août 15, 2008
Plainsboro's gooed worms (fin)
Ce matin, Taub, Thirteen, Foreman et moi-même entourions Millie dans sa chambre. Je m’étais volontairement placé à l’écart, les bras croisés, une fesse négligemment posée sur le coin d’une tablette médicale. De temps en temps, Millie m’adressait des regards lourds de reproches. Elle n’avait toujours pas digéré mon entrée en matière de la veille.
Il est toujours drôle de constater l’importance que les femmes accordent à leur vertu, en général, et leur image, en particulier. Même si de nos jours, en dignes descendantes de la génération Woodstock, il est de bon ton d’afficher à quel point elles assument pleinement leur liberté sexuelle, la notion de bonne moralité revient inlassablement sur le tapis. Comme si l’une et l’autre pouvaient avoir un lien quelconque, voire se neutraliser mutuellement. Perso, cet amalgame découlant de notre lourd passé puritain m’a toujours fait marrer.
Il est vrai que côté image, celle de Millie en a pris un grand coup, ces dernières 24 heures. Je crois qu’elle investissait une énergie peu commune à tenter de nous démontrer à quel point « elle était quelqu’un de bien », comme si les vers qui grignotaient son antre d’amour étaient une sentence adressée par Dieu lui-même, destinée à la punir pour tous ses plaisirs innocents.
« Je ne suis pas une fille facile, annonça t-elle à la cantonade, devant nos airs légèrement circonspects.
Foreman se racla la gorge, tandis que Thirteen endossait la panoplie de Cameron, qui n’avait pas pu nous porter main secourable, sur ce coup là.
- Votre sexualité ne regarde que vous, Millie, répondit-elle avec empathie. Nous ne sommes pas là pour juger, nous tentons seulement de comprendre comment cette infection peu banale a pu vous atteindre…
- Je sais que LUI me juge ! Objecta Millie avec une rage extatique, en tendant un doigt accusateur vers moi.
Je suis habitué à mon statut divin, au sein de Plainsboro. Néanmoins, je me suis légèrement décalé pour disparaître de son champ de vision afin de ne pas perturber le travail au corps de Thirteen. Le dos massif de Foreman a parfaitement fait l’affaire. J’avais le son, plus vraiment l’image, mais peu importe.
- Vous m’avez fait admettre dans ce service pour vous amuser sur mon compte, avouez ! A continué Millie sur le même ton. Rien ne nécessitait vraiment que je reste, mais je suis devenue le petit divertissement du Dr House, entre deux cas plus sérieux. Je travaille à Princeton, vous savez, j’en ai suffisamment entendu sur vous !
Elle s’adressait à moi à travers l’écran que constituait Foreman. Un silence embarrassé suivit cette dénonciation. Thirteen a rapidement enchaîné.
- Nous vous gardons ici parce que vous avez besoin d’un traitement massif pour empêcher cette gangrène de se propager. Les conséquences pourraient être lourdes, vous pourriez devenir stérile à plus ou moins long terme.
Pas mal joué du tout, le coup de la dramatisation. Millie s’est un peu calmée en accusant le choc. Elle a demandé d’une toute petite voix amère :
- Mais que voulez vous savoir ? Si je vous fournis une liste exhaustive de mes partenaires sexuels de ces six derniers mois, qu’aurez vous à en tirer ?
- L’homme qui vous a contaminée doit être mis au courant, a répondu Taub, pragmatique. Ne serait ce que pour éviter que la situation se reproduise.
- Cet homme doit être traité, certes, a continué Thirteen, mais nous devons aussi comprendre comment il a été atteint lui-même, c’est important.
Millie a poussé un soupir déchirant, a scruté longuement le vide avant de laisser échapper un « Bien… » résigné, indiquant qu’elle était enfin prête à collaborer. J’en ai profité pour sortir de l’ombre, tapotant la hanche de Foreman avec ma canne, je l’ai forcé à se décaler un peu.
- Je ne sais pas à quelle fréquence se sont enchaînés ces messieurs ces derniers temps, ai-je commencé, mais ceux qui nous intéressent se situeraient avant la semaine en cours. Vous pensez pouvoir vous souvenir de chacun, ou bien vous voulez qu’on aille chercher votre agenda ?
Elle m’a toisé avec mépris. Les membres de mon équipe m’ont considéré de la même façon, mais j’ai feint de ne pas le remarquer, mon regard planté dans celui de Millie. En fait jusqu’à ce qu’elle capitule et finisse par baisser le sien.
- Il s’appelle Mike Schwartz, a-t-elle avoué dans un souffle. Il est marié. Il ne touche plus sa femme depuis des mois…
Je me suis redressé et ai fait quelques pas vers elle pour que ma petite tirade ait plus de poids.
- Epargnez-nous les vieilles rengaines, les justifications destinées à se donner bonne conscience… Pour ma part, je trouve ça barbant au possible. Tiens, d’ailleurs comme les histoires de fidélité éternelle, de serments devant Dieu. Nous avons développé un art pour compliquer les choses simples, ou bien pour nous trouver des excuses lorsque nous simplifions les choses compliquées.
- Il travaille à l’hôpital, a-t-elle rajouté précipitamment.
Je l’ai dévisagée avec un maximum d’impartialité.
- En ce qui vous concerne, on ne peut vraiment pas dire que vous aimez les choses simples, ai-je dit.
- Nous nous aimons, a-t-elle tenté, en ultime ressource.
- Je vous crois sur parole, reste juste à savoir comment sa femme prendra cette affaire.
Elle a levé vers moi un regard affolé.
- Sa femme n’a aucune raison d’être mise au courant ! S’est-elle écriée. Ils ne couchent plus ensemble depuis des mois, il y a donc peu de raisons qu’elle ait été contaminée !
En guise de réponse, j’ai fait un quart de tour vers Foreman.
- Trouvez-moi ce Mike dans le fichier du personnel. Donnez moi ses coordonnées personnelles, je me charge de le faire rappliquer en consultations. Lui et sa chère et tendre.
Millie s’est levée d’un bond, prête à me sauter au visage. Taub et Thirteen l’ont encadrée et forcée à se rasseoir.
- Espèce de salaud ! A-t-elle rugi. Vous n’avez pas le droit ! Je vous ai fait confiance ! Je porterai plainte contre vous et vos méthodes ! Cuddy sera mise au courant.
J’ai pris un ton faussement dramatique.
- Ne faites pas ça. Vous prendriez le risque d’alourdir une conscience déjà surchargée. Comment dire, pour que vous compreniez. Ça vous … grignoterait de l’intérieur ? Je sais à quel point l’image vous est familière… »
Et j’ai tourné les talons. A vrai dire, juste à temps pour éviter le crachat copieux qui m’était destiné. Thirteen et Taub maîtrisaient tant bien que mal la situation. En sortant, je leur ai suggéré qu’une petite injection de Valium ne serait pas superflue.
Je viens d’examiner Mike Schwartz. Il s’est présenté aux consultations, la tête basse, la démarche pesante, aux alentours de 14h00. Alors que je m’apprêtais à lui faire une prise de sang, j’ai remarqué qu’un tic nerveux agitait sa joue et ses paupières.
« Il est possible que je sois responsable, m’a-t-il dévoilé alors que je n’avais pas encore vraiment abordé la question.
J’ai terminé tranquillement ma ponction, faisant comme si je n’avais rien entendu. En général, la neutralité de l’interlocuteur encourage les aveux difficiles.
- Je suis un type bien, s’est-il donc affirmé à lui-même, de la même façon que Millie nous avait annoncé quelques heures plus tôt qu’elle « n’était pas une fille facile ».
Effectuant un quart de tour sur mon tabouret, je lui ai tourné le dos pour répartir le prélèvement dans les échantillonneurs. J’ai noté au passage la fixité étrange de son regard.
- Vous savez, les nuits sont parfois longues au Service. Il m’arrive de m’ennuyer. Et puis ça ne va plus vraiment avec Shirley depuis quelques temps… Alors il y a eu cette femme qui est arrivée un soir, j’étais seul, et …
Je bataillais ferme avec une étiquette qui refusait de se décoller de sa feuille de support, mais je dois dire que toute mon attention était à mon patient, à ce moment là. Apparemment j’allais devoir me farcir le récit de la rencontre avec Millie, sur fond de culpabilité maritale.
- Elle était si belle… Si fraîche encore. Vous savez, le destin joue parfois de drôles de tours. C’était un soir spécial. Je me sentais comme … seul au monde. Alors j’ai pris le réconfort là où il se trouvait, aussi fou que ça puisse être…
Je m’emparais du dossier de Mike, pour compléter mes données. C’est alors qu’un détail dactylographié en tous petits caractères attira mon attention. Je sentis une sorte de frisson glacial parcourir ma colonne vertébrale tandis qu’il enchaînait dans mon dos.
- Je n’ai pas mesuré les conséquences de mes actes… J’étais au courant pour les germes, bien sûr, mais… le décès semblait plus récent. Je n’ai pas remarqué de tâches vertes post mortem quand je l’ai déshabillée… Et bon sang, même décédée, elle était si désirable ! Sûrement un top model ou un mannequin…
Le dossier de Mike, estampillé Princeton Plainsboro indiquait qu’il était embauché depuis peu comme membre du personnel de service « tournant ». En gros, ses missions variaient en fonction des besoins du moment au sein de l’hôpital. Après quelques mois en blanchisserie, on l’avait affecté début août à la surveillance nocturne… du service médico-légal.
Lorsque je me suis tourné vers lui, nous avons échangé un regard austère. Il n’en menait pas large.
- Je sais que je vais perdre mon boulot, a-t-il annoncé. Je sais bien que cette affaire ira loin… Mais quoi qu’on en pense, je ne suis pas fou.
- Vous allez avoir du mal à les convaincre, ai-je dit d’un ton léger.
Perdu dans ses pensées, une foule de sentiments contradictoires semblaient défiler sur son visage.
- Est-ce que je dois examiner votre femme aussi ? » Ai-je demandé innocemment.
D’un battement de paupières, il a acquiescé.
Personnellement, c’est avec une joie non dissimulée que j’irai annoncer tout ça à Millie, d’ici quelques minutes. J’attends juste que Foreman ait terminé sa pause.
00:05 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : house, consultation