août 17, 2008
Ce que je suis
Suis-je vieux ?
Disons que je n’ai plus vraiment d'âge. Je ne le connais que par rapport à la distance qu’il me reste à parcourir. J’ai peu à peu arrêté de suivre la course du temps. C'est devenu inutile, injustifié, ridicule même… D'ailleurs, ma montre a terminé son histoire au fond d'un tiroir. C'était une de ces nuits où son interminable tic-tac devenait assourdissant. Une nuit où on se sent en dehors du temps, en dehors de la vie. Une nuit où le jour est là trop vite, vitreux et terne, sale et collant. Un jour identique à tous les autres en fait.
Je n'aime pas le jour d'ailleurs… Il amène toujours trop de bruit, trop de contraintes, trop de mouvement.
Ma vie est réglée sur les impératifs de mon job, le radio-réveil donne le départ, le reste de la journée s'écoule insensiblement. Les étapes s'en répètent une à une, dans un ordre et un rythme aléatoires et surprenants mais néanmoins inchangés depuis des années. Pas besoin d'horloge, finalement, quand le temps est immuable.
Suis-je seul ?
Oui, bien sûr.
Je n’ai plus vraiment d'ami. Surtout ces derniers temps.
J’ai pris un soin particulier à rompre toute communication avec les importuns, les inutiles, les indélicats, les cons et les autres. Il y a longtemps que le téléphone a cessé de sonner. Je ne réponds d'ailleurs plus. Je ne connais pas mes voisins, ne leur demande rien, que le silence… Je n'aime pas le bruit des autres décidément. C'est logique… Le bruit, c'est le monde extérieur qui vous envahit sans vergogne. Sans pudeur non plus. Ce sont les autres qui vous colonisent sans scrupule, vous font partager leurs scènes de ménage, leurs lessives, leurs goûts musicaux généralement pitoyables, leurs diarrhées, leurs pulsions sexuelles, leurs progénitures hurlantes, leurs chiens gueulards…
Tout ça, j’ai appris à ne plus l'entendre. Le jour où Cuddy me dispensera tout à fait de consultations, j’en serai enfin affranchi.
J’ai une bibliothèque dont je suis très fier. Mais il n'y a rien à dire là-dessus. J’aime la musique parce qu’elle sonne bien mieux que les mots. Elle comble le silence de manière utile.
Je ne me parle même plus à moi-même, mes réponses n'étant que du bruit, superflues et fausses…
Je déteste le factice. Presque autant que le bruit.
Non, je n’ai pas d'enfant. Je n’ai jamais été marié d'ailleurs.
Et dehors ?
Je ne sors finalement que pour travailler…
Mais même là-bas, je suis loin…
Enfermé dans la cage vitrée de ma voiture, la cage vitrée de mon bureau…les gens défilent mais ne m'atteignent pas.
On dit de moi que je suis froid et secret. Je ne suis pas froid, ni même secret. Je suis ailleurs, c'est tout. Je suis dedans.
Je ne suis pas aussi courtois que je le devrais, c'est automatique chez moi. Lorsqu’il m’arrive de devoir donner le change, je n'en tire aucun plaisir. Etre courtois, c'est alimentaire, un peu trop nécessaire à son goût.
Je ne livre rien de moi, il y a longtemps que je n’ai d'ailleurs plus rien à offrir.
De même, que plus rien ne m'atteint réellement.
Le plaisir ?
Il doit bien en rester quelques uns… Rester seul, dans l'obscurité, écouter le silence et se sentir sombrer dans le non ressentir en compagnie de Jack (Daniels).
Le sommeil, parce que c'est encore, avant la mort, l'endroit le plus tranquille que je connaisse.
Un bon bain, la tête sous l'eau, parce que l'on y flotte étrangement, parce que rien n'y entre, parce qu'on se détache du reste. Parce que c'est silencieux et chaud, isolé et rassurant.
Quand cela a-t-il commencé ? Je ne sais même plus.
Si. Un jour je me suis bien rendu compte que je m'étais éloigné du monde. C'est arrivé comme ça…ça valait mieux sans doute. Je crois que j’ai travaillé à éliminer toute douleur de ma vie.
00:52 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : house, intime