août 11, 2008
Led Zep - Since I've been loving you
Cinquième Scotch. Je réclame ma part de silence. Je me donne du mal à faire croire que tout va bien, à l’hôpital. Cameron, me l’a demandé, aujourd’hui. Cameron repère le mal être de loin… Ou alors Ellie lui a parlé. Je ne sais plus ce que j’ai répondu…Mais dur, j’ai été sûrement très dur. Je veux être seul, sont-ils capables de l’entendre ? Qui se donnera la peine de comprendre enfin ?
Sixième verre. Chivas et moi. Mon ombre et moi. Je veux boire et me souvenir.
Ce jour-là, je voulais donner ma vie. Je ne sais pas si elle l’a su. Wilson ne lui a peut-être pas dit.
Nos derniers mots : elle avait froid. Elle était terrifiée. J’ai rampé jusqu’à elle au milieu des débris. J’ai vu la fémorale sectionnée, la chair percée par le mât en ferraille. J’avais du mal à garrotter avec l’écharpe. Puis j’ai pensé : Amantadine, complications. J’ai essayé de lui dire. Je n’ai pas pu.
J’ai froid. Restez avec moi. Les derniers échanges. Je ne l’ai jamais revue après. Du moins, consciente.
J’ai dû rêver ensuite, elle et moi, dans ce bus. Elle ne me laissait pas prendre sa place. J’y tenais pourtant, et puis c’était si bon, là-bas. Je ne souffrais plus et je n’avais plus besoin de me cacher.
Pourquoi elle et pas moi ? La vie ne devrait pas être un hasard. Vraiment.
Septième drink. Je suis coupable d’une certaine manière. On peut pas passer sa vie à jouer les enfoirés sans encourir le risque d’en devenir un. C’est un fait. Wilson a le droit de m’en vouloir.
Je ne la détestais pas. Tout le monde le croyait, même elle. Dans le fond, je l’admirais. J’ai oublié de le dire à Wilson au moment où il aurait fallu. Maintenant il est beaucoup trop tard.
Dans les yeux de Wilson, je peux lire : Tu t’en tires bien, au final, salopard…
S’il savait ce que j’endure. Combien de nuits à vouloir y passer, depuis ça.
Cuddy est la seule à deviner. C’est peut-être pour ça que je fais tout pour l’éloigner. Je refuse qu’elle me tende la main. Je ne mérite la main de personne.
Si la vie ne se charge pas de me faire payer, je le ferai moi-même.
Je suis prêt à encaisser toute la colère de Wilson. Il peut bien me haïr, il en a mille fois le droit. Qu’il me tue, si ça lui chante.
Encore un verre…
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juillet 27, 2008
Alexi Murdoch - Orange sky
Découvrez Alexi Murdoch!
Juillet 95, ce dimanche mémorable.
Ce matin-là, elle était rayonnante, ses longs cheveux bouclés, son corps soyeux épousant le mien au milieu des draps froissés. Nous avons fait l’amour au réveil, comme souvent. Je me souviens ensuite d’elle nue, devant un miroir. Moi derrière, fasciné par l’éclat si particulier de ses yeux de jais, lorsque le soleil s’est faufilé dans notre chambre.
« J’aimerais tellement aller voir l’océan… » A-t-elle simplement dit, accrochant mon regard dans le reflet de la glace.
Je suis passé emprunter la voiture de Wilson, puis je suis revenu la chercher. Elle a accouru au bruit du moteur, vêtue d’une robe légère, ma guitare sous un bras, un sac contenant bières et sandwiches au bout de l’autre. Elle a sauté dans la voiture. Il était encore assez tôt, nous avons pris la direction de Keansburg.
Elle a beaucoup parlé. Je l’écoutais, les yeux braqués sur la route, et quelquefois sur ses jambes nues, lorsqu’elle les étendait sur le tableau de bord. Il était question d’avenir, de projets, d’insouciance, de choses simples. Beaucoup de ses phrases étaient ponctuée de petits rires clairs.
On a trouvé un coin retiré sur la plage, très loin des regards et des rassemblements. On a passé la journée dans l’eau, on a paressé au soleil, exploré la crique, observé les chalutiers qui sillonnaient la côte. Bien plus tard, nous avons savouré le coucher de soleil, les nuances du ciel s’embrasant lentement, passant du jaune safrané au rouge flamboyant. Une petite brise tiède balayait nos corps. J’ai fait un feu de fortune avec du bois flotté, et nous sommes restés longtemps, jusqu’à la nuit tombée, sans parvenir à nous résoudre à quitter l’endroit.
Ce jour là, nous retenions le bonheur à la force de nos étreintes, au creux de nos mains entrelacées, à l’intensité de nos regards.
Ce bonheur auquel elle aspirait, et que je n’ai pu lui promettre.

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