août 09, 2008

Wilson

Lorsque je suis entré dans son bureau, aux alentours de midi, il m’a regardé comme… Disons comme il l’aurait fait pour une fiente de pigeon s’écrasant sur sa dernière paire de  John Lobb à 500 $. Je pense que ça donne une idée assez juste de toute la légèreté de nos retrouvailles.

 

« House… A-t-il seulement dit, avec le même ton désolé que celui que Cuddy emploie lorsqu’elle me pince en salle de repos, à l’heure des consultations.

 

Je suis resté planté sur le pas de la porte, à attendre un geste de sa part, une invitation à m’asseoir. Au lieu de ça, il a continué à pianoter sur son ordinateur, impassible, les sourcils à peine un peu plus froncés.

 

- Il te fallait quelque chose ? A-t-il demandé, alors que j’étais plongé dans la contemplation de la moquette.

 

- Je voulais juste…

 

- Je ne te dirai pas où est Cuddy, a-t-il tranché sans même lever un œil sur moi.

 

Sa voix était calme mais ferme. J’ai acquiescé en silence, je ne m’attendais pas à mieux, de toute façon.

Il a continué à taper sur son clavier, durant ce qui m’a paru être une éternité. Je n’arrivais pas à me résoudre à tourner les talons.

Cela fait un mois, depuis ma reprise, que Wilson passe son temps à essayer de m’éviter. Cette proximité nouvelle n’en a été que plus déroutante. Je l’ai observé. J’ai relevé son teint pâle, le cercle terne autour de ses yeux, révélateur d’insomnies probables. Ses vêtements, autrefois ajustés, accusent facilement une taille de trop. Et surtout, ces trois derniers mois l’ont vieilli. Non pas physiquement, dans le fond, mais dans sa posture générale. Ses gestes m'ont semblé plus calculés, plus lents…

 

Beaucoup trop lents, à bien y penser.

 

- Une dépression réactionnelle ne nécessite pas de prise d’anxiolytiques, lui ai-je balancé, l’air de rien.

 

Il a soupiré et a tourné son visage vers moi. Son expression n’avait pas beaucoup changé, depuis la dernière fois où il m’avait rendu visite, aux soins intensifs. Toujours le même regard pénétrant, scrutateur, animé d’une rancœur maussade.

 

- Les antidépresseurs me semblent bien plus indiqués que l’alcool, a-t-il rétorqué, l’œil mauvais. L’avantage certain des antidépresseurs c’est qu’ils n’altèrent pas le jugement, ne rendent pas plus irresponsable et nous permettent de rester maître de nos actes.

 

- Si ta métaphore est destinée à me culpabiliser, c’est raté, ai-je répondu. Sache que ce n’est pas moi qui conduisais le bus ce soir-là. Je n’avais pas non plus préétabli de plan machiavélique destiné à liquider ta petite amie.

 

Il s’est levé. Les jointures de ses poings crispés, reposant sur son bureau, étaient blanches, les muscles de sa mâchoire se sont contractés sous l’effet d’une rage contenue.

 

- Qu’est ce que tu veux, House ? S’est-il écrié, furieux. Tu n’as donc aucune compassion ?  Il faut que tu viennes m’accabler même au moment où tout fout le camp dans ma…

 

- La compassion ? L’ai-je coupé brutalement. Tu me demandes de faire écho à ta douleur ? Je n’ai pas besoin de ça pour comprendre ce que tu traverses, Wilson. Tu attends sincèrement de moi que je pleure avec toi ? Pour quelle raison ? Tu penses vraiment que porter un deuil à deux rendrait la perte d’Amber plus supportable ?

 

Durant quelques secondes, ses épaules se sont affaissées, sa tête a flanché, comme si son propre corps lui était devenu un fardeau. Lorsque ses yeux ont à nouveau croisé les miens, quoique légèrement humides, ils étincelaient de violence.

 

- Je t’interdis de prononcer son nom ! S’est-il exclamé avec une voix cinglante que je ne lui connaissais pas.

 

Je me suis approché du bureau, pour lui faire face à mon tour. Je me suis penché vers lui, sans pouvoir prendre la même posture, à cause de ma canne dans une main, et mon attelle sur l’autre.

 

- Reviens à la raison, Wilson, ai-je imploré. Je me fiche que tu me pardonnes ou non, mais… Regarde toi ! Tu es entrain de faire de… Comment dire… celle-que-je-ne-dois-pas-nommer , une sainte. Tu l’idéalises simplement parce qu’elle est morte prématurément…

 

- Sors d’ici, House ! A-t-il grondé entre ses dents, me menaçant du doigt.

 

Il ne bluffait pas, c’est certain. J’ai capitulé. Trop aveuglé par la colère, il était incapable de m’entendre. J’ai fait quelques pas vers la porte en soupirant, puis me suis tourné vers lui, un bref instant.

 

- OK, ai-je dit, résigné. Je me demande juste ce qui se serait passé si c’était moi qui y était passé à sa place… Lui en aurais-tu tenu la même rigueur, à elle ?

 

Il a accusé le choc. M’a désigné la sortie, d’un bras autoritaire, agité de longs tremblements. Je ne tenais pas spécialement à le voir craquer, et je sais qu’il y mettait aussi un point d’honneur. C’est l’unique raison pour laquelle je suis sorti, sans trop insister, même si je n’en avais pas terminé avec lui.

 

Je rentre à l’instant d’une virée nocturne. Je viens de m’accorder quelques pointes à 260 sur ma CBR jusqu’à la jonction de Far Hills, à Somerset County. Je pense être au clair au moins avec un point : Dieu, s’il existe, ne veut définitivement pas de moi là-haut.

 

 

 

 

 

 

 

août 07, 2008

Where is Cuddy ?

Mardi, l’ensemble du personnel de l’hôpital a reçu une mystérieuse  note de service, émanant d’un certain James Wilson, directeur improvisé de Princeton Plainsboro. Cette note nous informe que le Dr Cuddy s’absente pour motif familial jusqu’au mois de septembre. Quand on sait le peu de cas que fait notre doyenne de sa famille – et je sais de quoi je parle- il y a de quoi avoir la puce à l’oreille. J’ai donc mené mon enquête, de la façon que vous savez. C’est presque inquiétant de constater que Cuddy est toujours aussi naïve concernant ses mots de passe. Cela m’a permis d’économiser quelques dollars auprès de ma taupe attitrée au service informatique. Je laisse à votre entière appréciation ce petit échange dégoulinant de bons sentiments.

 

 

 

Lundi 4 août 2008 :

 

From : Lisa Cuddy

To : James Wilson

 

Je ne serai pas à mon poste demain.

Au vu des dernières péripéties de House, je dois vraiment prendre du recul. J’ai besoin de résoudre certaines choses. Samedi soir, j’ai complètement dérapé avec lui. Je ne me reconnais plus ces derniers temps.

Je prends trois semaines pour motif familial de première urgence.

Je pense que le CA vous confiera le bateau, je leur ai écrit dans ce sens.

Désolée d’alourdir encore votre fardeau.

Essayez peut être de vous rapprocher de House…lui aussi perd le cap.

 

À bientôt,

 

Lisa.

 

 

From : James Wilson

To : Lisa Cuddy

 

Si le CA est favorable à votre requête, je suis prêt à m’occuper de l’hôpital durant votre absence. Vous pouvez partir tranquille.

Je suis rassuré de vous voir prendre un peu de distance pour vous ressourcer. Quelques fois, on a tout à gagner en se tenant éloigné de House.

Vous me demandez de me rapprocher de lui, mais voyez ce que la proximité de cet homme vous fait subir. Il use son entourage jusqu’à la corde. Ne vous rendez pas malade à cause de lui.

 

Bien à vous,

 

James Wilson

 

 

 

J’ai omis de prévenir que les âmes sensibles devaient s’abstenir. Bref, cet échange, aussi passionnant soit-il, ne répond pas à ma question : Où est Cuddy ?

août 05, 2008

Appel à voter

 

 

 

Grosse controverse aujourd’hui dans la salle de diagnostic entre Kutner, Taub, Thirteen et moi-même. J’ai également du insister pour que Chase et Cameron nous fassent profiter de leurs lumières. A vrai dire cette affaire nous a occupé la majeure partie de l’après midi. Foreman a préféré travailler sur un autre cas, alors que je lui soutenais que le notre était bien plus intéressant que tout ce que nous avions pu faire jusqu’à présent. J’ai passé plusieurs heures à remplir le tableau blanc d’un tas de données kabbalistiques devant une équipe au grand complet dont le cerveau bouillonnait.

 

« Je crois que je viens enfin de mettre la main sur un lupus, a rétorqué Foreman en nous regardant de haut.

 

- Un lupus ? Ai-je répondu avec ironie. Et vous croyez nous impressionner avec ça ? Décidément votre ambition démesurée vous fait passer à côté des seuls vrais mystères de la médecine. Vous me décevez profondément, là… Si vous n’êtes pas capable de mieux, vous pouvez quitter cette pièce sur le champ !

 

Il est sorti, sans se retourner, en grommelant quelques injures, que j’ai deviné bien senties, à mon égard.

 

- Reprenons, ai-je dit en frappant mon feutre sur le tableau. Qu’est ce qui pourrait nous laisser supposer une mastose ? Voyez vous le moindre élément qui pourrait confirmer cette hypothèse ?

 

- Une légère asymétrie ? A avancé Kutner.

 

- Les irrégularités naturelles des lobules graisseux sont la plupart du temps à l’origine d’une asymétrie, a protesté Thirteen.

 

- La nature fait que les choses ne sont jamais symétriques, a coupé Taub. Seule une bonne chirurgie réparatrice peut corriger cet état de fait !

 

Nous l’avons tous fusillé du regard. J’ai posé mes deux mains sur la table, pour lui répondre, les yeux dans les yeux.

 

- Taub, et si nous parlions vraiment de médecine, pour changer ? Croyez-vous que vos considérations sur ce qui pourrait être esthétiquement amélioré dans le corps humain fasse avancer le diagnostic ?

 

- Mais ça fait plusieurs heures que nous débattons ! S’est il indigné. Et nous en revenons toujours au même point…

 

Un silence lourd de sous entendus a plané dans la salle. Kutner, prenant son courage à deux mains, en a levé une vers moi. Je l’ai autorisé à se lancer, d’un simple regard.

 

- La seule chose qui puisse permettre de les départager serait de pratiquer la palpation, et, sauf le respect que je vous dois, vous êtes le seul ici présent à pouvoir vous prononcer sur les deux conformations, vu que vous les avez vous-même palpéesToutes les deux.

 

Malgré son hâle hindi, nous l’avons tous clairement vu rougir. Il s’est emparé de sa tasse de café qu’il s’est empressé de vider cul sec.

J’ai levé les yeux vers le plafond pour réfléchir, tapotant pensivement le feutre contre mes lèvres closes.

 

- C’est pas que je veuille pas le faire, ai-je annoncé au bout d’un court instant. Mais pensez-vous que je serais vraiment objectif ? Si on considère que je viens de me fiancer à l’une d’entre elles, ça induit que je palpe plus régulièrement l’une que l’autre, non ? Alors dans ce cas là, je peux difficilement être impartial, j’en ai bien peur.

 

- C’est vrai, a déploré Taub en soupirant. En fait il nous faudrait un avis extérieur… Il faudrait que quelqu’un se porte volontaire pour aller rouler-palper les deux, en toute objectivité.

 

- Je veux bien me dévouer, dans ce cas ! S’est écrié Chase, un peu plus fort qu’il ne l’aurait du.

 

Tout le monde aurait pourtant juré qu’il dormait pendant tout le diagnostic. Cameron a ouvert des yeux grands comme des soucoupes, avant de croiser fermement les bras avec une moue renfrognée.

 

- Ben quoi ? C’est un acte médical comme un autre ! A protesté Chase.

 

- On en reparlera ce soir, lui a-t-elle sifflé d’une voix cassante.

 

C’est alors que l’idée a germé dans mon esprit. Non pas dans le but de réconcilier tout le monde, parce que dans le fond, j’aurais adoré voir Cameron laminer Chase en public.

 

- Abandonnons cette idée, ai-je coupé. Pourquoi ne pas organiser un simple vote ? Je connais un moyen très sûr de faire participer tout l’hôpital, et chacun pourra donner son appréciation, anonymement s’il le souhaite, en se basant simplement sur l’aspect esthétique. Je trouve que c’est ce qu’il y a de plus équitable. »

 

Ils ont eu l’air d’apprécier la procédure. Ou alors ils étaient simplement soulagés de pouvoir enfin se détendre un peu, à l’issue de trois heures de tergiversations inutiles.

 

C’est donc à vous de départager qui sera la grande gagnante du concours Plainsboro’s Wet Nurse 2008. Je ne vous cache pas que la tâche n’est pas facile. Les votes prendront fin demain soir à 22h, heure à laquelle j’annoncerai l’identité de la gagnante. Voici nos deux finalistes, photographiées par mes soins.

 

 

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finaliste A
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finaliste B

août 04, 2008

Ellie et moi

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« Je peux dire adieu à mon boulot. Je suis grillée ! »

 

Dans mon bureau, vendredi, Ellie, assise sur mon genou valide, prenait connaissance de la note de service que je venais de recevoir par mail. J’avais glissé astucieusement une main sous sa blouse et tentait d’atteindre tant bien que mal le haut de sa cuisse. Ce qui me préoccupait vraiment, à cet instant, c’était de savoir si elle portait encore ce délicieux petit ensemble de lingerie rouge, celui qui mettait si bien en valeur son…

 

Une légère tape sur ma main m’empêcha d’aller au bout de mon exploration. Je grognais.

 

- Greg ! Je suis entrain de te dire que je vais être virée, a-t-elle insisté, visiblement soucieuse.

 

- Je te jure que je verserai mon torrent de larmes plus tard, ai-je répondu d’un air malin. Tu sais, toi, pourquoi ces fichues blouses ont autant de boutons ?

 

Elle s’est retournée, a planté brièvement son regard dans le mien, faisant appel à un peu de sérieux. Puis, elle s’est levée, et a commencé à faire les cent pas. Je l’observais, n’arrivant pas à me détacher de ses courbes à la fois légères et terriblement sensuelles.

Ellie, pour résumer, est exactement le genre de jeune femme qui fait que l’on se félicite d’être un homme. Il est impossible, en sa présence, de ne pas divaguer sur la finesse de sa taille, la pulpe de ses lèvres, l’éclat de ses yeux malicieux. Voilà quinze jours que nous escaladons ensemble chaque palier de la luxure. C’est une partenaire de choix, raffinée et attentive. Nous vivons une aventure stimulante, piquante, accentuée par sa vitalité, son insouciance juvénile combinée à un tempérament lascif et joueur.

 

- Fais moi confiance pour régler ça, ai-je dit. Je trouverai bien une solution.

 

Une main sur ses hanches, un léger sourire aux lèvres, elle m’a regardé de haut. Le genre de regard qui me conduit, dans nos petits jeux, à affirmer ma supériorité de mâle.

 

- Et pourquoi je devrais faire confiance à Greg House ? A-t-elle ironisé. Si je devais établir une liste de personnes à qui j’accorderais ce privilège, tu sais bien que tu serais bon dernier…

 

Une chose que j’apprécie particulièrement chez Ellie, c’est qu’elle n’attend rien de personne, et encore bien moins de moi.

 

- Je suis une grande fille, a-t-elle affirmé d’une voix suave. Je me sortirai de cette situation toute seule. L’étendue de mes exigences s’arrête en dessous de la ceinture, en ce qui te concerne. Je n’espère pas que tu engages plus de toi que cette partie là dans notre relation.

 

Toujours ce petit sourire, cet air de défi. Mon sang s’est mis à bouillonner, mais hélas les couloirs de l’hôpital étaient trop fréquentés, à cette heure de la journée. Sans cesser de soutenir son regard, je triturais fiévreusement ma canne. Mon geste ne lui échappa pas.

 

- On se retrouve ce soir ? A-t-elle demandé innocemment. A moins que tu ne préfères t’enivrer seul et visionner un de tes précieux DVD ?

 

- Retrouve moi ce soir chez moi, ai-je soufflé. Je te promets que tu seras étonnée du zèle que je suis capable d’engager dans nos rapports…

 

Son sourcil s’est levé, son sourire s’est accentué, et elle est sortie de mon bureau, exagérant voluptueusement les balancements de sa croupe.

 

J’ai tenu mes promesses, ce soir là. Ce n’est que tardivement dans la nuit que l’idée a germé. Impossible de savoir qui de nous deux en a été l’initiateur. Au creux de mon aisselle, le souffle d’Ellie, entrecoupé de petits rires, me picotait agréablement l’épiderme.

 

Toujours est il que ce matin, lorsque j’ai franchi aux aurores le seuil de la salle du département de diagnostic, tenant la main à Ellie, Kutner en aurait presque renversé son café.

 

- J’ai au moins deux bonnes raisons de penser que vous avez perdu la tête ! S’est-il exclamé.

 

J’ai fait appeler Foreman, qui consultait un patient à l’état critique, à l’étage inférieur. Bikyel et Lilla sont arrivées peu de temps après.

 

J’ai fait solennellement face à Ellie, au milieu de la pièce, le soleil pointait le bout de son nez à travers les stores. Nous avions répété la veille, à grand renfort de Bourbon. Je devais afficher ma tête des lendemains de cuite.

 

- Ellie, ai-je dit en prenant maladroitement ses mains (mon attelle n’arrangeait pas les choses). Je promets de t’envoyer au septième ciel chaque nuit, jusqu’à ce que je mon cœur lâche ou bien que je trouve une call-girl meilleur marché.

 

- Greg, a-t-elle gloussé. Si tu promets de ne jamais demander autre chose à ma main que de faire sauter une à une les pressions de ta braguette, c’est oui.

 

Et nous avons échangé les anneaux, achetés la veille à la hâte, au centre commercial de Princeton, dans la seule boutique de babioles encore ouverte un dimanche, en fin d’après midi. Foreman a détourné le regard alors que nous échangions un baiser pour la forme. J’aurais juré qu’Ellie cherchait à faire le décompte exact de mes molaires, à cet instant là. Sous les applaudissements de Bikyel, Lilla et Kutner, Ellie a arrêté ma main valide, qui se faisait plus intrusive dans son décolleté, alors que ma canne s’échouait lamentablement à nos pieds.

 

- Vous m’avez dérangé pour ça ? A râlé Foreman, tandis qu’Ellie et moi reprenions péniblement haleine, front contre front,  nos doigts encore entrelacés.

 

- Je tenais à m’assurer que l’ensemble du personnel de l’hôpital soit au courant, lui ai-je répondu. Qui mieux que vous pour aller claironner que le docteur House vient de se fiancer à la petite infirmière écervelée des soins intensifs, celle qui aurait l’âge d’être sa fille ?

 

Foreman nous a planté là, vexé. Nous avons tous joyeusement partagé quelques donuts, offerts pour l’occasion par Kutner, autour d’un café convivial.

Puis, Ellie et moi avons pris la direction de l’étage inférieur, en compagnie de Lilla et Bikyel, nos témoins respectifs. L’heure fatidique du conseil disciplinaire venait de sonner.

 

- J’ai vraiment hâte de voir la tête de Cuddy ! » M’a glissé Ellie à l’oreille, dans la cage de l’ascenseur, en m’en mordillant le lobe au passage.

 

Et malgré la légèreté de cet instant, le désir que la proximité de son corps faisait naître en moi, j’aurais pu parier que le sourire que je lui ai renvoyé à ce moment n’avait rien d’enthousiaste, dans le fond.

 

bague-greg.jpg

août 03, 2008

Adieu piano, adieu guitare

J’ai de bonnes raisons de penser que ce petit séjour à Hawai n’aura pas été si profitable à Cuddy.

 

Aujourd’hui, je mets beaucoup de temps à faire mon billet. Avec une seule main valide. J’ai des fractures avec hématomes sous unguéaux aux troisièmes phalanges de l’index et du médius de la main gauche. Lundi, une radio confirmera si mes tendons extenseurs ne sont pas rompus. Si tel était le cas, je pourrais dire adieu à la chirurgie de pointe, du moins, celle que je pratique moi-même sur mes patients. Enfin, grâce aux doigts de fée d’Ellie, fonctionnels ceux là, le mal est presque réparé par deux attelles astucieusement posées.

 

Une jambe par-ci, une main par-là, bientôt, il me sera plus facile de brosser un inventaire des choses qui fonctionnent encore chez moi. En me regardant objectivement dans la glace, je me dis que moyennant une énucléation à la petite cuillère, je proposerai bientôt mes talents aux studios Disney. Je ferais un bon grand frère caché, voire une doublure acceptable pour Jack Sparrow.

 

Hier soir, il m’a pris l’envie d’aller faire une petite virée nocturne chez Cuddy. L’air était doux, la lune semblait vouloir me montrer le chemin jusqu’à Cedar Grove. En moins de temps qu’il me faut pour l’écrire aujourd’hui, j’ai arrêté ma moto devant son pavillon, dans l’allée qui mène au patio.

J’ai sonné, tapé, appelé plusieurs fois, mais il faut croire que notre doyenne devient dure d’oreille avec le temps. J’ai toujours soupçonné Cuddy de souffrir de surdité sélective : elle entend ma canne frapper le sol à des kilomètres, et a toujours une longueur d’avance lorsqu’il s’agit de me tomber sur le paletot, par contre, elle devient mystérieusement sourde à certains signaux sonores, notamment lorsque je viens requérir son autorisation à manquer les consultations.

J’ai contourné la bâtisse par la pelouse. Le salon était éclairé et la fenêtre coulissante légèrement entrouverte. J’ai glissé mes doigts sous le panneau pour agrandir l’ouverture, passé ma tête à l’intérieur et crié le nom de Cuddy, d’une voix enjouée.

Je ne sais pas lequel des deux a eu le plus peur, en fait. Elle a surgi de nulle part, vêtue d’un peignoir en éponge rose vif, une serviette nouée autour de ses cheveux humides, un magazine féminin à la main. Tout son visage, sauf le contour de ses yeux, était tartiné d’une substance visqueuse et verdâtre.

 

« Bonsoir, madame Ferrigno* ? J’aimerais parler à Cuddy, ai-je dit.

 

Mais ça ne l’a pas fait rire du tout. Elle pouvait difficilement froncer les sourcils à cause de la bouillie olivâtre, mais j’ai quand même perçu l’intention.

 

- House ! S’est t-elle écriée (Et Bon Dieu que ça m’avait manqué !) J’espère que vous avez de bonnes raisons pour venir me déranger à cette heure-ci, chez moi !

 

- J’étais venu admirer votre teint de pêche, j’ai répondu. J’avoue que je m’attendais à quelque chose de plus glamour…

 

Elle m’a toisé d’une manière que j’ai trouvée très déplacée. Après tout ce n’était pas moi qui m’étais beurré la face avec un truc douteux.

 

- Allez droit au but, House ! A-t-elle fulminé.

 

J’ai bien vu qu’elle était peu encline à la discussion. J’ai essayé d’être aussi concis que possible.

 

- Depuis quelques jours j’ai tendance à croire que votre démission est un coup de bluff, j’ai expliqué. Vous n’avez jamais eu vraiment l’intention de quitter l’hôpital, dans le fond. J’ai voulu vous éviter de faire une grosse bêtise, par orgueil, mais vous n’avez pas su saisir l’occasion au vol. Vous avez voulu prouver que la force de vos petits bras était supérieure à celle de mon poignet. Maintenant vous voulez faire croire au Conseil, que vous restez parce que vous le voulez bien, comme si c’était un acte de charité de votre part…

 

Elle a posé avec fougue son magazine sur la table basse du salon, et s’est approchée de la fenêtre, pour planter ses yeux dans les miens.

 

- Il se trouve que j’ai des principes ! A-t-elle tranché. Vous n’en avez aucun, et je pense même que vous ignorez le sens de ce mot. Vous vous comportez comme un gamin sans limites. Vous ne pensez qu’à votre propre plaisir, et …

 

Là, c’est moi qui lui ai demandé d’aller droit au but, mais elle n’a pas eu l’air d’apprécier.

 

- Evidemment que je veux partir ! A t-elle explosé. Vous faites de ma vie un enfer, House ! Je ne sais pas ce que vous cherchez à prouver, mais votre conduite est proche du harcèlement ! Je ne peux pas me permettre de respirer ! Même à distance, vous parvenez à gâcher mes moindres temps de répit, vous me demandez des comptes sur tout, vous m’espionnez sans cesse, vous compromettez même ma carrière et la bonne marche de l’hôpital !

 

Elle s’est interrompue pour reprendre son souffle. Lorsqu’elle a enchaîné, son ton était exagérément dramatique, un peu comme si le bilan qu’elle était entrain de brosser était entièrement négatif. Non mais, je vous jure…

 

- Je ne suis pas votre propriété, House ! Parfois j’ai le sentiment que vous régentez totalement ma vie, que je suis votre chose… Vous rentrez dans mon bureau sans frapper, vous venez chez moi quand ça vous chante au beau milieu de la nuit. Je suis l’objet de vos fixations délirantes. Vous avez même une mainmise sur mes relations intimes…

 

J’ai agrippé le rebord de la fenêtre un peu plus fermement pour me pencher vers elle et adopter le ton de la confidence.

 

- Puisque vous en parlez, Cuddy, ai-je commencé. Malgré tout le respect que j’ai pour mon ami Lurie, je dois quand même vous mettre en garde. Vous avez du noter quelques comportements de sa part, à Hawai,  pour le moins incompréhensibles, non ?

 

Elle a croisé les bras et m’a toisé avec dédain et distance, mais elle n’avait pas l’air si sûre d’elle, dans le fond.

 

- Vous n’avez pas remarqué qu’il ne quittait jamais ses chaussettes ? Ai-je insisté. Ni sur la plage, ni pendant l’acte ? En fait … Ca me crève le cœur de vous l’annoncer comme ça, mais Lurie souffre d’une petite malformation, une légère anomalie chromosomique. Il a les pieds palmés.

 

Ses yeux arrondis, cerclés par le masque à l’avocat, lui ont donné à cet instant l’air d’une chouette offusquée. J’ai continué dans ma lancée.

 

- C’est pas tant le fait que vous ayez fait des folies de votre corps avec l’homme de l’Atlantide qui me gène… C’est surtout que si le Clearblue test affiche positif, vous vous mordrez les doigts de ne pas m’avoir consulté avant, Cuddy. Vous vouliez de bons gènes pour le fœtus, et vous étiez sensée me consulter…Remarquez, ça ne peut pas être si dramatique que ça. Donald Cuddy Junior sera sûrement un nageur émérite dans un futur proche… »

 

Et j’allais argumenter en abordant l’importance du sport et de la compétition dans la croissance et le développement de l’adolescent, lorsqu’elle a hystériquement claqué la fenêtre sur mes doigts.

Sérieusement, je pense que le jet lag généré par les dix heures de vol entre Hawaï et Princeton aurait quelque peu détérioré son cycle hormonal, ce mois-ci. J’en suis d’autant plus inquiet pour cet embryon.

 

Si jamais…

 

 

 

 * Référence à Lou Ferrigno, acteur qui jouait Hulk.