juillet 24, 2008
Plainsboro fried rats
Certains faits doivent rester privés, c’est exact. D’autres, en revanche, méritent d’être révélés à la face du monde.
Cuddy n’aura pas à regretter d’avoir attiré mon attention sur le sujet.
L’accomplissement de mon devoir de médecin, membre de cet hôpital, citoyen des Etats-Unis, est plus que jamais dans l’air du temps. C’est avec beaucoup d’ardeur que je m’attelle à la tâche aujourd’hui.
L’ardeur de ceux qui agissent en toute bonne conscience parce qu’ils estiment nécessaire de dénoncer des faits, par pur devoir de responsabilité civique.
Je ne pouvais pas rêver d’un meilleur outil que mon journal, qui, grâce au zèle de Foreman, a ce caractère intime, qui fait qu’à ce jour, il est largement plus consulté par l’ensemble du personnel de l’hôpital, que, par exemple, la Gazette Médicale , les notes de services ou les circulaires de Santé Publique.
Aux environs de midi, à la cafétéria de Princeton Plainsboro, madame X déjeune en compagnie de son mari, et de ses enfants. Cette aimable sexagénaire est venue rendre visite à sa mère, suivie pour un cancer du colon, dans le service du Dr James Wison.
Alors que madame X se délecte d’un succulent plat de champignons à la grecque, elle présente soudain des signes d’étouffement, se met à hoqueter, suffoquer, sous l’œil paniqué de sa petite famille.
Je déjeune seul, à proximité immédiate de cette brave dame en difficulté. Je choisis de ne pas intervenir tout de suite, de laisser ce soin à un médecin dont la notoriété serait encore sur la sellette. Il se trouve en plus, que j’ai horreur des frites froides.
Mais personne ne bouge. Je renonce à bipper Kutner sur ce coup là. Il assiste une splénectomie au bloc, et les autres membres de mon équipe ont des occupations tout aussi futiles.
Je me lève donc avec humeur et vient porter secours à madame X, sous l’œil humide et reconnaissant de son mari. Un rapide examen me permet de conclure à une dyspnée due à une obstruction trachéale. Monsieur X m’aide à relever madame, tandis que je prends derrière elle une pose peu mondaine pour effectuer une série de compressions thoraciques. Le corps étranger qui l’asphyxiait lentement ne tarde pas à jaillir de sa gorge et atterrit sur le linoléum de la salle, au beau milieu des badauds qui ont curieusement cessé de manger.
- C’est un os, m’annoncera un peu plus tard d’un ton catégorique, monsieur X, me tendant l’objet du délit enveloppé dans une serviette en papier.
Je suis retourné à mon plat de frites, tandis que Cuddy, sans doute alarmée par ses sentinelles, accourait dans la cafétéria. J’ai assisté, amusé, à la confusion, à son déploiement d’excuses, à la façon dont elle a brandi son décolleté sous les yeux de monsieur X, dont j’ai redouté à cet instant une apoplexie pure et simple. Quelques poignées de main, quelques œillades enjouées, et tout est rentré dans l’ordre.
La diffusion de L World a été ajournée cet après midi. Je me suis donc rendu au labo avec mon butin, soigneusement enveloppé dans la serviette estampillée Princeton Plainsboro Food.
J’en suis sorti quelques heures plus tard, avec un immense sourire aux lèvres. J’ai foulé le sol du bureau de Cuddy avec une joie triomphale.
- Quelle délicate attention de la part de nos diététiciens d’enrichir les crudités en protéine animale, ai-je dit. Il est clair que l’équilibre nutritionnel est une priorité nationale.
Comprenant ce à quoi je faisais allusion elle a levé les yeux au ciel.
- Ne soyez pas stupide, a-t-elle rétorqué. Ce sont des choses qui peuvent arriver en cuisine, de mélanger malencontreusement des ingrédients…
Je me suis laissé tomber sur le fauteuil, ai sorti la fiole qui contenait l’os, que j’ai agitée sous son nez.
- Vous irez sortir votre baratin aux végétariens de l’hôpital, mais je pense pas qu’ils vous applaudiront, ai-je continué. Oh, à propos, est-ce qu’il y aurait eu des fuites récentes au laboratoire d’expérimentation, vous savez, celui qui est situé juste en dessous des cuisines ?
Comme elle ne me répondait pas, se contentait de me fixer, d’un air désorienté, j’ai posé la fiole bien en évidence sur son bureau, avec les conclusions de mon analyse paléo-génétique :
- M’étonnerait pas qu’il manque un ou deux rats à l’appel, ai-je annoncé fièrement.
Je vous passe les détails sur son expression horrifiée, la crispation convulsive de ses mains, les nausées probables. Deux minutes de pur bonheur.
- House, pas de scandale, je vous en prie, a-t-elle murmuré en se reprenant. Je vais ordonner une enquête sanitaire, mais pas besoin d’ébruiter cette affaire. Je compte sur toute votre confidentialité, votre professionnalisme, et votre bon sens…
Ce en quoi elle a eu parfaitement raison.

18:38 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, nutrition