Jericho, sur Catch Channel.
- Elle n’est pas aussi solide qu’elle voudrait te le faire croire, Greg, m’a révélé Wilson, très sérieusement. Au lieu de perdre ton temps à chercher cette taupe, tu ferais mieux d’essayer de comprendre le pourquoi de son départ. Tu n’imagines pas l’impact que tes mots amers ont sur Cuddy. Ce n’est pas la première fois que tu la déstabilises profondément. Je l’ai vue une fois s’effondrer parce que tu n’avais pas été tendre, comme à ton habitude. Crois moi, ton avis compte pour beaucoup dans ses choix. Il y a un tas de choses que tu ignores sur elle.
- Pourquoi me le dire seulement maintenant ? Ai-je demandé d’un ton sec, les yeux braqués sur l’écran.
- Je me suis toujours dit que je n’avais pas à me mêler de votre histoire, m’a répondu Wilson, impassible.
- Notre histoire… Cuddy et moi avons-nous une histoire ? »
Wilson resta perplexe quelques secondes. Visiblement, ma remarque le désarmait plus qu’autre chose. Je n’avais pas l’intention d’en rajouter. D’autant plus qu’à la télé, Matt Hardy venait de faire irruption sur le ring, se trémoussant et exhibant ses biceps surgonflés sur fond de Marilyn Manson.
Finalement, il poussa un soupir exaspéré devant mon mutisme, et se laissa retomber sur le dossier du canapé. Il se servit une dernière rasade de Bourbon, à laquelle il ne toucha pas, en définitive, campant résolument à mes côtés, songeur, les bras croisés.
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août 25, 2008
To be or not to be
Ce midi, à la cafet’, une ménagère de plus de cinquante ans, de style bigot, est venue me saluer avec des airs affectés alors que je déjeunais avec Wilson. Je devais apprendre un peu plus tard que cette brave dame était l’épouse de James Horwell, un de nos plus prestigieux membres bienfaiteurs.
« Dr House ? A t-elle demandé en m’appréhendant. Je tenais à vous féliciter pour votre intervention magistrale et passionnante de l’autre soir.
Je me suis levé, un peu empêtré entre ma canne et la table encombrée, pour lui toucher succinctement la main. Mon regard devait en dire beaucoup plus que ce que la bienséance m’autorisait : j’ai horreur de ce genre de civilité fausse, et d’autant plus lorsque je suis à table.
- C’est bizarre, a-t-elle dit avant de me quitter, me détaillant comme si je sortais d’une fosse à purin. J’ai eu beaucoup de mal à vous reconnaître…
Lorsque je me suis assis à nouveau, et qu’elle se fut un peu éloignée, Wilson, le regard amusé a cru bon de me faire la morale.
- Tu devrais soigner ton look, tu sais, m’a-t-il conseillé. Certains clodos sont encore mieux sapés que toi. Passe encore que tu refuses le port de la blouse, mais les chemises froissées, les t-shirts délavés, ça ne pousse pas vraiment à la confiance.
Prenant un air faussement surpris, j’ai fait mine de m’examiner sous toutes les coutures sans rien trouver à redire.
- Excuse moi de ne pas avoir bâti ma notoriété sur ma façon de porter un complet veston Armani, ai-je répliqué. Est-ce la tenue qui fait le médecin ? Dans quel module ils abordaient la question, déjà, à la fac ?
Wilson a levé les yeux au ciel.
- Je sais bien que le Grand Gregory House se passe de toutes les convenances existantes, a-t-il dit, mais malheureusement l’image est quelque chose de capital. Par exemple, est-ce que tu ferais confiance à un dentiste à qui il ne resterait qu’un malheureux chicot ?
Je venais de mordre dans mon hamburger. Lorsque j’ai répondu, la bouche pleine, Wilson a subrepticement reculé sa chaise.
- Pas si la seule dent qui lui reste est fausse, non.
Dans la foulée, j’ai englouti plusieurs gorgées de mon milk-shake. Wilson me toisait maintenant comme s’il venait de décider que mon cas était désespéré.
- Je trouve ça marrant, cette fixation que vous faites, vous autres, sur les apparences, j’ai continué. Tu sais, moi aussi j’ai mes propres critères, et ils sont tout aussi valables, bien que non fondés sur des considérations hygiéniques ou esthétiques à la mord moi le nœud.
- Je serais curieux de les connaître, a répondu Wilson, amusé.
J’ai englouti une énorme bouchée de donut avant de répondre, les yeux dans les yeux de Wilson.
- La confiance n’est pas une affaire de bon look. Tu te souviens du toubib dans The Love Boat ?
Wilson, moqueur, a réprimé un éclat de rire derrière sa main.
- Adam Bricker… Comment contrecarrer une telle référence ? A-t-il plaisanté.
J’ai pris le même ton docte que celui que j’avais adopté en amphithéâtre deux jours auparavant.
- Je peux t’assurer que pour être un médecin crédible lorsqu’on exhibe aussi pitoyablement ses genoux cagneux en bermuda, faut y aller ! Et je parle même pas du fait qu’il avait peur de son ombre. Ce type était un anti-médecin, quand on y pense.
- Mais dans le cas de The Love Boat, la question de confiance ne se pose même pas : Bricker était le seul généraliste à bord… On était forcément obligé de faire appel à lui.
J’ai secoué négativement la tête, fidèle à mon raisonnement.
- Non. Le fait est que ce type inspirait vraiment confiance. Il aurait pu te convaincre de te monter lui-même, entre deux escales, un anus artificiel à base de cartilages de requins pour une simple crise d’hémorroïdes passagère. Ce type savait amadouer, séduire, persuader, c’est un fait.
- Et tu expliques ça comment ? M’a demandé Wilson, pensif.
- Il avait le truc.
- Le truc ?
- Oui, le petit détail qui fait que l’on est prêt à lui accorder crédit, le genre de chose qui le distingue des autres et qui montre qu’il est fort d’un savoir que les autres n’ont pas.
Et comme Wilson demeurait perplexe :
- Des énormes lunettes, avec une monture écaille, ai-je annoncé fièrement. C’était son signe distinctif. A croire qu’il était né avec tellement elles lui collaient à la peau…
- On peut même dire qu’elles avaient une longueur d’avance sur lui, question croissance, a complété Wilson, gaiement.
- Toujours est il que ce genre de détail a son importance. Sans le savoir, chacun cherche à imposer à la vue d’autrui le truc qui le démarquera automatiquement en tant que médecin. Si on considère que tout le monde est en blouse blanche à l’hôpital, qu’est ce qui différencie un médecin d’un aide soignant aux yeux d’un patient ?
Tout en posant ma question, j’avais entrepris de siphonner le fond de mon gobelet de milk-shake, à grandes aspirations bruyantes, et encore une fois, beaucoup de regards convergèrent vers notre table.
- Les médecins mangent comme des porcs ? A avancé Wilson, un peu mal à l’aise.
De la tête, j’ai fait signe que non, masquant avec peine un rot.
- Tu as ceux qui exhibent leur stéthoscope à longueur de journée, ai-je exposé. Si tu observes Foreman, il l’utilise comme écharpe. Il doit l’enfiler directement après sa cravate, le matin. C’est son truc. En tant qu’homme de couleur il n’aimerait pas qu’on le situe d’office en bas de l’échelle. Chase aussi a eu sa grande période stéthoscope. Il en est revenu pour quelque chose de plus subtil… Mais Chase était un peu à part déjà : il le gardait dans sa poche, ne le sortait que lorsque c’était nécessaire, genre : « Eh salut les gars, je suis toubib mais je suis cool ! »
Wilson, d’un air faussement dépassé, a pris sa tête dans ses mains, sans cesser de sourire. J’ai poursuivi :
- Parmi ceux qui ont aussi opté pour le détail subtil, tu as Taub, Thirteen, Kutner et Cameron. Pour leur part, ils se contentent d’aligner une armada de stylos dans la poche pectorale de leur blouse. Ils disent clairement à qui les regarde : ce qui nous différencie du personnel en blanc, c’est que nous, on rédige des ordonnances. Et il est bien connu que les ordonnances se rédigent de quatre couleurs différentes.
Wilson, gêné, a porté son regard sur sa propre poche, elle-même garnie d’une demi douzaine de feutres à bille. Nos regards se sont croisés, mais je n’ai pas cillé.
- Ce qui m’amène à me poser la question suivante, ai-je enchaîné. Est ce que la bonne image ou la notoriété d'un médecin est accrue par le nombre de stylos présents dans sa poche ? En admettant que ce soit le cas, certains ont beaucoup de souci à se faire, on peut vraiment dire qu’ils ne lésinent pas sur les signes extérieurs. Taub et Chase ont indiscutablement des choses à se prouver, tandis que Cameron a adopté le style détaché, avec seulement un stylo à son palmarès.
J’ai essuyé mes lèvres d’un revers de manche. Wilson me dévisageait d’un air absorbé mais aussi avec une sorte de considération réjouie. Apparemment, je l’avais convaincu.
- Et c’est quoi alors, ton truc, à toi ? M’a-t-il demandé, nonchalamment.
- Moi ? Je me contente de sauver des vies et de faire mouche quatre vingt dix neuf fois sur cent. » Ai-je répliqué.
Il a bien tenté de répondre un truc, mais sa verve habituelle lui a fait faux bond.
J’ai cueilli ma canne qui reposait contre la table, me suis levé, et l’ai planté là, d’un air royal. Parfois, malgré ma patte folle, il m’arrive de me sentir aérien.
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août 20, 2008
The Muppet Show
Wilson avait l’air ennuyé hier. L’hôpital organise aujourd’hui un colloque interne destiné à rendre compte à l’ensemble du personnel des conclusions du congrès, qui s’est tenu à Hawaï sur les nouveaux virus et fléaux du XXIème siècle. Lorsque je suis passé devant son bureau, il était plongé dans la rédaction d’une synthèse sur les effets cancérogènes consécutifs aux risques NRBC*.
« Je dois avouer que l’absence de Cuddy me donne du fil à retordre, a-t-il déploré. J’ai un million de choses à boucler avant demain soir, sans compter que je dois assurer la majeure partie de la présentation.
Je me suis emparé de la plaquette qui traînait sur son bureau et l’ai étudiée un court instant.
- Je peux me charger de la partie bactériologique, ai-je proposé.
Il m’a regardé, les yeux ronds.
- House, je t’assure que t’as plus aucune raison de te flageller de la sorte. Passe ton chemin, reprends le cours normal de ta vie, va mater tes pornos, regarder L Word, emmerder ton équipe…
- Je te signale juste que j’assure comme une bête lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses, vu que c’est un peu la spécialisation que j’ai choisie.
- Ca tient la route, a-t-il convenu. Mais une autre de tes spécialités, et pas la moindre, c’est d’éviter tout ce qui pourrait te donner un surcroît de travail ou bien te confronter à un bain de foule. Dans le cas d’un colloque t’auras pas l’un sans l’autre. T’as pas pu changer à ce point en si peu de temps, House…
Calé contre son dossier, il me considérait avec suspicion.
- Je prends de l’âge, ai-je dit avec conviction. Ma crise d’ado a pris fin hier. Je me suis décidé à ne pas me relâcher au second trimestre pour ne plus être privé de Nintendo DS. J’aimerais tellement que tu sois enfin fier de moi, papa.
Il a secoué la tête, partagé entre amusement et doute, et m’a tendu d’un air résigné une partie du compte-rendu du congrès.
- Je ne suis pas en position de refuser de l’aide, de toute façon, a-t-il admis. Et j’espère que je n’aurai pas à le regretter…
J’ai calé le dossier sous mon bras, repris ma canne et ai lancé joyeusement en quittant son bureau :
- Je pars réviser dans ma chambre. Je te garantis un A+ ! »
Lorsque, après un bref passage chez moi, j’ai débarqué ce soir, dans l’amphithéâtre plein à craquer, vêtu d’un smoking noir impeccable, j’ai bien cru que Chase allait se prendre les pieds dans sa mâchoire inférieure. Cameron m’a lancé un long regard appréciateur et s’est chargée de rectifier mon nœud-pap’. Je m’attendais à tout moment à ce qu’elle m’ébouriffe les cheveux ou qu’elle me pince la joue.
Il y avait là tout le gratin de Plainsboro. Tous les vieux croûtons du CA, toutes les éminences, dans les premiers rangs. Le programme annonçait une dizaine d’interventions de quinze minutes chacune, assurées par les médecins et professeurs présents au congrès. Wilson, habillé en pingouin à l’allure très smart, présidait avec beaucoup de zèle. L’absence de Cuddy n’en était que plus remarquable.
Finalement, j’étais le seul intrus de la bande, et ce pour plusieurs raisons. Je crois bien que personne ne m’avait plus vu (depuis que Vogler m’avait mis le couteau sous la gorge) assurer une quelconque conférence. Lorsque Wilson, avec un air spectaculaire, a annoncé « la contribution du Dr House », les applaudissements étaient chargés d’une sorte de dissonance pleine de perplexité.
La tension était à son comble. A la manière dont l’auditoire me toisait, on aurait pu penser que j’étais moi-même un des fléaux dont j’allais parler.
« Mes bien chers confrères, mes chères consoeurs, ai-je commencé. C’est un honneur pour moi de vous faire part des dernières directives concernant la protection des populations civiles, mises en vigueur depuis les attentats du 11 septembre 2001, date marquant un tournant décisif au niveau de la prise de conscience mondiale du risque terroriste encouru.
Les cas de maladie du Charbon survenus peu après les attentats confirment l’existence de failles dans la détection de micro-organismes dangereux. Mon intervention, en trois points, sera axée sur des cas pratiques d’épidémies de variole. Le plan Biotox prévoit en effet une part de prévention, une partie concernant la surveillance et l’alerte, pour enfin aboutir aux mesures d’intervention en cas de crise. »
Je crois que je vais quand même vous épargner la suite. Retenez juste que les membres du personnel qui ont l’habitude de me côtoyer en sont tous restés comme des ronds de flan. Dans le fond, ils étaient plus captivés par l’idée de trouver une faille dans mes propos ou dans ma tenue, que par mon discours lui-même. Mon équipe affichait une sorte de fierté totalement déplacée, sauf Foreman, bien sûr, qui aurait bien voulu me piquer la place.
Lorsque Wilson est venu me rejoindre pendant le buffet, une flamme d’incrédulité scintillait dans son regard.
« J’ai de bonnes raisons de penser que mon ami House a été enlevé par des extraterrestres, a-t-il plaisanté alors qu’il nous commandait deux Bourbon au bar. Je ne sais pas trop si je dois me réjouir ou m’inquiéter, en fait. C’est vraiment déroutant.
Comme je ne répondais pas, il a enchaîné :
- Je me demande si la qualité de ton intervention n’a pas quelque chose à voir avec l’absence de Cuddy. C’est vrai, finalement. Lorsqu’elle n’est pas là, tu n’as plus à te faire remarquer, tu te fonds dans la masse, comme le reste du personnel.
- L’univers ne tourne pas autour de Cuddy, me suis-je défendu d’un air renfrogné. Et même si c’était le cas, je suis ce qu’on appelle un électron libre.
- Libre ou pas, l’électron n’en est pas moins rattaché à l’univers, et agit en conséquence… Tu ne m’ôteras pas de l’esprit que ce qui s’est passé ce soir est lié à son départ. C’était peut-être ta façon de te racheter ? »
S’il croyait que j’allais répliquer à ça, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Pour toute réponse je lui ai tourné le dos et ai cueilli ma canne au passage. Je suis allé traîner un peu en retrait de la foule, j’ai pris le temps de siroter quelques verres, jusqu’à ce qu’Ellie me retrouve et se propose de me raccompagner chez moi.
Elle m’avait trouvé -soit disant- très sexy en smoking et tenait à me montrer jusqu’à quel point.
(* Nucléaires Radiologiques, Biologiques et Chimiques).
21:41 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, wilson
août 18, 2008
Midi
A midi, à la cafétéria, il est venu s’asseoir face à moi. Je suis resté silencieux, un moment, à l’étudier, alors que lui demeurait plongé dans la contemplation de son gobelet de café. Nous devions ressembler à un couple de gays en pleine débâcle. Beaucoup de regards inquisiteurs convergeaient vers nous.
« J’aimerais que tu te taises et que tu me laisses parler, a-t-il déclaré alors que je n’avais même pas encore ouvert la bouche.
De la tête, j’ai fait signe que oui. Il avait l’air décidé, mais extrêmement mal à l’aise.
- Je veux que tu saches que tout ça me bouffe, Greg. Je ne sais pas vraiment où j’en suis, mais je crois que je suis sur le point de renoncer à tenter de comprendre pourquoi c’est arrivé. Je crois que j’ai investi trop d’énergie à essayer de refaire le film, j’ai décidé de l’utiliser à meilleur escient. Je ne veux plus cultiver de rancoeurs, de ressentiments, tout ça n’a que trop duré.
Il a bu une gorgée de café. J’ai bien vu qu’il déglutissait avec peine et n’osait toujours pas me regarder en face.
- J’ai eu besoin d’un certain temps pour comprendre qu’il n’y avait rien à pardonner. Ce qui s’est passé n’est pas plus injuste que ce qui arrive chaque jour à des milliers de gens. Ce n’est pas parce que c’est arrivé à moi que les choses diffèrent. J’ai saisi ce matin que je me suis comporté comme un idiot, que je me croyais plus intouchable que le reste du monde, tout ça sans doute parce que je passe mon temps à soigner, essayer de guérir les autres. Mon statut de médecin ne me dispense pas de mon lot de souffrances, comme tout un chacun. J’ai fait preuve d’une sorte d’orgueil à me situer en dessus des lois terrestres…
Il a tripoté pensivement la paille de son gobelet en carton, la faisant coulisser quelques instants dans son orifice, avant de la sortir tout à fait et de la froisser nerveusement entre ses doigts. Je ne savais pas s’il avait terminé ou pas, mais dans le fond, je n’avais rien à rajouter.
- Il… Il m’arrive encore de t’en vouloir, a-t-il péniblement continué. Lorsque c’est le cas, je tente de rationaliser, de me dire que c’est insensé. En même temps, c’est tellement humain. La rancune que je t’ai vouée ces derniers mois n’a pas été vaine. Il me fallait te haïr pour atteindre un certain stade, il fallait une raison à cette tragédie. Tu étais là quand c’est arrivé. La cause était toute trouvée. C’était si facile, au fond…
J’ai expiré un peu plus fort que je ne l’aurais voulu. Croyant sans doute que j’allais prendre la parole, il a levé la main, paume dirigée vers moi.
- Attends encore une minute… Je veux conclure en t’assurant que je sais, que tu t’es senti coupable, ne serait-ce que par rapport à elle. Je te connais, Greg, je sais que tu ne l’avoueras jamais à personne mais toi aussi tu as douté et essayé de refaire le film, remettant même en question ton talent de diagnosticien… C’est à mon tour de me sentir fautif maintenant, d’avoir mis cette responsabilité sur tes épaules. Je ne sais pas comment on va s’en sortir, toi et moi, maintenant que le mal est fait, mais on est suffisamment intelligents pour surmonter ça, non ?
Il m’a regardé à ce moment là et a esquissé un pauvre sourire. J’ai senti le poids immense qui me tenaillait depuis des mois quitter mon corps. J’avais la gorge sèche, nouée, et mes yeux – irrémédiablement humides- ne quittaient pas les siens. J’ai hoché affirmativement la tête, c’est tout ce que j’ai pu faire.
L’espace de quelques secondes, je l’ai retrouvé. L’éclat terne qui animait désormais son regard a fugacement disparu. Il m’a offert le meilleur sourire qu’il était capable de donner, compte tenu des circonstances, puis, tendant la main, il a avisé mon plat de frites à peine entamé devant moi. Sans trop réfléchir à ce que je faisais, j’ai poussé l’assiette au centre de la table, pour lui faciliter la tâche, avant de piocher dedans à mon tour.
Elles étaient froides, mais juré, c’était les meilleures de ma vie.
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août 11, 2008
Led Zep - Since I've been loving you
Cinquième Scotch. Je réclame ma part de silence. Je me donne du mal à faire croire que tout va bien, à l’hôpital. Cameron, me l’a demandé, aujourd’hui. Cameron repère le mal être de loin… Ou alors Ellie lui a parlé. Je ne sais plus ce que j’ai répondu…Mais dur, j’ai été sûrement très dur. Je veux être seul, sont-ils capables de l’entendre ? Qui se donnera la peine de comprendre enfin ?
Sixième verre. Chivas et moi. Mon ombre et moi. Je veux boire et me souvenir.
Ce jour-là, je voulais donner ma vie. Je ne sais pas si elle l’a su. Wilson ne lui a peut-être pas dit.
Nos derniers mots : elle avait froid. Elle était terrifiée. J’ai rampé jusqu’à elle au milieu des débris. J’ai vu la fémorale sectionnée, la chair percée par le mât en ferraille. J’avais du mal à garrotter avec l’écharpe. Puis j’ai pensé : Amantadine, complications. J’ai essayé de lui dire. Je n’ai pas pu.
J’ai froid. Restez avec moi. Les derniers échanges. Je ne l’ai jamais revue après. Du moins, consciente.
J’ai dû rêver ensuite, elle et moi, dans ce bus. Elle ne me laissait pas prendre sa place. J’y tenais pourtant, et puis c’était si bon, là-bas. Je ne souffrais plus et je n’avais plus besoin de me cacher.
Pourquoi elle et pas moi ? La vie ne devrait pas être un hasard. Vraiment.
Septième drink. Je suis coupable d’une certaine manière. On peut pas passer sa vie à jouer les enfoirés sans encourir le risque d’en devenir un. C’est un fait. Wilson a le droit de m’en vouloir.
Je ne la détestais pas. Tout le monde le croyait, même elle. Dans le fond, je l’admirais. J’ai oublié de le dire à Wilson au moment où il aurait fallu. Maintenant il est beaucoup trop tard.
Dans les yeux de Wilson, je peux lire : Tu t’en tires bien, au final, salopard…
S’il savait ce que j’endure. Combien de nuits à vouloir y passer, depuis ça.
Cuddy est la seule à deviner. C’est peut-être pour ça que je fais tout pour l’éloigner. Je refuse qu’elle me tende la main. Je ne mérite la main de personne.
Si la vie ne se charge pas de me faire payer, je le ferai moi-même.
Je suis prêt à encaisser toute la colère de Wilson. Il peut bien me haïr, il en a mille fois le droit. Qu’il me tue, si ça lui chante.
Encore un verre…
01:38 Publié dans Music | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : house, wilson, musique
août 09, 2008
Wilson
Lorsque je suis entré dans son bureau, aux alentours de midi, il m’a regardé comme… Disons comme il l’aurait fait pour une fiente de pigeon s’écrasant sur sa dernière paire de John Lobb à 500 $. Je pense que ça donne une idée assez juste de toute la légèreté de nos retrouvailles.
« House… A-t-il seulement dit, avec le même ton désolé que celui que Cuddy emploie lorsqu’elle me pince en salle de repos, à l’heure des consultations.
Je suis resté planté sur le pas de la porte, à attendre un geste de sa part, une invitation à m’asseoir. Au lieu de ça, il a continué à pianoter sur son ordinateur, impassible, les sourcils à peine un peu plus froncés.
- Il te fallait quelque chose ? A-t-il demandé, alors que j’étais plongé dans la contemplation de la moquette.
- Je voulais juste…
- Je ne te dirai pas où est Cuddy, a-t-il tranché sans même lever un œil sur moi.
Sa voix était calme mais ferme. J’ai acquiescé en silence, je ne m’attendais pas à mieux, de toute façon.
Il a continué à taper sur son clavier, durant ce qui m’a paru être une éternité. Je n’arrivais pas à me résoudre à tourner les talons.
Cela fait un mois, depuis ma reprise, que Wilson passe son temps à essayer de m’éviter. Cette proximité nouvelle n’en a été que plus déroutante. Je l’ai observé. J’ai relevé son teint pâle, le cercle terne autour de ses yeux, révélateur d’insomnies probables. Ses vêtements, autrefois ajustés, accusent facilement une taille de trop. Et surtout, ces trois derniers mois l’ont vieilli. Non pas physiquement, dans le fond, mais dans sa posture générale. Ses gestes m'ont semblé plus calculés, plus lents…
Beaucoup trop lents, à bien y penser.
- Une dépression réactionnelle ne nécessite pas de prise d’anxiolytiques, lui ai-je balancé, l’air de rien.
Il a soupiré et a tourné son visage vers moi. Son expression n’avait pas beaucoup changé, depuis la dernière fois où il m’avait rendu visite, aux soins intensifs. Toujours le même regard pénétrant, scrutateur, animé d’une rancœur maussade.
- Les antidépresseurs me semblent bien plus indiqués que l’alcool, a-t-il rétorqué, l’œil mauvais. L’avantage certain des antidépresseurs c’est qu’ils n’altèrent pas le jugement, ne rendent pas plus irresponsable et nous permettent de rester maître de nos actes.
- Si ta métaphore est destinée à me culpabiliser, c’est raté, ai-je répondu. Sache que ce n’est pas moi qui conduisais le bus ce soir-là. Je n’avais pas non plus préétabli de plan machiavélique destiné à liquider ta petite amie.
Il s’est levé. Les jointures de ses poings crispés, reposant sur son bureau, étaient blanches, les muscles de sa mâchoire se sont contractés sous l’effet d’une rage contenue.
- Qu’est ce que tu veux, House ? S’est-il écrié, furieux. Tu n’as donc aucune compassion ? Il faut que tu viennes m’accabler même au moment où tout fout le camp dans ma…
- La compassion ? L’ai-je coupé brutalement. Tu me demandes de faire écho à ta douleur ? Je n’ai pas besoin de ça pour comprendre ce que tu traverses, Wilson. Tu attends sincèrement de moi que je pleure avec toi ? Pour quelle raison ? Tu penses vraiment que porter un deuil à deux rendrait la perte d’Amber plus supportable ?
Durant quelques secondes, ses épaules se sont affaissées, sa tête a flanché, comme si son propre corps lui était devenu un fardeau. Lorsque ses yeux ont à nouveau croisé les miens, quoique légèrement humides, ils étincelaient de violence.
- Je t’interdis de prononcer son nom ! S’est-il exclamé avec une voix cinglante que je ne lui connaissais pas.
Je me suis approché du bureau, pour lui faire face à mon tour. Je me suis penché vers lui, sans pouvoir prendre la même posture, à cause de ma canne dans une main, et mon attelle sur l’autre.
- Reviens à la raison, Wilson, ai-je imploré. Je me fiche que tu me pardonnes ou non, mais… Regarde toi ! Tu es entrain de faire de… Comment dire… celle-que-je-ne-dois-pas-nommer , une sainte. Tu l’idéalises simplement parce qu’elle est morte prématurément…
- Sors d’ici, House ! A-t-il grondé entre ses dents, me menaçant du doigt.
Il ne bluffait pas, c’est certain. J’ai capitulé. Trop aveuglé par la colère, il était incapable de m’entendre. J’ai fait quelques pas vers la porte en soupirant, puis me suis tourné vers lui, un bref instant.
- OK, ai-je dit, résigné. Je me demande juste ce qui se serait passé si c’était moi qui y était passé à sa place… Lui en aurais-tu tenu la même rigueur, à elle ?
Il a accusé le choc. M’a désigné la sortie, d’un bras autoritaire, agité de longs tremblements. Je ne tenais pas spécialement à le voir craquer, et je sais qu’il y mettait aussi un point d’honneur. C’est l’unique raison pour laquelle je suis sorti, sans trop insister, même si je n’en avais pas terminé avec lui.
Je rentre à l’instant d’une virée nocturne. Je viens de m’accorder quelques pointes à 260 sur ma CBR jusqu’à la jonction de Far Hills, à Somerset County. Je pense être au clair au moins avec un point : Dieu, s’il existe, ne veut définitivement pas de moi là-haut.
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août 07, 2008
Where is Cuddy ?
Mardi, l’ensemble du personnel de l’hôpital a reçu une mystérieuse note de service, émanant d’un certain James Wilson, directeur improvisé de Princeton Plainsboro. Cette note nous informe que le Dr Cuddy s’absente pour motif familial jusqu’au mois de septembre. Quand on sait le peu de cas que fait notre doyenne de sa famille – et je sais de quoi je parle- il y a de quoi avoir la puce à l’oreille. J’ai donc mené mon enquête, de la façon que vous savez. C’est presque inquiétant de constater que Cuddy est toujours aussi naïve concernant ses mots de passe. Cela m’a permis d’économiser quelques dollars auprès de ma taupe attitrée au service informatique. Je laisse à votre entière appréciation ce petit échange dégoulinant de bons sentiments.
Lundi 4 août 2008 :
From : Lisa Cuddy
To : James Wilson
Je ne serai pas à mon poste demain.
Au vu des dernières péripéties de House, je dois vraiment prendre du recul. J’ai besoin de résoudre certaines choses. Samedi soir, j’ai complètement dérapé avec lui. Je ne me reconnais plus ces derniers temps.
Je prends trois semaines pour motif familial de première urgence.
Je pense que le CA vous confiera le bateau, je leur ai écrit dans ce sens.
Désolée d’alourdir encore votre fardeau.
Essayez peut être de vous rapprocher de House…lui aussi perd le cap.
À bientôt,
Lisa.
From : James Wilson
To : Lisa Cuddy
Si le CA est favorable à votre requête, je suis prêt à m’occuper de l’hôpital durant votre absence. Vous pouvez partir tranquille.
Je suis rassuré de vous voir prendre un peu de distance pour vous ressourcer. Quelques fois, on a tout à gagner en se tenant éloigné de House.
Vous me demandez de me rapprocher de lui, mais voyez ce que la proximité de cet homme vous fait subir. Il use son entourage jusqu’à la corde. Ne vous rendez pas malade à cause de lui.
Bien à vous,
James Wilson
J’ai omis de prévenir que les âmes sensibles devaient s’abstenir. Bref, cet échange, aussi passionnant soit-il, ne répond pas à ma question : Où est Cuddy ?
23:59 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, wilson