août 12, 2008

Plainsboro's gooed worms (1)

Foreman s’ennuyait ferme cet après-midi. Après avoir mis toute la paperasse à jour, il errait comme une âme en peine dans les couloirs, à la recherche de quelque chose de grand à accomplir, histoire qu’aujourd’hui soit encore plus beau qu’hier, et bien moins que demain.

 

En tant que supérieur hiérarchique, il est de mon devoir d’encourager les motivations de chacun, d’aider les membres de mon équipe à se surpasser chaque jour un peu plus. Je me suis donc fait un plaisir de faire sonner son pager, alors que j’étais en salle de consultations. Il m’y a rejoint dans la minute, à l'affût, mais vaguement soupçonneux.

 

«  Un problème ? A-t-il demandé en passant la porte.

 

J’étais assis, un peu en travers sur un tabouret, face à une jeune femme allongée sur la table d’examen. Le regard de Foreman alla de moi à la patiente, puis revint sur moi pour me détailler avec insistance.

Je ne devais pas avoir fière allure. Je venais de restituer la quasi totalité de mon déjeuner aux toilettes et une sueur épaisse suintait de mon front. Malgré tout, j’étais revenu stoïquement à mon poste. Je ne voulais louper la suite pour rien au monde.

 

- Bon sang, vous êtes livide ! S’est exclamé Foreman en faisant un pas vers moi, sans doute dans le but de m’examiner de plus près.

 

- Et vous, vous êtes aussi sombre que mon humeur, ai-je rétorqué en lui décrochant un regard hargneux.

 

Ca a marché. Il n’a pas insisté et est resté sagement à sa place. Je lui ai désigné la jeune femme.

 

- Vous devez sûrement vous connaître. Millie est aide-soignante au service de gérontologie de Princeton.

 

De la tête, il a indiqué que ce n’était pas le cas, puis a échangé avec la patiente un sourire très professionnel.

 

- Millie rencontre quelques petits soucis d’ordre intime dont elle voulait nous parler, ai-je continué. Je l’ai examinée tout à l’heure, mais j’avais besoin d’un second avis.

 

J’ai eu droit au Foreman dédaigneux, durant quelques secondes. Il a haussé un sourcil et m’a toisé comme si je venais de lui faire une farce douteuse. Il est vrai que j’ai très rarement besoin d’un second avis. Et, quand bien même, je n’en tiens jamais compte.

 

- Je suis sérieux, ai-je ajouté flegmatiquement en me redressant sur ma canne et lui cédant ma place.

 

La jeune femme, un peu embarrassée, a adopté une position gynécologique. J’ai observé tout le savoir faire de Foreman, qui, avant de plonger tête première entre ses cuisses béantes, a quand même pris le temps d’établir un contact essentiel, de poser les questions de base, d’échanger quelques bagatelles. Puis, il a répété les gestes que je venais d’accomplir, quelques minutes auparavant, juste avant que je ne prétexte une urgence pour me hâter en catimini vers les toilettes.

 

Je suis d’un naturel très peu sensible aux odeurs, aux textures, à toutes ces petites merveilles qui proviennent du corps humain. Cela m’a été un atout précieux, lors de mes études, tandis que snobant mes camarades de promo, j’entamais une dissection post mortem avec le même enthousiasme que celui que j’avais eu juste avant pour un bon steak. Rien ne m’a jamais vraiment rebuté, à tel point que certains se demandaient si je bénéficiais de toutes mes facultés olfactives et visuelles. Le reste de mes facultés étant d’ores et déjà soumis à controverse à cette époque.

 

Je suppose que l’état dans lequel Foreman se trouvait lorsqu’il a levé la tête correspond à la lividité cadavérique chez un homme de couleur. J’ai deviné qu’il luttait avec lui-même pour continuer à faire corps avec son repas. J’ai vraiment du batailler pour ne pas sourire, mais mon expression jubilatoire me trahissait.

 

- Depuis combien de temps, ces… euh… pertes nauséabondes ? A-t-il demandé à Millie, en déglutissant avec peine.

 

- Une semaine ? A-t-elle avancé, comme si nous étions sensés en savoir plus qu’elle.

 

Foreman, les sourcils froncés, a cillé vers moi. Il s’est redressé, a rassemblé le matériel sur un chariot. A l’intérieur de ses gants en vinyle, ses mains semblaient anormalement moites. Il a effectué une prise de sang, puis quelques prélèvements sur les muqueuses vaginales de la jeune femme, dans un silence absorbé, tandis que je me chargeais des prescriptions. Ovules, antibiotiques, poire vaginale et solution probiotique en lavements.

 

- Vous pensez que c’est une vaginite ? A demandé la patiente, angoissée.

 

Je me suis rapproché, en tirant le tabouret pour prendre place à côté d’elle. J’ai planté mes yeux dans les siens.

 

- Ce n’est pas exactement une vaginite, ai-je répondu. Une seule chose est sûre, votre flore est un peu perturbée  Nous aurions besoin d’en savoir un peu plus sur vos habitudes sexuelles, ça pourrait nous faire gagner du temps. Vous êtes prête à me répondre aussi honnêtement que possible, ou bien vous allez vous débiner derrière de gros mensonges, comme la majeure partie des patients souffrant de pathologies douteuses ?

 

Evidemment, elle n’a pas apprécié. J’ai entendu Foreman pousser un profond soupir tandis que la jeune femme, se redressant sur son séant, croisait nerveusement les bras sur sa poitrine.

 

- Je n’ai rien à cacher, a-t-elle affirmé d’un ton froissé.

 

J’ai acquiescé pensivement.

 

- Bien. Ma question est la suivante : Avez-vous pour habitude de combler vos manques affectifs passagers avec des objets insolites ? (J’ai fait mine de réfléchir) Quand je dis insolite, ce serait presque un euphémisme… Entendez par là très insolites, comme par exemple… des animaux ? Aimez vous les poneys, les chiens ?

 

Sa bouche a formé un O parfait tandis qu’elle laissait échapper un petit cri offusqué. Si c’était du mensonge, c’était drôlement bien joué, je dois dire. Elle m’a fusillé du regard, frappant du plat de la main le skaï de la table d’examen où elle était assise.

 

- Comment osez vous ! S’est-elle écriée avec colère. Mes pratiques sexuelles sont tout ce qu’il y a de plus normales… Qu’est ce que vous me cachez ? Qu’est ce qui vous fait penser que je me satisfais avec des animaux ?

 

Là, ça a été à mon tour de soupirer. J’ai fait un quart de tour sur le tabouret pour arracher la fiole de prélèvement des mains de Foreman, fiole que j’ai mise à portée de vue de la jeune femme.

 

- Parce que pour quelqu’un qui n’aime pas les animaux, ce serait vraiment un comble d’entretenir une telle faune dans votre petit nid douillet, non ? A vue de nez, on recense là dedans pas moins de trois sortes de vers…

 

Elle a louché sur le tube à essai où les bébêtes grouillaient formant une minuscule pelote, ses yeux se sont agrandis démesurément, j’ai perçu comme une intention de crier. Foreman et moi étions suspendus à ses lèvres, totalement figés, un peu comme lorsque nous suivions la dernière saison des Mets, sur grand écran, en salle de repos.

Elle a tourné de l’œil pour de bon. Foreman, prompt comme l’éclair, a eu le temps d’amortir sa chute et de la rallonger sur la table.

 

- Bon, ai-je dit, on peut déjà exclure les invertébrés dans l’ordre de ses préférences sexuelles… Les asticots, c’est pas vraiment son trip.

 

- Et si elle ne mentait pas ? A avancé Foreman. Si vraiment elle avait une sexualité tout ce qu’il y a de plus basique ?

 

- Alors il nous faudrait mener une enquête… C’est quand même pas courant une femme qui utilise son vagin comme une boite de pétri, non ? »

 

J’interromps ici la rédaction de ce billet. Millie a été admise dans mon service ce soir. Ses jours ne sont pas en danger, mais le cas m’intéresse et je veux la garder sous le coude pour examens complémentaires, si jamais…

Je suis preneur de toute hypothèse, même absurde, que vous pourriez-me communiquer ici, par le biais de ce journal. L’analyse a révélé que les vers qui envahissent le vagin de la patiente sont de type nécrophage. Autrement dit, les entomologistes médico-légaux les identifient comme entrant dans le processus de  putréfaction des cadavres. Le labo nous révèle aussi l’existence d’un grand nombre de cellules anaérobies présentes dès les premiers stades de décomposition d’un corps humain, dans les 48 premières heures.

 

Bienvenue dans mon quotidien. Si j’ai plombé votre digestion, vous m’en voyez désolé.

 

août 05, 2008

Appel à voter

 

 

 

Grosse controverse aujourd’hui dans la salle de diagnostic entre Kutner, Taub, Thirteen et moi-même. J’ai également du insister pour que Chase et Cameron nous fassent profiter de leurs lumières. A vrai dire cette affaire nous a occupé la majeure partie de l’après midi. Foreman a préféré travailler sur un autre cas, alors que je lui soutenais que le notre était bien plus intéressant que tout ce que nous avions pu faire jusqu’à présent. J’ai passé plusieurs heures à remplir le tableau blanc d’un tas de données kabbalistiques devant une équipe au grand complet dont le cerveau bouillonnait.

 

« Je crois que je viens enfin de mettre la main sur un lupus, a rétorqué Foreman en nous regardant de haut.

 

- Un lupus ? Ai-je répondu avec ironie. Et vous croyez nous impressionner avec ça ? Décidément votre ambition démesurée vous fait passer à côté des seuls vrais mystères de la médecine. Vous me décevez profondément, là… Si vous n’êtes pas capable de mieux, vous pouvez quitter cette pièce sur le champ !

 

Il est sorti, sans se retourner, en grommelant quelques injures, que j’ai deviné bien senties, à mon égard.

 

- Reprenons, ai-je dit en frappant mon feutre sur le tableau. Qu’est ce qui pourrait nous laisser supposer une mastose ? Voyez vous le moindre élément qui pourrait confirmer cette hypothèse ?

 

- Une légère asymétrie ? A avancé Kutner.

 

- Les irrégularités naturelles des lobules graisseux sont la plupart du temps à l’origine d’une asymétrie, a protesté Thirteen.

 

- La nature fait que les choses ne sont jamais symétriques, a coupé Taub. Seule une bonne chirurgie réparatrice peut corriger cet état de fait !

 

Nous l’avons tous fusillé du regard. J’ai posé mes deux mains sur la table, pour lui répondre, les yeux dans les yeux.

 

- Taub, et si nous parlions vraiment de médecine, pour changer ? Croyez-vous que vos considérations sur ce qui pourrait être esthétiquement amélioré dans le corps humain fasse avancer le diagnostic ?

 

- Mais ça fait plusieurs heures que nous débattons ! S’est il indigné. Et nous en revenons toujours au même point…

 

Un silence lourd de sous entendus a plané dans la salle. Kutner, prenant son courage à deux mains, en a levé une vers moi. Je l’ai autorisé à se lancer, d’un simple regard.

 

- La seule chose qui puisse permettre de les départager serait de pratiquer la palpation, et, sauf le respect que je vous dois, vous êtes le seul ici présent à pouvoir vous prononcer sur les deux conformations, vu que vous les avez vous-même palpéesToutes les deux.

 

Malgré son hâle hindi, nous l’avons tous clairement vu rougir. Il s’est emparé de sa tasse de café qu’il s’est empressé de vider cul sec.

J’ai levé les yeux vers le plafond pour réfléchir, tapotant pensivement le feutre contre mes lèvres closes.

 

- C’est pas que je veuille pas le faire, ai-je annoncé au bout d’un court instant. Mais pensez-vous que je serais vraiment objectif ? Si on considère que je viens de me fiancer à l’une d’entre elles, ça induit que je palpe plus régulièrement l’une que l’autre, non ? Alors dans ce cas là, je peux difficilement être impartial, j’en ai bien peur.

 

- C’est vrai, a déploré Taub en soupirant. En fait il nous faudrait un avis extérieur… Il faudrait que quelqu’un se porte volontaire pour aller rouler-palper les deux, en toute objectivité.

 

- Je veux bien me dévouer, dans ce cas ! S’est écrié Chase, un peu plus fort qu’il ne l’aurait du.

 

Tout le monde aurait pourtant juré qu’il dormait pendant tout le diagnostic. Cameron a ouvert des yeux grands comme des soucoupes, avant de croiser fermement les bras avec une moue renfrognée.

 

- Ben quoi ? C’est un acte médical comme un autre ! A protesté Chase.

 

- On en reparlera ce soir, lui a-t-elle sifflé d’une voix cassante.

 

C’est alors que l’idée a germé dans mon esprit. Non pas dans le but de réconcilier tout le monde, parce que dans le fond, j’aurais adoré voir Cameron laminer Chase en public.

 

- Abandonnons cette idée, ai-je coupé. Pourquoi ne pas organiser un simple vote ? Je connais un moyen très sûr de faire participer tout l’hôpital, et chacun pourra donner son appréciation, anonymement s’il le souhaite, en se basant simplement sur l’aspect esthétique. Je trouve que c’est ce qu’il y a de plus équitable. »

 

Ils ont eu l’air d’apprécier la procédure. Ou alors ils étaient simplement soulagés de pouvoir enfin se détendre un peu, à l’issue de trois heures de tergiversations inutiles.

 

C’est donc à vous de départager qui sera la grande gagnante du concours Plainsboro’s Wet Nurse 2008. Je ne vous cache pas que la tâche n’est pas facile. Les votes prendront fin demain soir à 22h, heure à laquelle j’annoncerai l’identité de la gagnante. Voici nos deux finalistes, photographiées par mes soins.

 

 

tshirt_mouille.jpg
finaliste A
t shirt mouille2.jpg
finaliste B