juillet 16, 2008
Le bout du tunnel
Ca devait arriver. J’ai Cuddy sur le dos depuis ce matin.
Les raisons de sa colère sont réelles. Je viens de vérifier sur mon calendrier : elle est encore à une semaine de son pic d’oestradiol.
Tout a commencé vers 11 heures.
Un digne sexagénaire, de modèle conservateur, se présente en consultation, accompagné de son épouse, honorable ménagère de plus de cinquante ans. Il est atteint d’une rectocolite hémorragique, probablement en plein stade évolutif.
C’est mon jour de chance. Je fais appeler Kutner. Non pas qu’il se distingue particulièrement dans le diagnostic rectal, mais précisément parce qu’il est en pause déjeuner.
Le patient prend une position proctologique sur la table d’examen, tandis que madame, angoissée et compatissante, se tient à ses côtés.
Kutner introduit dans le fondement du patient le rectoscope rigide. Quelques secondes plus tard, il me demande mon opinion sur quelque atteinte muqueuse rectale. Nous voici donc penchés tous deux, épaule contre épaule, sur l’orifice du patient, éclairé faiblement par la lumière du rectoscope, à spéculer sur le caractère sémiologique des ulcérations.
Le patient, qui jusqu’ici ne manifestait son incommodité que par une tension muette et stoïque, commence, au fur et à mesure que l’examen se prolonge, à gémir, à crier, à serrer les fesses, à se plaindre.
- Aie, messieurs, c’est très désagréable, tout de même !
- Encore un peu de patience, je vous prie, compatit Kutner, qui arrive au terme de l’examen.
Et il continue gaiement à fouailler les entrailles par des allers et retours, des rotations et des repositionnements de plus en plus énergiques de l’appareil. Le patient braille maintenant franchement.
- Je vous en prie, arrêtez ! J’ai trop mal ! C’est vraiment douloureux !
La petite voix flûtée, mais ferme, de madame, s’élève soudain à mes côtés. J’y relève quelques accents jubilatoires.
- Vous savez, je n’ai jamais cessé de lui dire que c’était désagréable. Au moins, maintenant, il sait ! Me glisse t-elle, les lèvres pincées.
Nous échangeons un regard bref, objectif et complice. Je me tourne alors vers Kutner et lui demande d’aller chercher l’artillerie lourde, le kit souple, celui qui nous permettra d’atteindre le bout du tunnel.
Et il se trouve que monsieur, drapé dans le peu de dignité qui lui restait, est allé ensuite se plaindre à Cuddy. Monsieur est Texan d’origine. Il m’accuse ouvertement d’avoir pratiqué l’examen avec une ardeur toute sodomite, ardeur que sa bonne moralité réprouve.
Cuddy est maintenant dans mon bureau, elle me sermonne impitoyablement, tandis que détaché, je rédige mon journal :
- Une sigmoïdoscopie sans anesthésie, House ? Vous avez perdu la tête ! Cet homme a dû endurer un vrai calvaire ! Croyez-vous que le procès systématique soit la seule issue normale à vos consultations ? Tritter ne vous a pas suffit ?
Etc.
De temps en temps, tandis qu’elle va, vient, virevolte, les bras croisés, je m’autorise un coup d’œil sur son postérieur moulé dans un élégant tailleur Jesse Khong.
Goddam, ma moralité n’a rien à envier à celle de Monsieur Texan.
15:10 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : house, medecine, proctologie, cuddy