août 29, 2008
Bye Ellie, hi Jack
J’ai décidé de jeter l’éponge, d’écouter –une fois n’est pas coutume- vos conseils et ceux de Wilson. Hier soir, j’ai beaucoup réfléchi à la situation. Il m’apparaît évident que si Cuddy a pris la fuite, c’est dans l’optique d’un nouveau départ, celle aussi de faire une coupure franche avec Princeton Plainsboro. Après tout, Cuddy est brillante. Côté carrière il est fort possible qu’elle n’ait pas dit son dernier mot. Beaucoup de portes pourraient encore s’ouvrir à elle sans qu’elle n’ait besoin de les enfoncer.
Probablement aussi pour vivre une romance cachée avec William Lurie. Mais là, je ne préfère pas creuser.
Lurie a toujours été défini sur le campus comme un brave type. (Entendez par là un bon bougre). Le genre de gars qui vous réservait toujours un accueil personnalisé, avec l’accolade ou la grande claque qui va avec. Pendant sept années de Médecine Générale, et encore trois années de spécialisation (Bill en a aussi une en infectiologie) j’ai du endurer quotidiennement ses remarques. Il me reprochait d’être austère, lugubre, un brin rigoureux, et grosso modo de rire seulement lorsque je me brûlais. (Le seul vrai problème, c’est que Bill ne m’a jamais fait rire, surtout lorsqu’il déployait des trésors d’ingéniosité pour y parvenir).
Du peu que je me souvienne, Lurie n’a jamais vraiment eu de succès avec la gente féminine. Il faisait partie de ceux à qui on ne connaissait aucune histoire. Il traînait souvent dans mon sillage et dans celui de Prescott, mon binôme de l’époque, dont je vous ai parlé précédemment. Il essayait par tous les moyens de s’infiltrer dans les cercles existants, mais chacune de ses tentatives se soldait par un échec. Le fait est que Lurie faisait partie de ceux qu’on oubliait. On s’en rendait souvent compte devant le fait accompli, lorsque par exemple nous organisions une soirée : « Quelqu’un a pensé à inviter Lurie ? ». Nos regards fautifs répondaient pour nous-mêmes.
Je possède un cliché de cette époque. Nous avions décidé avec Prescott d’intégrer l’équipe d’aviron de John Hopkins. Non pas par plaisir, je dois bien l’avouer, mais parce que nous avions découverts que la musculature que générait ce sport faisait se pâmer les filles. A peine avions nous lancé l’idée que Lurie se joignait à nous, malgré nos bordées d' arguments visant à le décourager.
Oh, cela n’a pas duré bien longtemps. Un jour que nous nous changions aux vestiaires, Lurie eut l’idée saugrenue de croire qu’il était dorénavant intégré, et il se révéla particulièrement insupportable, alignant blagues de mauvais goût, plaisanteries déplacées et clowneries pathétiques. Alors qu’il se déchaussait, l’un d’entre nous posa son regard sur ses pieds qu’il tentait pourtant désespérément de dissimuler. La découverte de son grand secret, à savoir les fameux pieds palmés de Bill fit rapidement le tour du campus. Certaines mauvaises langues allèrent jusqu’à raconter que Lurie avait intégré l’équipe d’aviron par simple propension génétique. Pour être plus près de ses congénères les canards.
Lurie accusa le choc avec autant de dignité qu’il le put. Il se consacra à fond à ses études, se fit plus rare, plus discret, plus effacé… Il rencontra Martha peu de temps après, s’accrocha à elle comme un arapède à un rocher, prenant sans doute conscience qu’elle lui offrait une chance inespérée. Il l’engrossa avec beaucoup d’ardeur peu avant de lui demander sa main. Curieusement, aucun d’entre nous ne fut invité au mariage. (Mais personne ne s’en offusqua, ni ne le revendiqua, dans le fond.)
Je crois que la seule chose qui nous sidérait, c’était que Bill puisse avoir une vie sexuelle. Nous allions jusqu’à nous demander dans les vestiaires s’il cancanait lorsqu’il atteignait l’orgasme. A ce jour, au moins deux femmes ont la réponse : Martha et Cuddy.
J’ai eu envie, ce soir, de me changer les idées. J’ai enfourché ma moto et ai conduit au hasard, dans les alentours de Princeton. Comme je ne passais pas très loin de chez Ellie, je me suis arrêté au drugstore, au coin de sa rue, pour prendre une bouteille de Jack Daniels.
Lorsque j’ai écrasé mon doigt sur la sonnette et qu’elle a entrebâillé la porte, c’est la première chose que j’ai mise dans son champ de vision, tandis que de mon côté, je louchais déjà sur l’échancrure de sa nuisette.
Elle a ouvert la porte en grand, m’a souri de manière provocante, appuyée contre le chambranle, les bras croisés. J’ai fait un pas vers elle, mais elle s’est raidie, cependant sans se départir de son sourire.
« Une visite impromptue ? Que me vaut cet honneur ? M’a-t-elle questionné de sa petite voix mutine.
- L’appel du sexe, ai-je répondu sans équivoque.
J’ai tenté avec ma canne de relever un pan de sa nuisette, mais elle a reculé d’un pas. Sans toutefois m’offrir la possibilité d’entrer chez elle.
- Tu veux qu’on fasse ça dans le couloir ? Ai-je demandé.
Elle a secoué négativement la tête, et j’ai cru un peu trop vite que c’était gagné.
- Greg, a-t-elle commencé. Tu arrives un peu tard. Je t’ai déjà trouvé un remplaçant.
- Et ce prétendant t’as apporté du champagne, lui ? Ai-je riposté, un peu amer, du tac au tac.
- Non, c’est simplement que lui sait tenir ses engagements. Il vient les mains vides mais ne m’apporte pas un lot d’emmerdes. J’ai passé plus de temps à soigner tes bobos, ramasser tes bouteilles et te regarder vomir, qu’à prendre mon pied avec toi ces quinze derniers jours.
Je suis resté planté dans le couloir, avec des airs de gamin pris en faute. Elle ne s’est pas laissée attendrir. Elle n’avait pas l’air en colère, mais c’était pire : elle semblait déterminée à ne pas me laisser entrer.
- Connaissant ton degré d’exigence pour la chose, je propose d’attendre mon tour ici ou de revenir un peu plus tard finir ce qu’il aura commencé, ai-je ironisé.
Elle a encore secoué la tête :
- Greg, ne fais pas comme si tu ne comprenais pas… Le fait est que tu uses le monde autour de toi. Je refuse que tu agisses de cette façon avec moi. Cuddy y a laissé des plumes, Wilson et d’autres aussi. Tu ne te rends pas compte de combien tu demandes, sous tes airs de « laissez moi tout seul »… La base de notre accord était du plaisir, uniquement du plaisir. Je ne veux pas faire partie de ta problématique, ce n’est pas ma place, désolée…
Elle a fait mine de fermer la porte, s’est ravisée et s’est approchée de moi, avec un air navré. Elle a posé une main distraite sur un des pans de mon blouson et l’a trituré pensivement.
- Il faut que tu comprennes, a-t-elle soupiré. Tout le monde se ronge pour toi et tu ne peux pas agir éternellement comme un salaud. Je sais que dans le fond, cette histoire avec Cuddy a beaucoup plus d’importance que tu ne veux bien l’avouer. Et c’est pareil de son côté. Elle m’a demandé avant de partir de veiller sur toi, et de lui mailer au cas où tu irais mal… C’est ce que j’ai fait.
Elle a planté son regard dans le mien, s’est un peu mordue la joue de l’intérieur.
- Parle lui, Greg. Appelle la, ou va la voir. Mais règle ce problème et…
- Je n’ai pas besoin d’ange gardien. Je sais ce que j’ai à faire. Merci. » Ai-je riposté durement avant de tourner les talons.
Dans le fond, jack (Daniels) est le seul qui ne m’ait encore déçu. A bien y réfléchir, je trouve même que sa rondeur en bouche, en fin de dégustation, laisse un petit parfum sensuel et suave qui n’a rien à envier à celui d’Ellie.
01:14 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
août 27, 2008
Qui m'espionne ?
« C’est impossible que ce soit Foreman, me disait Wilson hier, alors qu’il était venu passer la soirée chez moi.
Je n’en menais pas large. Le retrouver assis, à côté de moi sur mon canapé, un verre à la main, après tous ces longs mois d’absence me procurait une sorte d’apaisement, mais aussi, sans que je sache vraiment pourquoi, une forme d’appréhension. C’était assez paradoxal, et je luttais pour ne rien en laisser paraître. J’avais sorti mon meilleur Bourbon, grande réserve, mais nous y avions à peine touché. Qui aurait pu penser en nous voyant ainsi tous les deux, que nous venions de traverser cette tornade ?
Sur mon grand écran, en sourdine, Chris Jericho venait de se faire surprendre par une astucieuse clef de jambe de Shawn Mickaels. L’arbitre n’allait pas tarder à prononcer la fin du combat.
J’étais perdu dans mes pensées. Il crut que je doutais de son raisonnement.
- Ce n’est pas le style de Foreman de rendre aussi précisément des comptes, et surtout de manifester ouvertement de l’inquiétude pour toi. Foreman n’est rien de plus qu’une version colorée de toi, House, a-t-il expliqué.
- Faudrait éviter de le lui dire, je pense pas qu’il apprécierait.
- Dans le fond, il le sait. Tu as pensé à Kutner ?
Je me suis gratté la tête en réfléchissant intensément.
- Ca ne lui ressemble pas non plus, ai-je dit. Rien n’atteint Kutner. La seule fois où je l’ai entendu vaguement râler c’est quand le comateux a eu une visite surprise et qu’on a été obligés de déserter la chambre à l’heure de General Hospital… Kutner se fiche bien pas mal de tout le reste. C’est un type reposant.
- Et Taub ?
- Tout ce que je sais c’est qu’il est fourbe et a les dents longues. Il ne prendrait pas le risque de me décevoir, parce qu’il tient à sa place plus qu’à tout le reste.
Je me suis penché pour prendre mon verre et absorber une lampée de bourbon.
- Thirteen me redoute trop. Nous partageons un secret, ai-je continué. Elle a pour moi une sorte de respect et de crainte, et elle ne se mêle jamais de mes affaires.
Wilson, par pur mimétisme, s’est aussi emparé de son verre. La preuve qu’il n’était pas aussi à l’aise qu’il le paraissait. Il a soupiré nerveusement.
- Tu ne trouves pas que c’est une perte d’énergie de savoir qui t’espionne ? Après tout, tous les regards de l’hôpital sont braqués sur toi. Si ça se trouve, c’est quelqu’un que tu ne connais même pas et qui aurait été mandaté par Cuddy …
- J’y ai pensé, figure toi. Je ne vois pas pourquoi Cuddy aurait fait un truc pareil. Son départ ressemble surtout à une fuite précipitée. Elle a juste eu besoin de changer d’air, elle n’aurait pas mis tout ça en œuvre.
L’œil de Wilson s’est allumé tandis qu’il se tournait vers moi.
- Tu te trompes au sujet de Cuddy, a-t-il dit avec force. Tout dans son attitude indique la fuite, mais ne te laisse pas avoir. Elle attend un signe de toi…
J’ai haussé un sourcil, étonné par sa posture soudaine, la conviction qu’il tentait de mettre dans ses propos. Comme je le dévisageais sans comprendre, il s’est penché vers mon Apple posé sur la table basse, a ouvert le navigateur et est allé sur ses emails.
- Je ne devrais sans doute pas te faire voir ça, a-t-il admis, résigné en posant le portable sur mes genoux
C’était un mail de Cuddy, daté de l’avant-veille :
On m'autorise enfin à sortir un peu de mon silence pour retrouver mes amis.
Vous êtes trop discret comme toujours. Mais je sais que vous gérez l’hôpital à la perfection.
Je voudrais juste que vous n’oubliez pas qu'en acceptant de reprendre ma place, vous vous êtes également engagé vis à vis de lui.
Je m'inquiète.
Il a besoin de vous.
Refaites le puzzle...Retravaillez ensemble.
Faites tomber ce mur qui est entrain de tous nous détruire.
Le hasard nous a disloqué.
Et si on prouvait à la vie que nous sommes à sa hauteur ?
J’ai lu avidement, plusieurs fois, puis j’ai fini par remettre l’ordinateur à sa place, sans dire un mot.
Wilson me regardait avec attention. Il cherchait en moi la moindre trace d’émotion. Je me suis contenté de me concentrer sur la défaite de Jericho, sur Catch Channel.
- Elle n’est pas aussi solide qu’elle voudrait te le faire croire, Greg, m’a révélé Wilson, très sérieusement. Au lieu de perdre ton temps à chercher cette taupe, tu ferais mieux d’essayer de comprendre le pourquoi de son départ. Tu n’imagines pas l’impact que tes mots amers ont sur Cuddy. Ce n’est pas la première fois que tu la déstabilises profondément. Je l’ai vue une fois s’effondrer parce que tu n’avais pas été tendre, comme à ton habitude. Crois moi, ton avis compte pour beaucoup dans ses choix. Il y a un tas de choses que tu ignores sur elle.
- Pourquoi me le dire seulement maintenant ? Ai-je demandé d’un ton sec, les yeux braqués sur l’écran.
- Je me suis toujours dit que je n’avais pas à me mêler de votre histoire, m’a répondu Wilson, impassible.
- Notre histoire… Cuddy et moi avons-nous une histoire ? »
Wilson resta perplexe quelques secondes. Visiblement, ma remarque le désarmait plus qu’autre chose. Je n’avais pas l’intention d’en rajouter. D’autant plus qu’à la télé, Matt Hardy venait de faire irruption sur le ring, se trémoussant et exhibant ses biceps surgonflés sur fond de Marilyn Manson.
Finalement, il poussa un soupir exaspéré devant mon mutisme, et se laissa retomber sur le dossier du canapé. Il se servit une dernière rasade de Bourbon, à laquelle il ne toucha pas, en définitive, campant résolument à mes côtés, songeur, les bras croisés.
23:51 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, wilson
août 26, 2008
I want her back
Extrait du journal de Cuddy : http://www.mydiary.com/*********
Identify : Lisa-C
Password : *********
Princeton Plainsboro me manque. Il me manque.
Je n'aurais jamais imaginé dire cela un jour. Pas après le calvaire de ces derniers mois.
Lui...Il s'enfonce, encore. Toujours plus. Il se donne du mal à essayer de créer l’illusion que tout va bien, mais personne n’est dupe.
Je le sais. Malgré l'interdiction de Franck Ochberg je suis allée voir les messages de Foreman, et je presse Bikyel de questions, quand elle va lire son journal.
Foreman a pris cela de son mentor, il ne dira rien, ne posera aucune question mais il s'inquiète.
Moi aussi.
Je ne sais plus si cet isolement me fait du bien.
J'y reviens toujours.
Ce besoin de portes qui claquent. De la fureur des couloirs quand il a décidé de déserter les consultations…
L'idée même de changement m'ennuie à présent.
Il est peut être trop tard.
Will est charmant.
Il m'emmène danser...dépose une rose parmi les pancakes chauds.
Mais Dieu qu'il chante faux ! Et il ne sait même pas jouer de piano...
House ne parle plus de sa main. J’espère qu’il a récupéré.
Cela continue à me hanter, cette colère.
Ochberg a raison.
Il est encore sans doute trop tôt pour penser à rentrer. Ou même à faire un signe.
10:38 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy
août 25, 2008
To be or not to be
Ce midi, à la cafet’, une ménagère de plus de cinquante ans, de style bigot, est venue me saluer avec des airs affectés alors que je déjeunais avec Wilson. Je devais apprendre un peu plus tard que cette brave dame était l’épouse de James Horwell, un de nos plus prestigieux membres bienfaiteurs.
« Dr House ? A t-elle demandé en m’appréhendant. Je tenais à vous féliciter pour votre intervention magistrale et passionnante de l’autre soir.
Je me suis levé, un peu empêtré entre ma canne et la table encombrée, pour lui toucher succinctement la main. Mon regard devait en dire beaucoup plus que ce que la bienséance m’autorisait : j’ai horreur de ce genre de civilité fausse, et d’autant plus lorsque je suis à table.
- C’est bizarre, a-t-elle dit avant de me quitter, me détaillant comme si je sortais d’une fosse à purin. J’ai eu beaucoup de mal à vous reconnaître…
Lorsque je me suis assis à nouveau, et qu’elle se fut un peu éloignée, Wilson, le regard amusé a cru bon de me faire la morale.
- Tu devrais soigner ton look, tu sais, m’a-t-il conseillé. Certains clodos sont encore mieux sapés que toi. Passe encore que tu refuses le port de la blouse, mais les chemises froissées, les t-shirts délavés, ça ne pousse pas vraiment à la confiance.
Prenant un air faussement surpris, j’ai fait mine de m’examiner sous toutes les coutures sans rien trouver à redire.
- Excuse moi de ne pas avoir bâti ma notoriété sur ma façon de porter un complet veston Armani, ai-je répliqué. Est-ce la tenue qui fait le médecin ? Dans quel module ils abordaient la question, déjà, à la fac ?
Wilson a levé les yeux au ciel.
- Je sais bien que le Grand Gregory House se passe de toutes les convenances existantes, a-t-il dit, mais malheureusement l’image est quelque chose de capital. Par exemple, est-ce que tu ferais confiance à un dentiste à qui il ne resterait qu’un malheureux chicot ?
Je venais de mordre dans mon hamburger. Lorsque j’ai répondu, la bouche pleine, Wilson a subrepticement reculé sa chaise.
- Pas si la seule dent qui lui reste est fausse, non.
Dans la foulée, j’ai englouti plusieurs gorgées de mon milk-shake. Wilson me toisait maintenant comme s’il venait de décider que mon cas était désespéré.
- Je trouve ça marrant, cette fixation que vous faites, vous autres, sur les apparences, j’ai continué. Tu sais, moi aussi j’ai mes propres critères, et ils sont tout aussi valables, bien que non fondés sur des considérations hygiéniques ou esthétiques à la mord moi le nœud.
- Je serais curieux de les connaître, a répondu Wilson, amusé.
J’ai englouti une énorme bouchée de donut avant de répondre, les yeux dans les yeux de Wilson.
- La confiance n’est pas une affaire de bon look. Tu te souviens du toubib dans The Love Boat ?
Wilson, moqueur, a réprimé un éclat de rire derrière sa main.
- Adam Bricker… Comment contrecarrer une telle référence ? A-t-il plaisanté.
J’ai pris le même ton docte que celui que j’avais adopté en amphithéâtre deux jours auparavant.
- Je peux t’assurer que pour être un médecin crédible lorsqu’on exhibe aussi pitoyablement ses genoux cagneux en bermuda, faut y aller ! Et je parle même pas du fait qu’il avait peur de son ombre. Ce type était un anti-médecin, quand on y pense.
- Mais dans le cas de The Love Boat, la question de confiance ne se pose même pas : Bricker était le seul généraliste à bord… On était forcément obligé de faire appel à lui.
J’ai secoué négativement la tête, fidèle à mon raisonnement.
- Non. Le fait est que ce type inspirait vraiment confiance. Il aurait pu te convaincre de te monter lui-même, entre deux escales, un anus artificiel à base de cartilages de requins pour une simple crise d’hémorroïdes passagère. Ce type savait amadouer, séduire, persuader, c’est un fait.
- Et tu expliques ça comment ? M’a demandé Wilson, pensif.
- Il avait le truc.
- Le truc ?
- Oui, le petit détail qui fait que l’on est prêt à lui accorder crédit, le genre de chose qui le distingue des autres et qui montre qu’il est fort d’un savoir que les autres n’ont pas.
Et comme Wilson demeurait perplexe :
- Des énormes lunettes, avec une monture écaille, ai-je annoncé fièrement. C’était son signe distinctif. A croire qu’il était né avec tellement elles lui collaient à la peau…
- On peut même dire qu’elles avaient une longueur d’avance sur lui, question croissance, a complété Wilson, gaiement.
- Toujours est il que ce genre de détail a son importance. Sans le savoir, chacun cherche à imposer à la vue d’autrui le truc qui le démarquera automatiquement en tant que médecin. Si on considère que tout le monde est en blouse blanche à l’hôpital, qu’est ce qui différencie un médecin d’un aide soignant aux yeux d’un patient ?
Tout en posant ma question, j’avais entrepris de siphonner le fond de mon gobelet de milk-shake, à grandes aspirations bruyantes, et encore une fois, beaucoup de regards convergèrent vers notre table.
- Les médecins mangent comme des porcs ? A avancé Wilson, un peu mal à l’aise.
De la tête, j’ai fait signe que non, masquant avec peine un rot.
- Tu as ceux qui exhibent leur stéthoscope à longueur de journée, ai-je exposé. Si tu observes Foreman, il l’utilise comme écharpe. Il doit l’enfiler directement après sa cravate, le matin. C’est son truc. En tant qu’homme de couleur il n’aimerait pas qu’on le situe d’office en bas de l’échelle. Chase aussi a eu sa grande période stéthoscope. Il en est revenu pour quelque chose de plus subtil… Mais Chase était un peu à part déjà : il le gardait dans sa poche, ne le sortait que lorsque c’était nécessaire, genre : « Eh salut les gars, je suis toubib mais je suis cool ! »
Wilson, d’un air faussement dépassé, a pris sa tête dans ses mains, sans cesser de sourire. J’ai poursuivi :
- Parmi ceux qui ont aussi opté pour le détail subtil, tu as Taub, Thirteen, Kutner et Cameron. Pour leur part, ils se contentent d’aligner une armada de stylos dans la poche pectorale de leur blouse. Ils disent clairement à qui les regarde : ce qui nous différencie du personnel en blanc, c’est que nous, on rédige des ordonnances. Et il est bien connu que les ordonnances se rédigent de quatre couleurs différentes.
Wilson, gêné, a porté son regard sur sa propre poche, elle-même garnie d’une demi douzaine de feutres à bille. Nos regards se sont croisés, mais je n’ai pas cillé.
- Ce qui m’amène à me poser la question suivante, ai-je enchaîné. Est ce que la bonne image ou la notoriété d'un médecin est accrue par le nombre de stylos présents dans sa poche ? En admettant que ce soit le cas, certains ont beaucoup de souci à se faire, on peut vraiment dire qu’ils ne lésinent pas sur les signes extérieurs. Taub et Chase ont indiscutablement des choses à se prouver, tandis que Cameron a adopté le style détaché, avec seulement un stylo à son palmarès.
J’ai essuyé mes lèvres d’un revers de manche. Wilson me dévisageait d’un air absorbé mais aussi avec une sorte de considération réjouie. Apparemment, je l’avais convaincu.
- Et c’est quoi alors, ton truc, à toi ? M’a-t-il demandé, nonchalamment.
- Moi ? Je me contente de sauver des vies et de faire mouche quatre vingt dix neuf fois sur cent. » Ai-je répliqué.
Il a bien tenté de répondre un truc, mais sa verve habituelle lui a fait faux bond.
J’ai cueilli ma canne qui reposait contre la table, me suis levé, et l’ai planté là, d’un air royal. Parfois, malgré ma patte folle, il m’arrive de me sentir aérien.
09:22 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : house, wilson
août 23, 2008
On m'espionne
Voici ce que j’ai découvert aujourd’hui sur la BAL de Cuddy. Apparemment elle aurait ouvert ce mail hier, ce qui signifie que sa soit disant retraite n’est qu’un peu de poudre aux yeux : Cuddy continue à veiller sur l’hôpital, et pire, elle a chargé des larbins de me surveiller.
Ce n’est pas tant que ça me dérange. J’ai l’habitude d’être le centre d’intérêt de Plainsboro, j’alimente ainsi grand nombre des rumeurs de couloir et contribue à maintenir un bon degré de franche camaraderie entre les membres du personnel.
Ce qui me tarabuste ce serait plutôt de savoir qui s’est désigné pour accomplir cette tâche. Il s’agit forcément de quelqu’un de « proche ». Je soupçonne en premier lieu tous les membres de mon équipe ou de mon ex-équipe.
Il est à noter que la taupe agit en toute intelligence, en adressant ses mails de manière anonyme, sans signer. La taupe est donc bien informée sur mon compte et sait que je possède tous les mots de passe de Cuddy.
Je ne vous cache pas que je compte mener une enquête et faire vivre un enfer à mon entourage jusqu’à ce que l’un d’entre eux se dénonce, ou même balance un de ses collègues. Foreman est d’ores et déjà en tête de liste.
From : anonymous@plainsboro.com
To : Lisa Cuddy
Cuddy,
Depuis votre départ, quelque chose ne va pas avec House, c'est très perturbant. Vous avez longtemps soupçonné qu'il était dépressif et il se peut qu'aujourd'hui ce soit bien le cas, enfin, c'est une supposition. Il se comporte étrangement. En fait, il se comporte normalement ! Et il n'est pas normal qu'il soit normal puisque la normalité est tout sauf un état normal chez lui ! (Je sais que vous me comprenez)
Il est intervenu lors du colloque comme un orateur mature et responsable ! Comment expliquer ce changement ? Je l'ai surpris avant ce même colloque dans une attitude étrange qui ressemblait au désarroi, à l'abandon, au renoncement. La tête basse l'air abattu. Il est resté longuement comme ça, seul, perdu dans ses pensées. Excusez la faible qualité du cliché, mais je l’ai pris à son insu, avec mon téléphone portable. Je suis convaincue qu'il se passe quelque chose. D'autant qu’il devrait aller mieux, ses rapports avec Wilson se sont améliorés. Sa personnalité a quand même indiscutablement changé.
Ne serait-ce pas des signes de séquelles de sa stimulation cérébrale ? J'avoue que la question se pose.
Tout le monde semble ravi de ce changement, moi, je le trouve préoccupant. Je me demande ce qu'en pense Wilson ?
Cuddy, je pense que vous devriez rentrer au plus vite.
16:25 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy

