juillet 31, 2008

Deuxième salve : appel à pétition

Aujourd’hui, plus que jamais, je me suis souvenu des raisons pour lesquelles j’ai aimé Stacy.

Il fallait la voir tout à l’heure en Commission d’éthique, l’œil flamboyant, la lèvre plosive, son joli petit cul subtilement moulé par un tailleur Stephen Burrows. Les pros de la déontologie en perdaient eux-mêmes leur latin, triturant leurs barbiches, embuant les verres épais de leurs binocles.

Plusieurs fois, elle s’est levée, manquant renverser sa chaise, pour pointer un doigt rageur sur eux, par-dessus la table. Je n’ai jamais vraiment su si ça faisait partie de sa stratégie ou non, d’exposer aussi abruptement ses formes à l’attention de son auditoire.

A ses côtés, j’ai choisi d’adopter l’attitude du gentleman affecté. De la pointe de ma canne, je ponctuais chacune de ses phrases par un petit staccato sur le parquet.

 

« Arrête ça, Greg ! M’a-t-elle soufflé, excédée.

 

L’histoire du texan au trou de balle douillet a été vite torchée, si vous me passez le jeu de mots. Une lettre écrite de la main de sa chère épouse nous aura été d’un grand secours. Kutner a également fait une brève apparition, pour corroborer les dires. Il est ensuite sorti de la salle en m’adressant un clin d’œil, pensant que mon affaire s’arrêtait là.

 

C’est à ce moment là que Stacy s’est déchaînée.

 

- J’aimerais maintenant savoir quand mon client pourra recouvrir son droit à exercer ? A-t-elle demandé avec fougue.

 

Entendre la femme avec qui vous avez partagé cinq années de votre vie et dont vous avez exploré toute la réactivité de la zone Grafenberg vous appeler son client comporte indéniablement quelques petits aspects excitants.

 

- Madame Warner, a commencé un vieux notable, ce n’est pas vraiment le lieu pour…

 

- Faisons-nous gagner du temps, a tranché Stacy. Plus de la moitié des membres de ce Comité font partie du Conseil d’Administration, autant faire d’une pierre, deux coups.

 

Elle s’est levée, à nouveau, pour leur exposer la situation.

 

- Le Docteur Gregory House a subi il y a deux mois une stimulation cérébrale profonde dont les risques étaient mesurés et identifiés. Il a signé une décharge à ce sujet, qui lui garantissait qu’en cas d’accident, l’hôpital couvrirait la totalité de ses frais médicaux. Hors, à ce jour, vous refusez de prendre en charge la psychothérapie que vous lui imposez pourtant, comme un élément décisif permettant de vous assurer que les divers suivis neurologiques, les traumatismes subits, ne constituent pas des éléments l’entraînant vers une éventuelle incapacité à exercer.

 

- Il nous semble juste important que le Docteur House soit prêt à assurer lui-même le prix de sa psychothérapie… A avancé le Dr Zweig.

 

Stacy l’a fusillé du regard.

 

- Cet argument serait recevable si le Dr House avait effectivement manifesté l’envie de s’engager dans une thérapie à titre personnel, mais dans la mesure où vous la lui imposez, pourquoi devrait il en supporter le coût ?

 

Un silence à couper au couteau a suivi cette déclaration. Stacy a compulsé nerveusement quelques dossiers sur la table, visiblement décidée à plier bagage avec humeur. Le ton posé, calme, qu’elle a adopté ensuite contrastait étrangement avec cette attitude.

 

- Je ne peux m’empêcher de penser que certains membres de ce comité… de quoi, déjà ? Ah oui, d’éthique ! Donc que certains membres ici présents montent –très maladroitement- une sorte de guérilla interne visant à évincer mon client. En examinant objectivement un certain nombre d’éléments, il me semble bien qu’on désigne cette manoeuvre par un terme plus général…

 

Debout devant l’assistance captivée, Stacy a fait claquer ses doigts à mainte reprise, feignant de solliciter une mémoire défaillante. Puis, son visage s’est soudain illuminé :

 

- Oh ça y est ! Ca s’appelle du harcèlement, oui ! Comment ai-je pu oublier ça ? Il se trouve que ce terme est un vrai sésame, auprès d’un tribunal. Dix fois sur dix, en l’utilisant, je me suis assuré de belles victoires…

 

Je jure avoir senti un souffle glacial balayer la pièce. Elle s’est tournée vers moi, m’a fait signe de la suivre. Tous les regards, stupéfaits, étaient orientés vers nous.

 

- Tu viens Greg ? M’a-t-elle demandé. J’ai besoin de toi pour mettre en route quelques procédures… Oh mais rassure toi, ce ne seront que des formalités !

 

Je me suis levé et je lui ai docilement emboîté le pas. Nous avons quitté le comité en saluant austèrement les membres, un vrai salut à la japonaise, comme si nous nous apprêtions à les occire d’un coup de katana franc et précis dès qu’ils se relâcheraient un peu.

 

Une fois dans le couloir, Stacy m’a fait face, son regard songeur posé sur moi. Je me suis éclairci la gorge.

 

- Il n’y a pas si longtemps, ai-je hasardé, toi et moi, on fêtait nos victoires en nous envoyant en l’air comme des bêtes…

 

Les mains sur les hanches, elle m’a toisé avec sévérité, mais ses lèvres souriaient. Elle a posé une main tendre sur ma joue, mais ne s’est pas attardée dans son geste.

 

- Ce procès sera du gâteau, Greg. Tu as conscience qu’ils te mangeront bientôt dans la main ? »

 

J’en avais vaguement conscience, mais elle m’a encore plus éclairé à ce sujet. Et c’est pourquoi je fais appel à vous, membres de Princeton Plainsboro, aujourd’hui.

L’action est simple :

 

Laisser une signature dans les commentaires ne vous engagera personnellement à rien, mais vous m’aiderez ainsi à prouver que le Conseil d’Administration de l’hôpital n’a pas toujours fait preuve de bienveillance à mon égard. Si vous faites partie des membres du personnel, depuis au moins trois ans, il est impensable que vous n’ayez rien remarqué à ce sujet. La moindre trace aura son importance, car elle fera sensiblement pencher la balance de mon côté lors de l’argumentaire que Stacy développera dans sa plaidoirie.

 

J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’un acte désintéressé, civique. Ne vous attendez pas à recevoir un quelconque dédommagement de ma part, ni même une boite de chocolats. Je pourrais éventuellement faire preuve d’une certaine forme de gratitude si vous avez la plastique de Pamela Anderson, que vous le précisez en dessous de vos coordonnées (éventuellement celles de votre service).

 

A vous de jouer.