septembre 07, 2008
En route vers Las Vegas (2)
Il n’est pas dans mes habitudes de me lâcher de la sorte et de faire étalage de mes souvenirs, de manière si abrupte. Je crois n’avoir jamais parlé de moi autrement qu’en faisant un usage immodéré de métaphores ou bien sous l’emprise de cocktails et de substances dangereusement oxymoriques.
Le besoin de parler de moi ne se fait jamais sentir, à de rares exceptions près - mais chaque fois à des moments inappropriés. Je me souviens avoir maintenu un amphithéâtre entier en état de transe, il y a deux ou trois ans, simplement parce que j’avais ressenti la nécessité, devant les regards interrogateurs braqués sur ma jambe, d’éclairer leur lanterne tout en restant aussi évasif que possible.
Pour l’heure, personne ne me regarde. Je suis paisiblement enfermé chez moi, ce week-end. Une pluie fine de début d’automne tombe sans discontinuer sur le New Jersey depuis quelques jours. Le moment me semble d’autant plus propice aux confidences que je n’ai rien d’autre à faire que penser et restituer.
(N’allez pas imaginer pour autant que ça deviendra une manie, vous prendriez le risque de me rendre irritable par vos demandes multiples et pressantes.)
***
Vous vous en doutiez. Prescott a accueilli ma proposition avec frénésie. J’étais revenu sur le campus, nous nous étions retrouvés dans notre chambre lorsque je lui avais fait part de mes projets.
Il a sorti une carte et l’a étalée sur son lit. Du doigt, il a parcouru les quelques 3000 kilomètres qui nous séparaient de l’état du Nevada.
« Je pense que nous aurons notre compte de paysages désertiques, après ça, a-t-il dit fiévreusement. Après avoir empoché le jackpot, nous gagnerons le Mexique en traversant la Californie plutôt que l’Arizona, non ?
Ça ne me dérangeait pas. Nous allions emprunter une grande partie de la route 66 en la prenant à sa source, dans l’Illinois, ce qui donnait à notre petite virée un caractère aventurier qui n’était pas pour me déplaire. Je me posais juste la question de savoir si mon Dodge résisterait au périple. Il était hors de question que je fasse appel à mes parents pour assumer le montant d’éventuelles réparations.
Comme s’il avait senti ce qui me préoccupait, Prescott est tout à coup revenu à des considérations plus matérielles.
- Rassure toi, Greg. J’ai trouvé un moyen d’alléger encore un peu le coût du voyage, a-t-il mystérieusement annoncé devant mon air préoccupé.
J’avais quand même une tendance naturelle à me méfier de toutes les bonnes idées de Prescott. La dernière en date, consistant à partager nos casiers au club sportif, m’avait valu de me retrouver entièrement nu, un soir, dans les vestiaires désertés. Le temps que Prescott percute qu’il m’avait abandonné sous la douche et était reparti au campus, avec les clefs du cadenas.
Comme il subsistait ce petit trait soucieux entre mes sourcils, il m’a assené une grande claque dans le dos, a ramassé son blouson, et m’a fait signe de le suivre en ouvrant la porte de la chambre.
Nous avons gagné le grand hall de la cité universitaire, celui que nous appelions familièrement l’enceinte de chasteté, car il séparait les bâtiments des filles de ceux des garçons. Nous avons atteint ensuite le bout du couloir, celui où se trouvait l’entrée d’une sorte de réfectoire, pompeusement nommé drugstore ; on y servait de jour comme de nuit, un café boueux qui détruisait l’estomac. Les lieux faisaient également office de fast food, pour ceux qui avaient survécu à l’épreuve du café.
A l’écart des brouhahas de la salle, une jeune fille qui ne m’était pas inconnue était assise seule à une table. Un gobelet de thé fumant devant elle, elle ne lisait pas, ne cherchait pas à se donner une contenance. Elle était simplement assise là, l’air rêveur, comme absent. A notre arrivée, son visage s’est éclairé. Elle s’est levée pour nous saluer. J’ai noté la chaleur de sa paume, l’éclat de ses yeux azur, lorsque nos mains se sont croisées.
- Greg, je te présente Lisa Cuddy, a annoncé Prescott triomphant.
Et il a pris place à côté d’elle, tandis que je me tirais une chaise, face à eux.
Il y eut un moment de silence empêtré entre nous trois. J’en profitais pour détailler Cuddy, que j’avais déjà remarquée, déambulant parmi les premières années, dans les couloirs de la fac de Médecine. Brune, la peau claire, séduisante. Elle portait un petit haut moulant qui laissait apparaître la naissance de sa gorge, plutôt généreuse, et qui déjà à l’époque attirait de nombreux regards de convoitise. Sa taille fine et élancée était cintrée par un jean à la coupe ajustée. C’était une fille simple, sans artifices. Il y avait aussi quelque chose en elle que je n’arrivais pas à cerner et me déstabilisait. Elle dégageait une sorte d’énergie saine et positive, une vitalité quasi palpable qui se propageait vers vous et dont la simple proximité vous donnait une pêche d’enfer.
- Je suis ravie de rencontrer enfin l’illustre Docteur House, déclara t-elle en souriant.
Un an auparavant, j’avais restitué en public les conclusions de mes premiers mois de recherche en psychiatrie. Elle avait été emballée par la clarté de mon intervention destinée aux premières années. En fait, l’université de Johns Hopkins comportait un programme assurant aux arrivants une sorte de parrainage et de guidance par les plus anciens du campus. Etant nommé officiellement médecin depuis un an, il était de mon devoir d’assurer quelques heures annuelles de formation aux nouveaux étudiants.
Un bref échange d’information me permit de savoir que Cuddy avait 22 ans seulement. Après avoir terminé ses études générales au Collège elle avait réussi avec succès son MCAT et avait été admise haut la main en Medical School à Johns Hopkins en 86. C’est Prescott qui m’informa sur le CV de Cuddy, dont il ne lâchait pas le décolleté du regard, au bord de l’apoplexie.
- Et tu sais quoi ? Lança Prescott subitement atteint de diarrhée verbale. Lisa nous accompagne à Las Vegas !
Son enthousiasme n’eut pas l’effet escompté sur moi. Je demeurais silencieux, fixant tour à tour mes deux interlocuteurs plongés dans une attente pleine d’appréhension.
- Si il y a une chose que j’aime particulièrement, ai-je annoncé calmement, c’est bien qu’on m’impose des choix. Il y a d’autres surprises que vous me réservez ? Je serai sensé changer vos draps entre chaque étape après vous avoir servi de chauffeur ?
Prescott s’est mis à toussoter d’une manière que bien des catarrheux lui aurait enviée, tandis que le sourire de Cuddy s’accentuait. Elle me toisait, comme fascinée par ce que je leur renvoyais : une attitude fermée, franchement hostile et vindicative.
- Ce n’est donc pas une légende, murmura t-elle un peu à part, pour elle-même, mais de manière à ce que j’entende. Têtu, égocentrique, arrogant, direct mais spirituel…
- Faut pas croire tout ce qu’on raconte à mon sujet. Ai-je répondu du tac au tac. Les cinq fois de suite sans débander, c’est uniquement quand je suis bourré…
Elle n’a pas rougi, ne s’est pas démontée, ni rien. Son regard restait accroché au mien comme si elle cherchait à y déceler la moindre trace de scrupule. Je dois dire que c’était peine perdue.
Prescott a bondi de sa chaise, est venu m’agripper par l’épaule pour me forcer à me lever et à le suivre. Il m’a entraîné à l’écart de la table, près du comptoir. Il avait l’air furieux après moi et consterné.
- Ne fais pas le con, House, m’a-t-il intimé. Nous ne sommes pas en position de refuser sa présence. On n’a pas de fric, alors c’est soit elle se joint à nous, soit c’est bye-bye Mexico…
- Dis plutôt que t’as envie de te la faire, ai-je ricané. Pas envie de vous chaperonner pendant tout le voyage, d’assister à vos coups de gueule et de me farcir tes humeurs lorsqu’elle t’aura refusé ta petite gâterie du soir. Désolé.
J’étais prêt à tourner les talons, dire adieu à mes projets, me rendre humblement chez le doyen pour le supplier de me dégoter un job dans l’urgence. Une fois de plus, Prescott m’a saisi par le bras, me suppliant de l’écouter.
- Je t’assure que je ne la toucherai pas, Greg ! S’est-il écrié au comble du désespoir.
J’allais vraiment l’envoyer paître, lui dire d’aller se faire voir ailleurs, de débarrasser ses affaires de notre chambre commune et de m’oublier tout à fait, quand soudain, je lançais un regard vers notre table où était toujours assise Cuddy et fus saisi par tout le comique de la situation.
Dans son accès de désespoir, Prescott avait parlé un peu plus fort que nécessaire et elle avait entendu. En fait, toute la cafétéria avait pu profiter de nos échanges. Au lieu de s’en offusquer Cuddy laissa fuser un rire franc, éclatant, plein d’une moquerie qui n’avait rien de condamnant. Le genre de moquerie qu’on pourrait avoir envers deux mômes un peu gauches qui se chamailleraient en public.
Elle ignorait probablement combien elle était irrésistible à ce moment là. J’aimais particulièrement la façon dont elle dissimulait sa bouche, du plat de sa main, l’écho de son rire qui emplissait toute la salle et gagnait peu à peu l’ensemble des gens présents. Il faut dire que nous étions en plein rush-hour.
Je me suis campé au garde-à-vous devant mon compagnon dont le visage venait de prendre une superbe teinte cramoisie.
- Tu peux me le jurer, John ? Ai-je demandé solennellement à Prescott, d’une voix forte et sentencieuse, de manière à ce que tout le monde puisse nous entendre.
Il a ouvert la bouche pour bredouiller quelque chose, puis comprenant sans doute que je me moquais de lui, il s’est détourné de moi avec un geste las. Dans mon dos, les rires de Cuddy avaient redoublé, ce qui n’était pas pour me déplaire.
- Va te faire foutre, House ! M’a soufflé hargneusement Prescott avant de quitter précipitamment le drugstore, sous les huées de certains de nos camarades de promo.
Je suis allé rejoindre Cuddy qui finissait tant bien que mal son thé. En fait, elle en avait renversé une bonne moitié sur la table.
- Je crois que cette petite excursion promet ! » S’est-elle exclamée joyeusement entre deux hoquets tandis que je reprenais place face à elle.
J’ai marqué un temps d’arrêt. Je pense que j’ai alors souri, avant d’approuver, débonnairement, que oui, en effet, ça promettait.
(à suivre)
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septembre 06, 2008
En route vers Las Vegas (1)
En 1987, j’avais effectué ma première année d’internat dans le Michigan, à l’Hôpital de Ann Arbor, au service de recherches psychiatriques. J’étais officiellement devenu Docteur en Médecine, une année auparavant, à l’issue de quatre années passées à user les bancs de Johns Hopkins.
Cette année marquait un tournant décisif dans l’orientation de ma carrière. Je venais en effet de postuler au Matching Program qui me permettrait de me diriger vers la spécialisation de mon choix. Le service de néphrologie du Saint John Hospital, de Détroit m’avait contacté. Le docteur Robert Solenzano, une pointure de l’époque en matière de transplantation rénale, acceptait de m’accorder un entretien en vue d’une admission. Sa secrétaire, au bout du fil, m’avait laissé entendre que toutes les chances étaient de mon côté, car après première sélection sur papier, mes notes apparaissaient comme étant nettement en dessus du lot.
A cette époque, quoique d’allure impassible et nonchalante, j’étais encore impressionnable. Je me souviens avoir rencontré Solenzano, dans son bureau encombré de paperasse, probablement entre deux consultations urgentes. Il a levé un œil distrait vers moi, à mon arrivée, m’a annoncé solennellement qu’il n’avait pas plus de dix minutes à m’accorder avant de se replonger dans la lecture de ce qui semblait être un compte rendu d’intervention chirurgicale.
« Nous serait-il possible d’écourter notre entretien de quelques minutes de plus ? Lui ai-je alors demandé avec aplomb. Le match opposant les Spartans et les Wildcats est sur le point de commencer sur la chaîne locale… »
Il a levé un œil surpris vers moi. J’ai bien dit surpris, surtout pas offensé. Il a éclaté d’un rire sonore et s’est levé pour me tendre la main par-dessus le désordre de son bureau. Mon audace lui avait plu. J’étais admis à faire mes armes dans son service pour les trois ans à venir.
En sortant de cet entretien pour le moins inhabituel, j’avais eu le réflexe d’appeler Newport, où mes parents résidaient à l’époque. Mon père y était basé par l’US Navy.
Ma mère, enthousiasmée par ma réussite, déversa encore un torrent de ses fameuses larmes qui avaient jonché jusqu’ici mon parcours scolaire. J’essayais de faire bref en lui demandant de me passer mon père qui accueillit la nouvelle avec un peu plus de sobriété. Après m’avoir assuré qu’il était fier de moi, la conversation prit une tournure sensiblement plus grave.
« Il y a autre chose que tu aimerais me dire ? Ai-je amorcé.
Je me souviens qu’il se raclait la gorge d’une manière pénible à entendre pour quiconque se trouvait à l’autre bout du combiné. John House, hésitant, tournait manifestement autour du pot, comme à son habitude.
- Cela concerne le prêt de 120 000 dollars que nous avons contracté pour tes études, Greg… J’ai décidé qu’il était de ton ressort de commencer à rembourser, puisque tu es promu médecin et que tu vas commencer à gagner ta vie.
Et c’est ici que les athéniens s’atteignirent, ai-je songé avec un sourire amer. Il n’était pas question de discuter, je ne le savais que trop. Déjà, à l’époque, je n’étais pas à proprement parler un gestionnaire. Je jonglais toujours avec difficulté entre les versements que m’effectuaient chaque mois mes parents sur mon compte. Il arrivait que ma mère me fasse parvenir en cachette quelques billets soigneusement dissimulés dans une lettre, en me suppliant de ne surtout pas en parler à mon père et de tâcher d’être un peu plus prévoyant à l’avenir. La situation avait beau me mettre mal à l’aise, je ne m’en retrouvais pas moins gêné le mois suivant… Je devais également pas mal d’argent à Prescott, et je ne parle même pas des ardoises en attente de quelques bars à hôtesses aux alentours de Barton Hills.
Le moment m’était critique, mais je ne devais rien en laisser paraître.
- C’est entendu… Autre chose, papa ? » Ai-je demandé avec la même assurance que celle que j’avais eue avec Solenzano auparavant.
John House a marqué un temps de pause au bout du fil avant de me répondre par la négative, et de me souhaiter bonne chance pour l’avenir.
Je dois bien avouer que lorsque j’ai raccroché, celui-ci me paraissait légèrement plus morose.
Je disposais de deux mois de répit avant de commencer à exercer au Saint Johns Hospital. Deux mois que j’aurais du passer à me détendre, par exemple en allant surfer sur la côte Ouest. Prescott m’avait proposé de l’accompagner au Mexique, et j’avais laissé planer l’idée que si mes parents étaient généreux, non seulement je l’accompagnerais, mais prendrais une partie des frais du voyage à ma charge. La perspective de me chercher un job pour l’été ne m’enchantait guère. Certes, j’aurais pu exercer au laboratoire d’analyses de Ann Arbor, ou j’aurais pu prier un de mes professeurs de me dégoter quelque chose de plus glorieux, mais il était hors de question que quiconque soit informé de la position délicate dans laquelle je me trouvais.
Je ne sais toujours pas pourquoi l’idée m’est venue à ce moment là. Peut-être à cause du gars que j’ai croisé en remontant Moross Road. Il portait une casquette à longue visière, et une chemise blanche, aux manches retroussées par-dessus un pull-over marine. Nous nous sommes bousculés alors qu’il sortait de chez Papa Romano’s, un carton de pizza à la main. J’ai du me faire la réflexion qu’il ressemblait à un croupier, ou quelque chose comme ça. Nous avons échangé quelques sourires désolés. Le mien s’est soudain considérablement élargi tandis que l’idée germait dans mon esprit. Je devais aller tenter ma chance à Las vegas.
J’ai regagné le parking pour récupérer mon Dodge coronet et foncer sur le campus. J’avais hâte de mettre Prescott dans le coup. Il serait probablement partant. Prescott était d’ailleurs toujours partant.
(à suivre)
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septembre 03, 2008
Le légendaire sourire de Foreman
Il est rare de voir Foreman sourire. J’avais plus ou moins renoncé à voir ses zygomatiques entrer en action un jour (pour des raisons autres que masticatoires, j’entends). J’y avais d’ailleurs autant renoncé qu’à voir prochainement Hillary Clinton moulée dans un tailleur de chez Dior, agiter ses fesses sur un podium.
Pourtant, il a fait irruption tout à l’heure dans mon bureau avec une expression grimaçante que je ne lui connaissais pas jusqu’ici.
« J’ai une nouvelle qui pourrait vous intéresser, a-t-il annoncé fièrement.
J’étais pour ma part entrain de terminer avec succès une grille de Sudoku (force 7). J’ai levé un œil vers lui et après analyse profonde il m’est apparu que cette espèce de contraction musculaire faciale était bel et bien un sourire.
- Ah oui ? Ai-je demandé de mon ton le plus détaché, ce qui a habituellement le don de lui mettre les nerfs en pelote.
C’était raté. Il est resté campé devant mon bureau, l’air satisfait, avec cette chose sur le visage, que nous appellerons désormais le légendaire sourire de Foreman.
- Je sors à l’instant du bureau de Cuddy, a-t-il enchaîné. J’étais entrain de lui raconter comment vous avez battu Wilson aux échecs neuf fois coup sur coup ce matin. Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ?
- Que c’était pas beau de venir rapporter ? Ai-je minaudé.
Apparemment hermétique à mes sarcasmes, il a vigoureusement hoché la tête de manière amusée.
- Non, s’est-il exclamé. Elle m’a répondu que vos frasques n’étaient plus ses affaires. Qu’elle se recentrait désormais sur les problèmes concernant l’hôpital et les patients. Que du moment que vous ne cassiez plus la machine à IRM, ce que vous faisiez en dehors ne l’intéressait pas.
J’étais entrain de boucler la dernière ligne de ma grille de Sudoku, et ça m’avait quand même occupé la majeure partie de la journée, c’est la raison pour laquelle je ne lui ai pas répondu. Je me suis laissé aller mollement sur mon siège pour m’étirer.
- Ce qui signifie qu’il est dorénavant inutile de parler de la transparence de ses petites culottes dans votre blog, vu qu’elle ne viendra plus le lire, a-t-il continué avec enthousiasme.
- Et à part ça, Docteur Foreman, qu’en est-il de ce cas de cap polyposis qui vient d’être admis dans le service ? Me suis-je enquis fort professionnellement.
- Il semblerait que ce soit une simple entérite, a-t-il répondu. En ce moment, nous sommes au niveau zéro des mystères médicaux. Ce qui se passe en traumatologie est mille fois plus passionnant.
Je pouvais difficilement le contredire. Les tournois d’échec, ma grille de Sudoku, en étaient les preuves évidentes. Je démontrais clairement à Foreman que cette petite conversation ne venait pas me sauver de l’ennui mortel dans lequel je m’engluais depuis le début de la semaine.
Devant mon manque manifeste d’emballement, Foreman a fait mine de tourner les talons, puis s’est ravisé et est revenu à la charge, avec sur le visage, une ébauche de son légendaire sourire, qui, à bien y réfléchir tenait beaucoup plus du rictus d’un animal atteint de la rage, bave mise à part.
- Ah, a-t-il rajouté en me plagiant. Je sais que ce n’est pas bien de rapporter, mais il se trouve que ce matin j’ai été amené à travailler sur l’ordinateur personnel du Docteur Cuddy. Au cas où ça vous intéresserait, je suis malencontreusement tombé sur ses mots de passe, dont celui d’un blog qu’elle vient de mettre en ligne… »
Je lui ai dit que j’étais immensément fier de constater combien mon enseignement lui avait profité. Je lui ai assuré que son avenir de médecin se profilait sans nuage au dessus de milliers de patients qui scanderaient son nom et chanteraient ses louanges, une génération après l’autre. Je viens d’ailleurs à l’instant de le promouvoir chef-adjoint du département de Médecine Diagnostique.
Dans ma lancée, je vous fais profiter ici de la petite trouvaille de Foreman. Il va sans dire que je compte sur votre entière discrétion.
02:42 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy
septembre 01, 2008
Madame Honeychurch et sa fille
On m’attendait ce matin en consultations. C’est Foreman qui est venu m’en faire part en personne, Cuddy ayant apparemment souhaité s’épargner la peine de monter l’étage qui nous sépare. (Il faut croire que son séjour dans le Michigan aura été plus qu’éprouvant…)
Disons que Foreman est venu m’annoncer cette excellente nouvelle sur les coups de dix heures trente. J’ai pris le temps de terminer mon téléchargement de la discographie complète de King Crimson, de classer les albums par années de sorties, et de graver le tout au format .hog. J’ai un peu hésité à me faire monter un café par Thirteen. J’ai bien dit un peu. Elle a d’ailleurs eu la prévenance de me le ramener avec un donut.
J’étais entrain de finir de le déguster en le trempant dans mon gobelet, à la française, lorsque Foreman est revenu à la charge. Cuddy fulminait en bas, et le hall des consultations était plein à craquer.
J’ai ouvert la porte à la volée. A l’intérieur de la salle m’attendaient une mère et sa fille. J’ai compris tout de suite, mais un peu tard, que j’avais commis une erreur en cédant à la pression. La manière dont elles me dévisagèrent, leur regard allant alternativement de ma canne, à moi, pour revenir à ma canne, ne laissait rien présager de bon. J’ai noté tout de suite la jupe plissée de maman, son foulard soigneusement retenu par une broche, le chemisier à col pointu rigoureusement boutonné jusqu’au ras de son cou grêle. J’ai jeté un œil au dossier : Madame Honeychurch, appelons là comme ça, venait consulter au sujet de sa fille, Myrtle. (Appelons là comme ça aussi).
« Vous êtes l’homme d’entretien ? M’a-t-elle demandé, les lèvres un peu pincées.
- Je ne suis que médecin, ne vous fiez pas aux apparences, ai-je répondu.
Et comme elle me regardait, interdite, sans savoir quoi répondre, je me suis présenté en me laissant choir sur le tabouret, avec un soupir profond.
- Bo-bbb-onjour, m’a adressé timidement Myrtle, assise en tailleur sur la table d’examen, tout en triturant nerveusement un pan de sa jupe.
Je l’ai détaillée. Quatorze ou quinze ans, des ongles rongés jusqu’au sang, des cheveux tirés en arrière retenus par un bandeau. Du genre qui subit encore sa condition mais qui ne tardera pas à envoyer tout claquer, à la majorité. Un piercing discret sur l’aile gauche de son nez m’est apparu comme l’un des signes précurseurs de cette rébellion bridée. J’étais prêt à parier qu’en l’examinant j’aurais pu probablement trouver un tatouage dans une partie dissimulée, pratiqué en cachette des interdictions parentales.
Comme c’est souvent le cas dans ce genre de schéma, c’est Madame Honeychurch qui a pris la parole, d’une voix grinçante à souhait.
- Mon mari et moi-même sommes très inquiets au sujet de notre fille. Nous l’avons faite évaluer récemment par un psychologue de l’hôpital et les tests pratiqués révèlent une intelligence normale, aucun trouble cognitif… Le psychologue nous assure que tout va bien, mais nous ne sommes pas vraiment convaincus.
J’ai ouvert mon tube de vicodine et me suis expédié au fond du gosier deux allers simples pour le paradis. J’entends par paradis, tout lieu extérieur à cette salle ou toute chose qui aurait pu me permettre de m'éloigner un peu de cette sordide ambiance.
- Le fait est que Myrtle n’a pas d’amis, a continué Madame Honeychurch intarissable sur le sujet. Nous l’avons pourtant inscrite dans une excellente institution de Princeton parce que nous avons de grands projets pour elle. Nous aimerions qu’elle fasse des études de droit, vu que mon mari est avocat. Mais elle ne travaille pas, ses résultats scolaires sont mauvais, et elle ne parle à personne. Elle passe le plus clair de son temps à écrire sur un calepin, à l’écart des autres. Vous ne pensez pas qu’elle pourrait être schizophrène ?
Myrtle s’est agitée sur la table. Elle a tenté de couper la parole de sa mère, mais tout ce qu’elle pu laisser échapper fut une pathétique succession de « Mmm- Maaa ». Résignée, elle a sorti de la poche intérieure de sa veste un petit calepin tout corné, à la couverture rose vif et un crayon minuscule à force d’avoir été taillé. Le tout faisait peine à voir. Elle a fébrilement écrit quelque chose et l’a tendu vers nous.
« Maman, je t’en prie, tais toi » Avons-nous déchiffré de concert.
Mon œil s’est allumé. Je me suis tourné vers Madame Honeychurch qui lançait des regards terribles à sa progéniture.
- Je trouve qu’elle va relativement bien, ai-je clamé. L’orthographe est bonne, le tracé des lettres correct, la pensée concise, bien traduite, et pas totalement hors de propos.
- Je vous demande pardon ? A dit Madame Honeychurch sans comprendre, ou en feignant de ne pas le faire.
- Je veux dire par là que vous parlez largement assez à sa place, ai-je répondu. Cela lui permet d’économiser quelques efforts, certes, mais je ne pense pas qu’elle y trouve son compte finalement.
J’ai fait mine de réfléchir, en me touchant le menton et en prenant la pose légendaire qu’on attribue en général à Freud.
- Ceci dit, je vous comprends tout à fait, j’ai enchaîné. Où va-t-on si on laisse les enfants s’exprimer et décider par eux-mêmes de ce que sera leur vie ? En tant qu’adultes nous détenons le savoir absolu, nous savons mieux que quiconque ce qui est bon pour eux. Nous avons choisi de les mettre au monde, il est donc normal de contrôler leurs désirs, non ? Je suis persuadé que Myrtle est d’accord avec nous, dans le fond. Elle sait que toutes les restrictions que vous lui imposez sont empreintes de bienveillance à son égard. Tu en penses quoi, Myrtle ?
Le visage de la gamine s’est empourpré. Elle a pris une grande inspiration pour me répondre, a tenté d’articuler quelque chose avec peine. Ça donnait quelque chose comme : Bben en fffffffait, jjjj jj j-jjjj-e s-ss…
- Abbb-rège un peu, l’ai-je coupé. Tu vas me faire rater mon épisode de Prescription passion.
Un instant déstabilisée, Myrtle a rougi de plus belle, ses yeux sont devenus brillants de colère. Elle a fiévreusement griffonné quelque chose sur son bloc, qu’elle m’a tendu avec brusquerie.
« Continuez comme ça et je vous jure que ça me prendra encore plus de temps ! »
- Ah ? Parce que là t’étais en mode accéléré ? Ai-je dit, dépité. Autant que je m’installe ici, alors, si ça promet de durer…
- Docteur House, je vous en prie ! S’est écriée Madame Honeychurch dans mon dos, tandis que je posais mon écran LCD de poche sur la tablette d’examen et que j’en réglais le son à l’aide des mollettes.
Myrtle a de nouveau écrit quelque chose et l’a placé bien en évidence, à portée de ma vue.
« Je ne savais pas que les ancêtres tels que vous savaient utiliser ce genre d’objet »
- Tu serais étonnée de tout ce que je sais faire, ai-je répliqué. J’ai démoli Trace hier soir sur Metroid Prime Hunters. Je réussis le kick back flip comme personne…
J’ai senti qu’elle allait répliquer, je l’ai arrêtée d’un geste :
- Bon, OK. Je réussissais les figures de skate avant d’avoir ma canne, ai-je admis. Par contre, tu sais quoi ? Je parle remarquablement bien et j’ai une diction impeccable que beaucoup m’envient… Tu devrais me voir en conférence, je fais un malheur.
- Docteur House ! S’est exclamée de nouveau madame Honeychurch, franchement agressive, pour le coup.
- Mais il y a-t-il moyen que je suive mon épisode, à la fin ! Ai-je répondu agacé. Broke est sur le point d’apprendre qu’il est le père d’une des jumelles de Tiffany et j’attends ça depuis des semaines !
Je me suis retourné pour adresser un regard courroucé à Madame Honeychurch. Elle était plantée au milieu de la salle, triturait nerveusement sa broche en me détaillant. L’ambiance était tendue et avait comme des relents de procès et de réclamations. J’ai poussé un énorme soupir, ai rempoché mon écran LCD en me levant.
- Bon, ai-je dit. Je vais tenter de me trouver un endroit plus calme. Mais avant ça, j’ai deux trois révélations à vous faire.
Ma jambe me jouait des tours ce matin. J’ai marché, un peu raide, vers Madame Honeychurch et je me suis campé devant elle.
- Votre fille va bien. Arrêtez juste de l’emmerder avec vos désirs de mère arriviste. Je sais que vous vous aimez beaucoup, dans le fond, que vous avez beaucoup d’estime pour ce que vous représentez aux yeux de la société, vous et votre mari, mais acceptez que le moule se casse. Vous ne ferez pas de votre fille une copie de vous-même sans prendre le risque de la détruire tout à fait. Je pense que si elle était capable de parler, c’est ce qu’elle vous dirait… Encore faudrait-il que vous l’écoutiez.
Je me suis tourné vers Myrtle, juste avant de regagner la porte. Elle n’avait pas bougé, toujours assise au même endroit, celui où sa mère lui avait indiqué de m’attendre, encore persuadée que j’allais l’ausculter, sans doute.
- Quant à toi, va voir un orthophoniste. Il y a des méthodes miraculeuses qui te permettront de cesser de raser tout le monde autour de toi. En attendant tu peux toujours t’exercer à dire Merde à tes parents en chantant… En admettant bien sûr que tu ne chantes pas faux, parce que là ce serait vraiment la cerise sur le gâteau. »
Et je suis sorti, avant d’en avoir des nausées, ce qui aurait pu se révéler périlleux après ma pause café-donut de onze heures.
Il faudra que je songe à l’occasion à demander à Cate s’il est normal d’avoir si peu d’empathie et tellement de nausées face à certaines situations. Parfois, passez moi la métaphore, j’ai l’impression d’avoir envie de vomir le monde. C’est assez imagé, mais je sais que vous comprendrez.
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août 31, 2008
Cuddy et le syndactyle
Hier matin, j’ai saisi Cameron par les poignets, l’espace de quelques secondes, entre deux portes. Je me suis assuré que son souffle se faisait court avant de planter mon regard dans le sien et de l’attirer légèrement vers moi. A l’intérieur de mes paumes, je pouvais sentir les pulsations irrégulières de son cœur battant la chamade. Elle me dévisageait sans comprendre, troublée, la gorge serrée.
« Allez droit au but ! M’a-t-elle intimé d’une voix mal assurée, une lueur de méfiance animant ses prunelles.
A-t-elle senti que je me haïssais à cet instant ? Je ne devais pas avoir l’air aussi sûr de moi qu’il ne l’aurait fallu, sans doute.
- Je veux le numéro de Cuddy dans le Michigan, ai-je marmonné, sans la lâcher pour autant.
- Pourquoi ne pas le demander à Wilson ou à Foreman ? A-t-elle répondu, un sourire acerbe sur les lèvres.
- Quand j’ai essayé de les peloter aux vestiaires, ils m’ont mis une droite.
- Et vous espérez que votre numéro de charme marchera avec moi ?
- Un peu, ai-je admis, en faisant mine d’y réfléchir sérieusement.
Elle a choisi de ne pas prendre la mouche, m’a soufflé de la lâcher, ce que j’ai fait avec délicatesse, sans reculer pour autant. Quiconque serait passé par là à ce moment précis, aurait été rapporter à Chase que je flirtais ouvertement avec sa dulcinée dans les recoins de Plainsboro, mais je n’étais plus à une rumeur près.
- Vous… êtes vraiment un enfoiré ! » A-t-elle laissé échapper après mûre réflexion.
J’ai hoché affirmativement la tête, mais j’ai noté au passage qu’elle aussi, n’avait pas l’air si sûre d’elle. Elle m’a encore considéré quelques instants avant de dégainer son portable de la poche intérieure de sa blouse avec un soupir rageur. J’avais gagné.
Une fois rentré chez moi, j’ai tourné en rond la majeure partie de la soirée. Je me suis servi un verre, puis un autre, ai plaqué quelques accords de Bobby Short, ai regardé une rediffusion de The twilight zone. Lorsque j’ai décidé que ce cirque avait assez duré, je me suis emparé de mon cellulaire qui traînait sur la table basse.
Elle a décroché presque aussitôt, mais n’a pas prononcé un mot. Prenant une grande inspiration, laquelle était silencieuse, je me suis lancé.
« Cuddy ? Ai-je demandé, d’une voix aussi neutre que possible.
- Docteur House ?
Le ton employé était habituel. Je veux dire par là trop habituel. On aurait pu penser que nous nous étions quittés la veille en d’excellents termes professionnels, sur une chaleureuse poignée de mains. Rien de plus.
- J’ignorais vous avoir donné mon numéro personnel à l’hôtel, a-t-elle poursuivi immédiatement. Pourtant, je ne pense souffrir d’aucun trouble de mémoire…
J’ai ouvert la bouche pour répliquer. Je devais bien avoir une ou deux fausses excuses à fournir, mais elle m’a coupé aussitôt.
- Ceci dit vous tombez bien, je comptais vous contacter avant ma reprise et vous m’épargnez cette peine. J’ai reçu un nombre important de félicitations concernant votre intervention à la conférence. Tirons parti de ce succès pour redorer le blason de Princeton Plainsboro. L’affaire concernant les rats à la cafétéria et celle de la grève sont encore trop fraîches dans les esprits. Vous allez publier un article. Je vous donne un délai de trois semaines pour l’écrire, et je précise seul. Je me suis engagé auprès de nombreuses revues médicales, quant à Will, je veux dire, le Professeur Lurie, il a déjà pris les contacts nécessaires pour une nouvelle conférence début octobre. Conférence qui reprendra l’essentiel de votre intervention et permettra d’ouvrir sur de nouvelles réflexions. Des changements s’amorcent autour de nous, House, et il est grand temps que de notre côté à l’hôpital nous prenions part à ces évolutions.
Les accents de sa voix étaient péremptoires, incisifs. Règlement de comptes ? Je restais figé, campé sur ma canne au beau milieu de la pièce, sans rien trouver à répliquer. Il était rare que Cuddy me désarçonne de cette façon. Un silence à couper au couteau s’instaura entre nous, après cette tirade grandiloquente et désincarnée. C’était tout juste si sa respiration légèrement irrégulière me parvenait.
- Puis je me permettre de prendre des nouvelles de votre famille ou de votre santé ? J’ai demandé, un peu obséquieusement.
- Pas plus que je n’en prendrai de la votre, Dr House.
Au son de sa voix, je devinais qu’elle souriait. Sûrement pas de manière heureuse, mais quelque chose qui se rapprochait plutôt d’un sourire de convenance. Notre dialogue prenait une tournure inquiétante.
- Lisa… Ai-je commencé maladroitement, assez déconcerté.
Je ne l’avais plus appelée Lisa depuis cette fameuse nuit à Las Vegas, vingt ans auparavant. Ma tentative était grotesque et sa réaction ne se fit pas attendre.
- Vous ne pouvez déjà plus compter sur votre infirmière perso, que vous vous raccrochez à nouveau à vos vieilles racines ? M’a-t-elle interrompu, moqueuse et … oui, désobligeante.
Encore un silence. J’ai deviné qu’elle luttait pour garder tout son calme.
- Je me suis fort bien passée de votre présence pendant ces trois semaines. Vous aussi d’après ce qu’on m’a rapporté, a-t-elle déclaré. Personnellement je compte continuer sur ma lancée pour des années à venir. Il est temps de lâcher prise House, sincèrement, c’est ce que je souhaite.
- Permettez moi d’en douter, ai-je risqué. Vos espions disséminés un peu partout dans mon entourage me prétendent exactement le contraire. J’ai découvert, pas plus tard qu’hier que j’avais partagé la couche de Mata Hari en personne…
- Je suis la doyenne de Princeton Plainsboro et je me dois de veiller sur mon hôpital, même à distance, a-t-elle tranché. Vous êtes, sans doute, à la fois la personne la plus nuisible et la plus utile de cet établissement. En d’autres temps je serais partie les yeux fermés sachant Wilson à vos cotés. Cette fois Mademoiselle Kats a été la personne la plus proche de vous… avec votre call-girl attitrée. Je vous laisse deviner quel a du être mon choix…
Ma main s’est crispée sur le pommeau de ma canne tandis qu’une voix intérieure s’alarmait : Où êtes vous passée, Cuddy ? Comment avez-vous pu changer autant ? Qu’avez-vous à gagner à être si dure ?
- Puis-je au moins prendre des nouvelles du climat dans lequel vous vous trouvez ? Ai-je sollicité d’un ton mordant. Il doit faire frisquet, par chez vous, si on en croit votre humeur glaciale. Il semblerait que la chaleur emmagasinée à Hawaï vous fasse maintenant cruellement défaut…
Elle m’a interrompu d’un rire narquois, piquant à souhait.
- Cessez de vous projeter, House. Je n’ai jamais été aussi bien. Vous n’avez même pas idée de combien ce petit séjour m’aura été profitable…
Un léger bruit à l’autre bout du fil, une sorte de voix masculine étouffée, m’indiqua qu’elle n’était pas seule dans la chambre. Il était question d’heure et de réservation. J’ai deviné qu’elle s’activait, sans doute ramassait-elle ses affaires ou enfilait-elle une veste.
- Je vous laisse, Docteur House. Je dois sortir. Nous nous retrouverons probablement lundi à l’hôpital. »
Tandis qu’elle raccrochait, et que je demeurais silencieux, je l’ai distinctement entendue répondre d’une voix mélodieuse : « Oui, j’arrive mon chéri. J’ai terminé. »
William Lurie, mon syndactyle ami, devait se trouver avec elle. Sans doute allaient-ils au restaurant, compte tenu de l’heure. Où alors l’emmenait-il danser ? J’ai préféré ne pas m’attarder sur la question. Je suis allé m’avachir sur le canapé, perdu dans mes pensées, sans vraiment prêter attention aux programmes de télévision qui défilaient devant mes yeux. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit d’appeler Wilson, ni celle de me resservir un verre.
10:05 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy