septembre 03, 2008

Le légendaire sourire de Foreman

Il est rare de voir Foreman sourire. J’avais plus ou moins renoncé à voir ses zygomatiques entrer en action un jour (pour des raisons autres que masticatoires, j’entends). J’y avais d’ailleurs autant renoncé qu’à voir prochainement Hillary Clinton moulée dans un tailleur de chez Dior, agiter ses fesses sur un podium.

Pourtant, il a fait irruption tout à l’heure dans mon bureau avec une expression grimaçante que je ne lui connaissais pas jusqu’ici.

 

« J’ai une nouvelle qui pourrait vous intéresser, a-t-il annoncé fièrement.

 

J’étais pour ma part entrain de terminer avec succès une grille de Sudoku (force 7). J’ai levé un œil vers lui et après analyse profonde il m’est apparu que cette espèce de contraction musculaire faciale était bel et bien un sourire.

 

- Ah oui ? Ai-je demandé de mon ton le plus détaché, ce qui a habituellement le don de lui mettre les nerfs en pelote.

 

C’était raté. Il est resté campé devant mon bureau, l’air satisfait, avec cette chose sur le visage, que nous appellerons désormais le légendaire sourire de Foreman.

 

- Je sors à l’instant du bureau de Cuddy, a-t-il enchaîné. J’étais entrain de lui raconter comment vous avez battu Wilson aux échecs neuf fois coup sur coup ce matin. Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ?

 

- Que c’était pas beau de venir rapporter ? Ai-je minaudé.

 

Apparemment hermétique à mes sarcasmes, il a vigoureusement hoché la tête de manière amusée.

 

- Non, s’est-il exclamé. Elle m’a répondu que vos frasques n’étaient plus ses affaires. Qu’elle se recentrait désormais sur les problèmes concernant l’hôpital et les patients. Que du moment que vous ne cassiez plus la machine à IRM, ce que vous faisiez en dehors ne l’intéressait pas.

 

J’étais entrain de boucler la dernière ligne de ma grille de Sudoku, et ça m’avait quand même occupé la majeure partie de la journée, c’est la raison pour laquelle je ne lui ai pas répondu. Je me suis laissé aller mollement sur mon siège pour m’étirer.

 

- Ce qui signifie qu’il est dorénavant inutile de parler de la transparence de ses petites culottes dans votre blog, vu qu’elle ne viendra plus le lire, a-t-il continué avec enthousiasme.

 

- Et à part ça, Docteur Foreman, qu’en est-il de ce cas de cap polyposis qui vient d’être admis dans le service ? Me suis-je enquis fort professionnellement.

 

- Il semblerait que ce soit une simple entérite, a-t-il répondu. En ce moment, nous sommes au niveau zéro des mystères médicaux. Ce qui se passe en traumatologie est mille fois plus passionnant.

 

Je pouvais difficilement le contredire. Les tournois d’échec, ma grille de Sudoku, en étaient les preuves évidentes. Je démontrais clairement à Foreman que cette petite conversation ne venait pas me sauver de l’ennui mortel dans lequel je m’engluais depuis le début de la semaine.

 

Devant mon manque manifeste d’emballement, Foreman a fait mine de tourner les talons, puis s’est ravisé et est revenu à la charge, avec sur le visage, une ébauche de son légendaire sourire, qui, à bien y réfléchir tenait beaucoup plus du rictus d’un animal atteint de la rage, bave mise à part.

 

- Ah, a-t-il rajouté en me plagiant. Je sais que ce n’est pas bien de rapporter, mais il se trouve que ce matin j’ai été amené à travailler sur l’ordinateur personnel du Docteur Cuddy. Au cas où ça vous intéresserait, je suis malencontreusement tombé sur ses mots de passe, dont celui d’un blog qu’elle vient de mettre en ligne… »

 

Je lui ai dit que j’étais immensément fier de constater combien mon enseignement lui avait profité. Je lui ai assuré que son avenir de médecin se profilait sans nuage au dessus de milliers de patients qui scanderaient son nom et chanteraient ses louanges, une génération après l’autre. Je viens d’ailleurs à l’instant de le promouvoir chef-adjoint du département de Médecine Diagnostique.

 

Dans ma lancée, je vous fais profiter ici de la petite trouvaille de Foreman. Il va sans dire que je compte sur votre entière discrétion.

 

http://lisacuddy.hautetfort.com/about.html

septembre 01, 2008

Madame Honeychurch et sa fille

On m’attendait ce matin en consultations. C’est Foreman qui est venu m’en faire part en personne, Cuddy ayant apparemment souhaité s’épargner la peine de monter l’étage qui nous sépare. (Il faut croire que son séjour dans le Michigan aura été plus qu’éprouvant…)

Disons que Foreman est venu m’annoncer cette excellente nouvelle sur les coups de dix heures trente. J’ai pris le temps de terminer mon téléchargement de la discographie complète de King Crimson, de classer les albums par années de sorties, et de graver le tout au format .hog. J’ai un peu hésité à me faire monter un café par Thirteen. J’ai bien dit un peu. Elle a d’ailleurs eu la prévenance de me le ramener avec un donut.

J’étais entrain de finir de le déguster en le trempant dans mon gobelet, à la française, lorsque Foreman est revenu à la charge. Cuddy fulminait en bas, et le hall des consultations était plein à craquer.

J’ai ouvert la porte à la volée. A l’intérieur de la salle m’attendaient une mère et sa fille. J’ai compris tout de suite, mais un peu tard, que j’avais commis une erreur en cédant à la pression. La manière dont elles me dévisagèrent, leur regard allant alternativement de ma canne, à moi, pour revenir à ma canne, ne laissait rien présager de bon. J’ai noté tout de suite la jupe plissée de maman, son foulard soigneusement retenu par une broche, le chemisier à col pointu rigoureusement boutonné jusqu’au ras de son cou grêle. J’ai jeté un œil au dossier : Madame Honeychurch, appelons là comme ça, venait consulter au sujet de sa fille, Myrtle. (Appelons là comme ça aussi).

 

«  Vous êtes l’homme d’entretien ? M’a-t-elle demandé, les lèvres un peu pincées.

 

- Je ne suis que médecin, ne vous fiez pas aux apparences, ai-je répondu.

 

Et comme elle me regardait, interdite, sans savoir quoi répondre, je me suis présenté en me laissant choir sur le tabouret, avec un soupir profond.

 

- Bo-bbb-onjour, m’a adressé timidement Myrtle, assise en tailleur sur la table d’examen, tout en triturant nerveusement un pan de sa jupe.

 

Je l’ai détaillée. Quatorze ou quinze ans, des ongles rongés jusqu’au sang, des cheveux tirés en arrière retenus par un bandeau. Du genre qui subit encore sa condition mais qui ne tardera pas à envoyer tout claquer, à la majorité. Un piercing discret sur l’aile gauche de son nez m’est apparu comme l’un des signes précurseurs de cette rébellion bridée. J’étais prêt à parier qu’en l’examinant j’aurais pu probablement trouver un tatouage dans une partie dissimulée, pratiqué en cachette des interdictions parentales.

Comme c’est souvent le cas dans ce genre de schéma, c’est Madame Honeychurch qui a pris la parole, d’une voix grinçante à souhait.

 

- Mon mari et moi-même sommes très inquiets au sujet de notre fille. Nous l’avons faite évaluer récemment par un psychologue de l’hôpital et les tests pratiqués révèlent une intelligence normale, aucun trouble cognitif… Le psychologue nous assure que tout va bien, mais nous ne sommes pas vraiment convaincus.

 

J’ai ouvert mon tube de vicodine et me suis expédié au fond du gosier deux allers simples pour le paradis. J’entends par paradis, tout lieu extérieur à cette salle ou toute chose qui aurait pu me permettre de m'éloigner un peu de cette sordide ambiance.

 

- Le fait est que Myrtle n’a pas d’amis, a continué Madame Honeychurch intarissable sur le sujet. Nous l’avons pourtant inscrite dans une excellente institution de Princeton parce que nous avons de grands projets pour elle. Nous aimerions qu’elle fasse des études de droit, vu que mon mari est avocat. Mais elle ne travaille pas, ses résultats scolaires sont mauvais, et elle ne parle à personne. Elle passe le plus clair de son temps à écrire sur un calepin, à l’écart des autres. Vous ne pensez pas qu’elle pourrait être schizophrène ?

 

Myrtle s’est agitée sur la table. Elle a tenté de couper la parole de sa mère, mais tout ce qu’elle pu laisser échapper fut une pathétique succession de « Mmm- Maaa ». Résignée, elle a sorti de la poche intérieure de sa veste un petit calepin tout corné, à la couverture rose vif et un crayon minuscule à force d’avoir été taillé. Le tout faisait peine à voir. Elle a fébrilement écrit quelque chose et l’a tendu vers nous.

 

« Maman, je t’en prie, tais toi » Avons-nous déchiffré de concert.

 

Mon œil s’est allumé. Je me suis tourné vers Madame Honeychurch qui lançait des regards terribles à sa progéniture.

 

- Je trouve qu’elle va relativement bien, ai-je clamé. L’orthographe est bonne, le tracé des lettres correct, la pensée concise, bien traduite, et pas totalement hors de propos.

 

- Je vous demande pardon ? A dit Madame Honeychurch sans comprendre, ou en feignant de ne pas le faire.

 

- Je veux dire par là que vous parlez largement assez à sa place, ai-je répondu. Cela lui permet d’économiser quelques efforts, certes, mais je ne pense pas qu’elle y trouve son compte finalement.

 

J’ai fait mine de réfléchir, en me touchant le menton et en prenant la pose légendaire qu’on attribue en général à Freud.

 

- Ceci dit, je vous comprends tout à fait, j’ai enchaîné. Où va-t-on si on laisse les enfants s’exprimer et décider par eux-mêmes de ce que sera leur vie ? En tant qu’adultes nous détenons le savoir absolu, nous savons mieux que quiconque ce qui est bon pour eux. Nous avons choisi de les mettre au monde, il est donc normal de contrôler leurs désirs, non ? Je suis persuadé que Myrtle est d’accord avec nous, dans le fond. Elle sait que toutes les restrictions que vous lui imposez sont empreintes de bienveillance à son égard. Tu en penses quoi, Myrtle ?

 

Le visage de la gamine s’est empourpré. Elle a pris une grande inspiration pour me répondre, a tenté d’articuler quelque chose avec peine. Ça donnait quelque chose comme : Bben en fffffffait, jjjj jj j-jjjj-e s-ss…

 

- Abbb-rège un peu, l’ai-je coupé. Tu vas me faire rater mon épisode de Prescription passion.

 

Un instant déstabilisée, Myrtle a rougi de plus belle, ses yeux sont devenus brillants de colère. Elle a fiévreusement griffonné quelque chose sur son bloc, qu’elle m’a tendu avec brusquerie.

 

« Continuez comme ça et je vous jure que ça me prendra encore plus de temps ! »

 

- Ah ? Parce que là t’étais en mode accéléré ? Ai-je dit, dépité. Autant que je m’installe ici, alors, si ça promet de durer…

 

- Docteur House, je vous en prie ! S’est écriée Madame Honeychurch dans mon dos, tandis que je posais mon écran LCD de poche sur la tablette d’examen et que j’en réglais le son à l’aide des mollettes.

 

Myrtle a de nouveau écrit quelque chose et l’a placé bien en évidence, à portée de ma vue.

 

«  Je ne savais pas que les ancêtres tels que vous savaient utiliser ce genre d’objet »

 

- Tu serais étonnée de tout ce que je sais faire, ai-je répliqué. J’ai démoli Trace hier soir sur Metroid Prime Hunters. Je réussis le kick back flip comme personne…

 

J’ai senti qu’elle allait répliquer, je l’ai arrêtée d’un geste :

 

- Bon, OK. Je réussissais les figures de skate avant d’avoir ma canne, ai-je admis. Par contre, tu sais quoi ? Je parle remarquablement bien et j’ai une diction impeccable que beaucoup m’envient… Tu devrais me voir en conférence, je fais un malheur.

 

- Docteur House ! S’est exclamée de nouveau madame Honeychurch, franchement agressive, pour le coup.

 

- Mais il y a-t-il moyen que je suive mon épisode, à la fin ! Ai-je répondu agacé. Broke est sur le point d’apprendre qu’il est le père d’une des jumelles de Tiffany et j’attends ça depuis des semaines !

 

Je me suis retourné pour adresser un regard courroucé à Madame Honeychurch. Elle était plantée au milieu de la salle, triturait nerveusement sa broche en me détaillant. L’ambiance était tendue et avait comme des relents de procès et de réclamations. J’ai poussé un énorme soupir, ai rempoché mon écran LCD en me levant.

 

- Bon, ai-je dit. Je vais tenter de me trouver un endroit plus calme. Mais avant ça, j’ai deux trois révélations à vous faire.

 

Ma jambe me jouait des tours ce matin. J’ai marché, un peu raide, vers Madame Honeychurch et je me suis campé devant elle.

 

- Votre fille va bien. Arrêtez juste de l’emmerder avec vos désirs de mère arriviste. Je sais que vous vous aimez beaucoup, dans le fond, que vous avez beaucoup d’estime pour ce que vous représentez aux yeux de la société, vous et votre mari, mais acceptez que le moule se casse. Vous ne ferez pas de votre fille une copie de vous-même sans prendre le risque de la détruire tout à fait. Je pense que si elle était capable de parler, c’est ce qu’elle vous dirait… Encore faudrait-il que vous l’écoutiez.

 

Je me suis tourné vers Myrtle, juste avant de regagner la porte. Elle n’avait pas bougé, toujours assise au même endroit, celui où sa mère lui avait indiqué de m’attendre, encore persuadée que j’allais l’ausculter, sans doute.

 

- Quant à toi, va voir un orthophoniste. Il y a des méthodes miraculeuses qui te permettront de cesser de raser tout le monde autour de toi. En attendant tu peux toujours t’exercer à dire Merde à tes parents en chantant… En admettant bien sûr que tu ne chantes pas faux, parce que là ce serait vraiment la cerise sur le gâteau. »

 

Et je suis sorti, avant d’en avoir des nausées, ce qui aurait pu se révéler périlleux après ma pause café-donut de onze heures.

Il faudra que je songe à l’occasion à demander à Cate s’il est normal d’avoir si peu d’empathie et tellement de nausées face à certaines situations. Parfois, passez moi la métaphore, j’ai l’impression d’avoir envie de vomir le monde. C’est assez imagé, mais je sais que vous comprendrez.

 

août 31, 2008

Cuddy et le syndactyle

Hier matin, j’ai saisi Cameron par les poignets, l’espace de quelques secondes, entre deux portes. Je me suis assuré que son souffle se faisait court avant de planter mon regard dans le sien et de l’attirer légèrement vers moi. A l’intérieur de mes paumes, je pouvais sentir les pulsations irrégulières de son cœur battant la chamade. Elle me dévisageait sans comprendre, troublée, la gorge serrée.

 

« Allez droit au but ! M’a-t-elle intimé d’une voix mal assurée, une lueur de méfiance animant ses prunelles.

 

A-t-elle senti que je me haïssais à cet instant ? Je ne devais pas avoir l’air aussi sûr de moi qu’il ne l’aurait fallu, sans doute.

 

- Je veux le numéro de Cuddy dans le Michigan, ai-je marmonné, sans la lâcher pour autant.

 

- Pourquoi ne pas le demander à Wilson ou à Foreman ? A-t-elle répondu, un sourire acerbe sur les lèvres.

 

- Quand j’ai essayé de les peloter aux vestiaires, ils m’ont mis une droite.

 

- Et vous espérez que votre numéro de charme marchera avec moi ?

 

- Un peu, ai-je admis, en faisant mine d’y réfléchir sérieusement.

 

Elle a choisi de ne pas prendre la mouche, m’a soufflé de la lâcher, ce que j’ai fait avec délicatesse, sans reculer pour autant. Quiconque serait passé par là à ce moment précis, aurait été rapporter à Chase que je flirtais ouvertement avec sa dulcinée dans les recoins de Plainsboro, mais je n’étais plus à une rumeur près.

 

- Vous… êtes vraiment un enfoiré ! » A-t-elle laissé échapper après mûre réflexion.

 

J’ai hoché affirmativement la tête, mais j’ai noté au passage qu’elle aussi, n’avait pas l’air si sûre d’elle. Elle m’a encore considéré quelques instants avant de dégainer son portable de la poche intérieure de sa blouse avec un soupir rageur. J’avais gagné.

 

 

Une fois rentré chez moi, j’ai tourné en rond la majeure partie de la soirée. Je me suis servi un verre, puis un autre, ai plaqué quelques accords de Bobby Short, ai regardé une rediffusion de The twilight zone. Lorsque j’ai décidé que ce cirque avait assez duré, je me suis emparé de mon cellulaire qui traînait sur la table basse.

 

Elle a décroché presque aussitôt, mais n’a pas prononcé un mot. Prenant une grande inspiration, laquelle était silencieuse, je me suis lancé.

 

« Cuddy ? Ai-je demandé, d’une voix aussi neutre que possible.

 

- Docteur House ?

 

Le ton employé était habituel. Je veux dire par là trop habituel. On aurait pu penser que nous nous étions quittés la veille en d’excellents termes professionnels, sur une chaleureuse poignée de mains. Rien de plus.

 

- J’ignorais vous avoir donné mon numéro personnel à l’hôtel, a-t-elle poursuivi immédiatement. Pourtant, je ne pense souffrir d’aucun trouble de mémoire…

 

J’ai ouvert la bouche pour répliquer. Je devais bien avoir une ou deux fausses excuses à fournir, mais elle m’a coupé aussitôt.

 

- Ceci dit vous tombez bien, je comptais vous contacter avant ma reprise et vous m’épargnez cette peine. J’ai reçu un nombre important de félicitations concernant votre intervention à la conférence. Tirons parti de ce succès pour redorer le blason de Princeton Plainsboro. L’affaire concernant les rats à la cafétéria et celle de la grève sont encore trop fraîches dans les esprits. Vous allez publier un article. Je vous donne un délai de trois semaines pour l’écrire, et je précise seul. Je me suis engagé auprès de nombreuses revues médicales, quant à Will, je veux dire, le Professeur Lurie, il a déjà pris les contacts nécessaires pour une nouvelle conférence début octobre. Conférence qui reprendra l’essentiel de votre intervention et permettra d’ouvrir sur de nouvelles réflexions. Des changements s’amorcent autour de nous, House, et il est grand temps que de notre côté à l’hôpital nous prenions part à ces évolutions.

 

 

Les accents de sa voix étaient péremptoires, incisifs. Règlement de comptes ? Je restais figé, campé sur ma canne au beau milieu de la pièce, sans rien trouver à répliquer. Il était rare que Cuddy me désarçonne de cette façon. Un silence à couper au couteau s’instaura entre nous, après cette tirade grandiloquente et désincarnée. C’était tout juste si sa respiration légèrement irrégulière me parvenait.

 

- Puis je me permettre de prendre des nouvelles de votre famille ou de votre santé ? J’ai demandé, un peu obséquieusement.

 

- Pas plus que je n’en prendrai de la votre, Dr House.

 

Au son de sa voix, je devinais qu’elle souriait. Sûrement pas de manière heureuse, mais quelque chose qui se rapprochait plutôt d’un sourire de convenance. Notre dialogue prenait une tournure inquiétante.

 

- Lisa… Ai-je commencé maladroitement, assez déconcerté.

 

Je ne l’avais plus appelée Lisa depuis cette fameuse nuit à Las Vegas, vingt ans auparavant. Ma tentative était grotesque et sa réaction ne se fit pas attendre.

 

- Vous ne pouvez déjà plus compter sur votre infirmière perso, que vous vous raccrochez à nouveau à vos vieilles racines ? M’a-t-elle interrompu, moqueuse et … oui, désobligeante.

 

Encore un silence. J’ai deviné qu’elle luttait pour garder tout son calme.

 

- Je me suis fort bien passée de votre présence pendant ces trois semaines. Vous aussi d’après ce qu’on m’a rapporté, a-t-elle déclaré. Personnellement je compte continuer sur ma lancée pour des années à venir. Il est temps de lâcher prise House, sincèrement, c’est ce que je souhaite.

 

- Permettez moi d’en douter, ai-je risqué. Vos espions disséminés un peu partout dans mon entourage me prétendent exactement le contraire. J’ai découvert, pas plus tard qu’hier que j’avais partagé la couche de Mata Hari en personne…

 

- Je suis la doyenne de Princeton Plainsboro et je me dois de veiller sur mon hôpital, même à distance, a-t-elle tranché. Vous êtes, sans doute, à la fois la personne la plus nuisible et la plus utile de cet établissement. En d’autres temps je serais partie les yeux fermés sachant Wilson à vos cotés. Cette fois Mademoiselle Kats a été la personne la plus proche de vous… avec votre call-girl attitrée. Je vous laisse deviner quel a du être mon choix…

 

Ma main s’est crispée sur le pommeau de ma canne tandis qu’une voix intérieure s’alarmait : Où êtes vous  passée, Cuddy ? Comment avez-vous pu changer autant ? Qu’avez-vous à gagner à être si dure ?

 

- Puis-je au moins prendre des nouvelles du climat dans lequel vous vous trouvez ? Ai-je sollicité d’un ton mordant. Il doit faire frisquet, par chez vous, si on en croit votre humeur glaciale. Il semblerait que la chaleur emmagasinée à Hawaï vous fasse maintenant cruellement défaut…

 

Elle m’a interrompu d’un rire narquois, piquant à souhait.

 

- Cessez de vous projeter, House. Je n’ai jamais été aussi bien. Vous n’avez même pas idée de combien ce petit séjour m’aura été profitable…

 

Un léger bruit à l’autre bout du fil, une sorte de voix masculine étouffée, m’indiqua qu’elle n’était pas seule dans la chambre. Il était question d’heure et de réservation. J’ai deviné qu’elle s’activait, sans doute ramassait-elle ses affaires ou enfilait-elle une veste.

 

- Je vous laisse, Docteur House. Je dois sortir. Nous nous retrouverons probablement lundi à l’hôpital. »

 

Tandis qu’elle raccrochait, et que je demeurais silencieux, je l’ai distinctement entendue répondre d’une voix mélodieuse : « Oui, j’arrive mon chéri. J’ai terminé. »

 

William Lurie, mon syndactyle ami, devait se trouver avec elle. Sans doute allaient-ils au restaurant, compte tenu de l’heure. Où alors l’emmenait-il danser ? J’ai préféré ne pas m’attarder sur la question. Je suis allé m’avachir sur le canapé, perdu dans mes pensées, sans vraiment prêter attention aux programmes de télévision qui défilaient devant mes yeux. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit d’appeler Wilson, ni celle de me resservir un verre.

août 29, 2008

Bye Ellie, hi Jack

J’ai décidé de jeter l’éponge, d’écouter –une fois n’est pas coutume- vos conseils et ceux de Wilson. Hier soir, j’ai beaucoup réfléchi à la situation. Il m’apparaît évident que si Cuddy a pris la fuite, c’est dans l’optique d’un nouveau départ, celle aussi de  faire une coupure franche avec Princeton Plainsboro. Après tout, Cuddy est brillante. Côté carrière il est fort possible qu’elle n’ait pas dit son dernier mot. Beaucoup de portes pourraient encore s’ouvrir à elle sans qu’elle n’ait besoin de les enfoncer.

Probablement aussi pour vivre une romance cachée avec William Lurie. Mais là, je ne préfère pas creuser.

Lurie a toujours été défini sur le campus comme un brave type. (Entendez par là un bon bougre). Le genre de gars qui vous réservait toujours un accueil personnalisé, avec l’accolade ou la grande claque qui va avec. Pendant sept années de Médecine Générale, et encore trois années de spécialisation (Bill en a aussi une en infectiologie) j’ai du endurer quotidiennement ses remarques. Il me reprochait d’être austère, lugubre, un brin rigoureux, et grosso modo de rire seulement lorsque je me brûlais. (Le seul vrai problème, c’est que Bill ne m’a jamais fait rire, surtout lorsqu’il déployait des trésors d’ingéniosité pour y parvenir).

Du peu que je me souvienne, Lurie n’a jamais vraiment eu de succès avec la gente féminine. Il faisait partie de ceux à qui on ne connaissait aucune histoire. Il traînait souvent dans mon sillage et dans celui de Prescott, mon binôme de l’époque, dont je vous ai parlé précédemment. Il essayait par tous les moyens de s’infiltrer dans les cercles existants, mais chacune de ses tentatives se soldait par un échec. Le fait est que Lurie faisait partie de ceux qu’on oubliait. On s’en rendait souvent compte devant le fait accompli, lorsque par exemple nous organisions une soirée : « Quelqu’un a pensé à inviter Lurie ? ». Nos regards fautifs répondaient pour nous-mêmes.

Je possède un cliché de cette époque. Nous avions décidé avec Prescott d’intégrer l’équipe d’aviron de John Hopkins. Non pas par plaisir, je dois bien l’avouer, mais parce que nous avions découverts que la musculature que générait ce sport faisait se pâmer les filles. A peine avions nous lancé l’idée que Lurie se joignait à nous, malgré  nos bordées d' arguments visant à le décourager.

 

aviron.jpg
Le bigleux, juste avant le dernier au fond, c'est Lurie. Je suis caché par Prescott qui grimace sous l'effort (pour la photo).

Oh, cela n’a pas duré bien longtemps. Un jour que nous nous changions aux vestiaires, Lurie eut l’idée saugrenue de croire qu’il était dorénavant intégré, et il se révéla particulièrement insupportable, alignant blagues de mauvais goût, plaisanteries déplacées et clowneries pathétiques. Alors qu’il se déchaussait, l’un d’entre nous posa son regard sur ses pieds qu’il tentait pourtant désespérément de dissimuler. La découverte de son grand secret, à savoir les fameux pieds palmés de Bill fit rapidement le tour du campus. Certaines mauvaises langues allèrent jusqu’à raconter que Lurie avait intégré l’équipe d’aviron par simple propension génétique. Pour être plus près de ses congénères les canards.

Lurie accusa le choc avec autant de dignité qu’il le put. Il se consacra à fond à ses études, se fit plus rare, plus discret, plus effacé… Il rencontra Martha peu de temps après, s’accrocha à elle comme un arapède à un rocher, prenant sans doute conscience qu’elle lui offrait une chance inespérée. Il l’engrossa avec beaucoup d’ardeur peu avant de lui demander sa main. Curieusement, aucun d’entre nous ne fut invité au mariage. (Mais personne ne s’en offusqua, ni ne le revendiqua, dans le fond.)

Je crois que la seule chose qui nous sidérait, c’était que Bill puisse avoir une vie sexuelle. Nous allions jusqu’à nous demander dans les vestiaires s’il cancanait lorsqu’il atteignait l’orgasme. A ce jour, au moins deux femmes ont la réponse : Martha et Cuddy.

 

J’ai eu envie, ce soir, de me changer les idées. J’ai enfourché ma moto et ai conduit au hasard, dans les alentours de Princeton. Comme je ne passais pas très loin de chez Ellie, je me suis arrêté au drugstore, au coin de sa rue, pour prendre une bouteille de Jack Daniels. 

Lorsque j’ai écrasé mon doigt sur la sonnette et qu’elle a entrebâillé la porte, c’est la première chose que j’ai mise dans son champ de vision, tandis que de mon côté, je louchais déjà sur l’échancrure de sa nuisette.

Elle a ouvert la porte en grand, m’a souri de manière provocante, appuyée contre le chambranle, les bras croisés. J’ai fait un pas vers elle, mais elle s’est raidie, cependant sans se départir de son sourire.

 

« Une visite impromptue ? Que me vaut cet honneur ? M’a-t-elle questionné de sa petite voix mutine.

 

- L’appel du sexe, ai-je répondu sans équivoque.

 

J’ai tenté avec ma canne de relever un pan de sa nuisette, mais elle a reculé d’un pas. Sans toutefois m’offrir la possibilité d’entrer chez elle.

 

- Tu veux qu’on fasse ça dans le couloir ? Ai-je demandé.

 

Elle a secoué négativement la tête, et j’ai cru un peu trop vite que c’était gagné.

 

- Greg, a-t-elle commencé. Tu arrives un peu tard. Je t’ai déjà trouvé un remplaçant.

 

- Et ce prétendant t’as apporté du champagne, lui ? Ai-je riposté, un peu amer, du tac au tac.

 

- Non, c’est simplement que lui sait tenir ses engagements. Il vient les mains vides mais ne m’apporte pas un lot d’emmerdes. J’ai passé plus de temps à soigner tes bobos, ramasser tes bouteilles et te regarder vomir, qu’à prendre mon pied avec toi ces quinze derniers jours.

 

Je suis resté planté dans le couloir, avec des airs de gamin pris en faute. Elle ne s’est pas laissée attendrir. Elle n’avait pas l’air en colère, mais c’était pire : elle semblait déterminée à ne pas me laisser entrer.

 

- Connaissant ton degré d’exigence pour la chose, je propose d’attendre mon tour ici ou de revenir un peu plus tard finir ce qu’il aura commencé, ai-je ironisé.

 

Elle a encore secoué la tête :

 

- Greg, ne fais pas comme si tu ne comprenais pas… Le fait est que tu uses le monde autour de toi. Je refuse que tu agisses de cette façon avec moi. Cuddy y a laissé des plumes, Wilson et d’autres aussi. Tu ne te rends pas compte de combien tu demandes, sous tes airs de « laissez moi tout seul »… La base de notre accord était du plaisir, uniquement du plaisir. Je ne veux pas faire partie de ta problématique, ce n’est pas ma place, désolée…

 

Elle a fait mine de fermer la porte, s’est ravisée et s’est approchée de moi, avec un air navré. Elle a posé une main distraite sur un des pans de mon blouson et l’a trituré pensivement.

 

- Il faut que tu comprennes, a-t-elle soupiré. Tout le monde se ronge pour toi et tu ne peux pas agir éternellement comme un salaud. Je sais que dans le fond, cette histoire avec Cuddy a beaucoup plus d’importance que tu ne veux bien l’avouer. Et c’est pareil de son côté. Elle m’a demandé avant de partir de veiller sur toi, et de lui mailer au cas où tu irais mal… C’est ce que j’ai fait.

 

Elle a planté son regard dans le mien, s’est un peu mordue la joue de l’intérieur.

 

- Parle lui, Greg. Appelle la, ou va la voir. Mais règle ce problème et…

 

- Je n’ai pas besoin d’ange gardien. Je sais ce que j’ai à faire. Merci. » Ai-je riposté durement avant de tourner les talons.

 

Dans le fond, jack (Daniels) est le seul qui ne m’ait encore déçu. A bien y réfléchir, je trouve même que sa rondeur en bouche, en fin de dégustation, laisse un petit parfum sensuel et suave qui n’a rien à envier à celui d’Ellie.

août 27, 2008

Qui m'espionne ?

 «  C’est impossible que ce soit Foreman, me disait Wilson hier, alors qu’il était venu passer la soirée chez moi.

 

 

Je n’en menais pas large. Le retrouver assis, à côté de moi sur mon canapé, un verre à la main, après tous ces longs mois d’absence me procurait une sorte d’apaisement, mais aussi, sans que je sache vraiment pourquoi, une forme d’appréhension. C’était assez paradoxal, et je luttais pour ne rien en laisser paraître. J’avais sorti mon meilleur Bourbon, grande réserve, mais nous y avions à peine touché. Qui aurait pu penser en nous voyant ainsi tous les deux, que nous venions de traverser cette tornade ?

Sur mon grand écran, en sourdine, Chris Jericho venait de se faire surprendre par une astucieuse clef de jambe de  Shawn Mickaels. L’arbitre n’allait pas tarder à prononcer la fin du combat.

J’étais perdu dans mes pensées. Il crut que je doutais de son raisonnement.

 

- Ce n’est pas le style de Foreman de rendre aussi précisément des comptes, et surtout de manifester ouvertement de l’inquiétude pour toi. Foreman n’est rien de plus qu’une version colorée de toi, House, a-t-il expliqué.

 

 

- Faudrait éviter de le lui dire, je pense pas qu’il apprécierait.

 

 

- Dans le fond, il le sait. Tu as pensé à Kutner ?

 

 

Je me suis gratté la tête en réfléchissant intensément.

 

 

- Ca ne lui ressemble pas non plus, ai-je dit. Rien n’atteint Kutner. La seule fois où je l’ai entendu vaguement râler c’est quand le comateux a eu une visite surprise et qu’on a été obligés de déserter la chambre à l’heure de General Hospital… Kutner se fiche bien pas mal de tout le reste. C’est un type reposant. 

 

 

- Et Taub ?

 

 

- Tout ce que je sais c’est qu’il est fourbe et a les dents longues. Il ne prendrait pas le risque de me décevoir, parce qu’il tient à sa place plus qu’à tout le reste.

 

 

Je me suis penché pour prendre mon verre et absorber une lampée de bourbon.

 

 

- Thirteen me redoute trop. Nous partageons un secret, ai-je continué. Elle a pour moi une sorte de respect et de crainte, et elle ne se mêle jamais de mes affaires.

 

 

Wilson, par pur mimétisme, s’est aussi emparé de son verre. La preuve qu’il n’était pas aussi à l’aise qu’il le paraissait. Il a soupiré nerveusement. 

 

 

 - Tu ne trouves pas que c’est une perte d’énergie de savoir qui t’espionne ? Après tout, tous les regards de l’hôpital sont braqués sur toi. Si ça se trouve, c’est quelqu’un que tu ne connais même pas et qui aurait été mandaté par Cuddy …

 

 

- J’y ai pensé, figure toi. Je ne vois pas pourquoi Cuddy aurait fait un truc pareil. Son départ ressemble surtout à une fuite précipitée. Elle a juste eu besoin de changer d’air, elle n’aurait pas mis tout ça en œuvre.

 

 

L’œil de Wilson s’est allumé tandis qu’il se tournait vers moi. 

 

 

- Tu te trompes au sujet de Cuddy, a-t-il dit avec force. Tout dans son attitude indique la fuite, mais ne te laisse pas avoir. Elle attend un signe de toi…

 

 

J’ai haussé un sourcil, étonné par sa posture soudaine, la conviction qu’il tentait de mettre dans ses propos. Comme je le dévisageais sans comprendre, il s’est penché vers mon Apple posé sur la table basse, a ouvert le navigateur et est allé sur ses emails.

 

 

- Je ne devrais sans doute pas te faire voir ça, a-t-il admis, résigné en posant le portable sur mes genoux 

C’était un mail de Cuddy, daté de l’avant-veille :

 

 

 

On m'autorise enfin à sortir un peu de mon silence pour retrouver mes amis.

Vous êtes trop discret comme toujours. Mais je sais que vous gérez l’hôpital à la perfection.

Je voudrais juste que vous n’oubliez pas qu'en acceptant de reprendre ma place, vous vous êtes également engagé vis à vis de lui.

Je m'inquiète.

Il a besoin de vous.

Refaites le puzzle...Retravaillez ensemble.

Faites tomber ce mur qui est entrain de tous nous détruire.

Le hasard nous a disloqué.

Et si on prouvait à la vie que nous sommes à sa hauteur ?

 

 

 

J’ai lu avidement, plusieurs fois, puis j’ai fini par remettre l’ordinateur à sa place, sans dire un mot.

Wilson me regardait avec attention. Il cherchait en moi la moindre trace d’émotion. Je me suis contenté de me concentrer sur la défaite de Jericho, sur Catch Channel.

 

 

- Elle n’est pas aussi solide qu’elle voudrait te le faire croire, Greg, m’a révélé Wilson, très sérieusement. Au lieu de perdre ton temps à chercher cette taupe, tu ferais mieux d’essayer de comprendre le pourquoi de son départ. Tu n’imagines pas l’impact que tes mots amers ont sur Cuddy. Ce n’est pas la première fois que tu la déstabilises profondément. Je l’ai vue une fois s’effondrer parce que tu n’avais pas été tendre, comme à ton habitude. Crois moi, ton avis compte pour beaucoup dans ses choix. Il y a un tas de choses que tu ignores sur elle.

 

 

- Pourquoi me le dire seulement maintenant ? Ai-je demandé d’un ton sec, les yeux braqués sur l’écran.

 

 

- Je me suis toujours dit que je n’avais pas à me mêler de votre histoire, m’a répondu Wilson, impassible.

 

 

- Notre histoire… Cuddy et moi avons-nous une histoire ? »

 

 

 

Wilson resta perplexe quelques secondes. Visiblement, ma remarque le désarmait plus qu’autre chose. Je n’avais pas l’intention d’en rajouter. D’autant plus qu’à la télé, Matt Hardy venait de faire irruption sur le ring, se trémoussant et exhibant ses biceps surgonflés sur fond de Marilyn Manson.

 

 

 

Finalement, il poussa un soupir exaspéré devant mon mutisme, et se laissa retomber sur le dossier du canapé. Il se servit une dernière rasade de Bourbon, à laquelle il ne toucha  pas, en définitive,  campant résolument à mes côtés, songeur, les bras croisés.

août 26, 2008

I want her back

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Princeton Plainsboro me manque. Il me manque.

Je n'aurais jamais imaginé dire cela un jour. Pas après le calvaire de ces derniers mois.

Lui...Il s'enfonce, encore. Toujours plus. Il se donne du mal à essayer de créer l’illusion que tout va bien, mais personne n’est dupe.

Je le sais. Malgré l'interdiction de Franck Ochberg je suis allée voir les messages de Foreman, et je presse Bikyel de questions, quand elle va lire son journal.

Foreman a pris cela de son mentor, il ne dira rien, ne posera aucune question mais il s'inquiète.

Moi aussi.

Je ne sais plus si cet isolement me fait du bien.

J'y reviens toujours.

Ce besoin de portes qui claquent. De la fureur des couloirs quand il a décidé de déserter les consultations…

L'idée même de changement m'ennuie à présent.

Il est peut être trop tard.

 

Will est charmant.

Il m'emmène danser...dépose une rose parmi les pancakes chauds.

Mais Dieu qu'il chante faux ! Et il ne sait même pas jouer de piano...

 

House ne parle plus de sa main. J’espère qu’il a récupéré.

Cela continue à me hanter, cette colère.

Ochberg a raison.

Il est encore sans doute trop tôt pour penser à rentrer. Ou même à faire un signe.

 

 

 

 

 

août 25, 2008

To be or not to be

Ce midi, à la cafet’, une ménagère de plus de cinquante ans,  de style bigot, est venue me saluer avec des airs affectés alors que je déjeunais avec Wilson. Je devais apprendre un peu plus tard que cette brave dame était l’épouse de James Horwell, un de nos plus prestigieux membres bienfaiteurs.

 

« Dr House ? A t-elle demandé en m’appréhendant. Je tenais à vous féliciter pour votre intervention magistrale et passionnante de l’autre soir.

 

Je me suis levé, un peu empêtré entre ma canne et la table encombrée, pour lui toucher succinctement la main. Mon regard devait en dire beaucoup plus que ce que la bienséance m’autorisait : j’ai horreur de ce genre de civilité fausse, et d’autant plus lorsque je suis à table.

 

- C’est bizarre, a-t-elle dit avant de me quitter, me détaillant comme si je sortais d’une fosse à purin. J’ai eu beaucoup de mal à vous reconnaître…

 

Lorsque je me suis assis à nouveau, et qu’elle se fut un peu éloignée, Wilson, le regard amusé a cru bon de me faire la morale.

 

- Tu devrais soigner ton look, tu sais, m’a-t-il conseillé. Certains clodos sont encore mieux sapés que toi. Passe encore que tu refuses le port de la blouse, mais les chemises froissées, les t-shirts délavés, ça ne pousse pas vraiment à la confiance.

 

Prenant un air faussement surpris, j’ai fait mine de m’examiner sous toutes les coutures sans rien trouver à redire.

 

- Excuse moi de ne pas avoir bâti ma notoriété sur ma façon de porter un complet veston Armani, ai-je répliqué. Est-ce la tenue qui fait le médecin ? Dans quel module ils abordaient la question, déjà, à la fac ?

 

Wilson a levé les yeux au ciel.

 

- Je sais bien que le Grand Gregory House se passe de toutes les convenances existantes, a-t-il dit, mais malheureusement l’image est quelque chose de capital. Par exemple, est-ce que tu ferais confiance à un dentiste à qui il ne resterait qu’un malheureux chicot ?

 

Je venais de mordre dans mon hamburger. Lorsque j’ai répondu, la bouche pleine, Wilson a subrepticement reculé sa chaise.

 

- Pas si la seule dent qui lui reste est fausse, non.

 

Dans la foulée, j’ai englouti plusieurs gorgées de mon milk-shake. Wilson me toisait maintenant comme s’il venait de décider que mon cas était désespéré.

 

- Je trouve ça marrant, cette fixation que vous faites, vous autres, sur les apparences, j’ai continué. Tu sais, moi aussi j’ai mes propres critères, et ils sont tout aussi valables, bien que non fondés sur des considérations hygiéniques ou esthétiques à la mord moi le nœud.

 

- Je serais curieux de les connaître, a répondu Wilson, amusé.

 

J’ai englouti une énorme bouchée de donut avant de répondre, les yeux dans les yeux de Wilson.

 

- La confiance n’est pas une affaire de bon look. Tu te souviens du toubib dans  The Love Boat ?

 

Wilson, moqueur, a réprimé un éclat de rire derrière sa main.

 

- Adam Bricker… Comment contrecarrer une telle référence ? A-t-il plaisanté.

 

J’ai pris le même ton docte que celui que j’avais adopté en amphithéâtre deux jours auparavant.

 

- Je peux t’assurer que pour être un médecin crédible lorsqu’on exhibe aussi pitoyablement ses genoux cagneux en bermuda, faut y aller ! Et je parle même pas du fait qu’il avait peur de son ombre. Ce type était un anti-médecin, quand on y pense.

 

- Mais dans le cas de The Love Boat, la question de confiance ne se pose même pas : Bricker était le seul généraliste à bord… On était forcément obligé de faire appel à lui.

 

J’ai secoué négativement la tête, fidèle à mon raisonnement.

 

- Non. Le fait est que ce type inspirait vraiment confiance. Il aurait pu te convaincre de te monter lui-même, entre deux escales, un anus artificiel à base de cartilages de requins pour une simple crise d’hémorroïdes passagère. Ce type savait amadouer, séduire, persuader, c’est un fait.

 

- Et tu expliques ça comment ? M’a demandé Wilson, pensif.

 

- Il avait le truc.

 

- Le truc ?

 

- Oui, le petit détail qui fait que l’on est prêt à lui accorder crédit, le genre de chose qui le distingue des autres et qui montre qu’il est fort d’un savoir que les autres n’ont pas.

 

Et comme Wilson demeurait perplexe :

 

- Des énormes lunettes, avec une monture écaille, ai-je annoncé fièrement. C’était son signe distinctif. A croire qu’il était né avec tellement elles lui collaient à la peau…

 

- On peut même dire qu’elles avaient une longueur d’avance sur lui, question croissance, a complété Wilson, gaiement.

 

- Toujours est il que ce genre de détail a son importance. Sans le savoir, chacun cherche à imposer à la vue d’autrui le truc qui le démarquera automatiquement en tant que médecin. Si on considère que tout le monde est en blouse blanche à l’hôpital, qu’est ce qui différencie un médecin d’un aide soignant aux yeux d’un patient ?

 

Tout en posant ma question, j’avais entrepris de siphonner le fond de mon gobelet de milk-shake, à grandes aspirations bruyantes, et encore une fois, beaucoup de regards convergèrent vers notre table.

 

- Les médecins mangent comme des porcs ? A avancé Wilson, un peu mal à l’aise.

 

De la tête, j’ai fait signe que non, masquant avec peine un rot.

 

- Tu as ceux qui exhibent leur stéthoscope à longueur de journée, ai-je exposé. Si tu observes Foreman, il l’utilise comme écharpe. Il doit l’enfiler directement après sa cravate, le matin. C’est son truc. En tant qu’homme de couleur il n’aimerait pas qu’on le situe d’office en bas de l’échelle. Chase aussi a eu sa grande période stéthoscope. Il en est revenu pour quelque chose de plus subtil… Mais Chase était un peu à part déjà : il le gardait dans sa poche, ne le sortait que lorsque c’était nécessaire, genre : « Eh salut les gars, je suis toubib mais je suis cool ! »

 

Wilson, d’un air faussement dépassé, a pris sa tête dans ses mains, sans cesser de sourire. J’ai poursuivi :

 

- Parmi ceux qui ont aussi opté pour le détail subtil, tu as Taub, Thirteen, Kutner et Cameron. Pour leur part, ils se contentent d’aligner une armada de stylos dans la poche pectorale de leur blouse. Ils disent clairement à qui les regarde : ce qui nous différencie du personnel en blanc, c’est que nous, on rédige des ordonnances. Et il est bien connu que les ordonnances se rédigent de quatre couleurs différentes.

 

Wilson, gêné, a porté son regard sur sa propre poche, elle-même garnie d’une demi douzaine de feutres à bille. Nos regards se sont croisés, mais je n’ai pas cillé.

 

- Ce qui m’amène à me poser la question suivante, ai-je enchaîné. Est ce que la bonne image ou la notoriété d'un médecin est accrue par le nombre de stylos présents dans sa poche ? En admettant que ce soit le cas, certains ont beaucoup de souci à se faire, on peut vraiment dire qu’ils ne lésinent pas sur les signes extérieurs. Taub et Chase ont indiscutablement des choses à se prouver, tandis que Cameron a adopté le style détaché, avec seulement un stylo à son palmarès.

 

J’ai essuyé mes lèvres d’un revers de manche. Wilson me dévisageait d’un air absorbé mais aussi avec une sorte de considération réjouie. Apparemment, je l’avais convaincu.

 

- Et c’est quoi alors, ton truc, à toi ? M’a-t-il demandé, nonchalamment.

 

- Moi ? Je me contente de sauver des vies et de faire mouche quatre vingt dix neuf fois sur cent. » Ai-je répliqué.

 

Il a bien tenté de répondre un truc, mais sa verve habituelle lui a fait faux bond.

J’ai cueilli ma canne qui reposait contre la table, me suis levé, et l’ai planté là, d’un air royal. Parfois, malgré ma patte folle, il m’arrive de me sentir aérien.

 

août 23, 2008

On m'espionne

Voici ce que j’ai découvert aujourd’hui sur la BAL de Cuddy. Apparemment elle aurait ouvert ce mail hier, ce qui signifie que sa soit disant retraite n’est qu’un peu de poudre aux yeux : Cuddy continue à veiller sur l’hôpital, et pire, elle a chargé des larbins de me surveiller.

Ce n’est pas tant que ça me dérange. J’ai l’habitude d’être le centre d’intérêt de Plainsboro, j’alimente ainsi grand nombre des rumeurs de couloir et contribue à maintenir un bon degré de franche camaraderie entre les membres du personnel.

Ce qui me tarabuste ce serait plutôt de savoir qui s’est désigné pour accomplir cette tâche. Il s’agit forcément de quelqu’un de « proche ». Je soupçonne en premier lieu tous les membres de mon équipe ou de mon ex-équipe.

Il est à noter que la taupe agit en toute intelligence, en adressant ses mails de manière anonyme, sans signer. La taupe est donc bien informée sur mon compte et sait que je possède tous les mots de passe de Cuddy.

Je ne vous cache pas que je compte mener une enquête et faire vivre un enfer à mon entourage jusqu’à ce que l’un d’entre eux se dénonce, ou même balance un de ses collègues. Foreman est d’ores et déjà en tête de liste.

 

From : anonymous@plainsboro.com

 

To : Lisa Cuddy

 

Cuddy,

Depuis votre départ, quelque chose ne va pas avec House, c'est très perturbant. Vous avez longtemps soupçonné qu'il était dépressif et il se peut qu'aujourd'hui ce soit bien le cas, enfin, c'est une supposition. Il se comporte étrangement. En fait, il se comporte normalement ! Et il n'est pas normal qu'il soit normal puisque la normalité est tout sauf un état normal chez lui ! (Je sais que vous me comprenez)
Il est intervenu lors du colloque comme un orateur mature et responsable ! Comment expliquer ce changement ? Je l'ai surpris avant ce même colloque dans une attitude étrange qui ressemblait au désarroi, à l'abandon, au renoncement. La tête basse l'air abattu. Il est resté longuement comme ça, seul, perdu dans ses pensées. Excusez la faible qualité du cliché, mais je l’ai pris à son insu, avec mon téléphone portable. Je suis convaincue qu'il se passe quelque chose. D'autant qu’il devrait aller mieux, ses rapports avec Wilson se sont améliorés. Sa personnalité a quand même indiscutablement changé.

Ne serait-ce pas des signes de séquelles de sa stimulation cérébrale ? J'avoue que la question se pose.
Tout le monde semble ravi de ce changement, moi, je le trouve préoccupant. Je me demande ce qu'en pense Wilson ?
Cuddy, je pense que vous devriez rentrer au plus vite.

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août 20, 2008

The Muppet Show

 

 

 

Wilson avait l’air ennuyé hier. L’hôpital organise aujourd’hui un colloque interne destiné à rendre compte à l’ensemble du personnel des conclusions du congrès, qui s’est tenu à Hawaï sur les nouveaux virus et fléaux du XXIème siècle. Lorsque je suis passé devant son bureau, il était plongé dans la rédaction d’une synthèse sur les effets cancérogènes consécutifs aux risques NRBC*.

 

« Je dois avouer que l’absence de Cuddy me donne du fil à retordre, a-t-il déploré. J’ai un million de choses à boucler avant demain soir, sans compter que je dois assurer la majeure partie de la présentation.

 

Je me suis emparé de la plaquette qui traînait sur son bureau et l’ai étudiée un court instant.

 

- Je peux me charger de la partie bactériologique, ai-je proposé.

 

Il m’a regardé, les yeux ronds.

 

- House, je t’assure que t’as plus aucune raison de te flageller de la sorte. Passe ton chemin, reprends le cours normal de ta vie, va mater tes pornos, regarder L Word, emmerder ton équipe…

 

- Je te signale juste que j’assure comme une bête lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses, vu que c’est un peu la spécialisation que j’ai choisie.

 

- Ca tient la route, a-t-il convenu. Mais une autre de tes spécialités, et pas la moindre, c’est d’éviter tout ce qui pourrait te donner un surcroît de travail ou bien te confronter à un bain de foule. Dans le cas d’un colloque t’auras pas l’un sans l’autre. T’as pas pu changer à ce point en si peu de temps, House…

 

Calé contre son dossier, il me considérait avec suspicion.

 

- Je prends de l’âge, ai-je dit avec conviction. Ma crise d’ado a pris fin hier. Je me suis décidé à ne pas me relâcher au second trimestre pour ne plus être privé de Nintendo DS. J’aimerais tellement que tu sois enfin fier de moi, papa.

 

Il a secoué la tête, partagé entre amusement et doute, et m’a tendu d’un air résigné une partie du compte-rendu du congrès.

 

- Je ne suis pas en position de refuser de l’aide, de toute façon, a-t-il admis. Et j’espère que je n’aurai pas à le regretter…

 

J’ai calé le dossier sous mon bras, repris ma canne et ai lancé joyeusement en quittant son bureau :

 

- Je pars réviser dans ma chambre. Je te garantis un A+ ! »

 

Lorsque, après un bref passage chez moi,  j’ai débarqué ce soir, dans l’amphithéâtre plein à craquer, vêtu d’un smoking noir impeccable, j’ai bien cru que Chase allait se prendre les pieds dans sa mâchoire inférieure. Cameron m’a lancé un long regard appréciateur et s’est chargée de rectifier mon nœud-pap’. Je m’attendais à tout moment à ce qu’elle m’ébouriffe les cheveux ou qu’elle me pince la joue.

Il y avait là tout le gratin de Plainsboro. Tous les vieux croûtons du CA, toutes les éminences, dans les premiers rangs. Le programme annonçait une dizaine d’interventions de quinze minutes chacune, assurées par les médecins et professeurs présents au congrès. Wilson, habillé en pingouin à l’allure très smart, présidait avec beaucoup de zèle. L’absence de Cuddy n’en était que plus remarquable.

 

Finalement, j’étais le seul intrus de la bande, et ce pour plusieurs raisons. Je crois bien que personne ne m’avait plus vu (depuis que Vogler m’avait mis le couteau sous la gorge) assurer une quelconque conférence. Lorsque Wilson, avec un air spectaculaire, a annoncé « la contribution du Dr House », les applaudissements étaient chargés d’une sorte de dissonance pleine de perplexité.

La tension était à son comble. A la manière dont l’auditoire me toisait, on aurait pu penser que j’étais moi-même un des fléaux dont j’allais parler.

 

« Mes bien chers confrères, mes chères consoeurs, ai-je commencé. C’est un honneur pour moi de vous faire part des dernières directives concernant la protection des populations civiles, mises en vigueur depuis les attentats du 11 septembre 2001, date marquant un tournant décisif au niveau de la prise de conscience mondiale du risque terroriste encouru.

Les cas de maladie du Charbon survenus peu après les attentats confirment l’existence de failles dans la détection de micro-organismes dangereux. Mon intervention, en trois points, sera axée sur des cas pratiques d’épidémies de variole. Le plan Biotox prévoit en effet une part de prévention, une partie concernant la surveillance et l’alerte, pour enfin aboutir aux mesures d’intervention en cas de crise. »

 

Je crois que je vais quand même vous épargner la suite. Retenez juste que les membres du personnel qui ont l’habitude de me côtoyer en sont tous restés comme des ronds de flan. Dans le fond, ils étaient plus captivés par l’idée de trouver une faille dans mes propos ou dans ma tenue, que par mon discours lui-même. Mon équipe affichait une sorte de fierté totalement déplacée, sauf Foreman, bien sûr, qui aurait bien voulu me piquer la place.

Lorsque Wilson est venu me rejoindre pendant le buffet, une flamme d’incrédulité scintillait dans son regard.

 

« J’ai de bonnes raisons de penser que mon ami House a été enlevé par des extraterrestres, a-t-il plaisanté alors qu’il nous commandait deux Bourbon au bar. Je ne sais pas trop si je dois me réjouir ou m’inquiéter, en fait. C’est vraiment déroutant.

 

Comme je ne répondais pas, il a enchaîné :

 

- Je me demande si la qualité de ton intervention n’a pas quelque chose à voir avec l’absence de Cuddy. C’est vrai, finalement. Lorsqu’elle n’est pas là, tu n’as plus à te faire remarquer, tu te fonds dans la masse, comme le reste du personnel.

 

- L’univers ne tourne pas autour de Cuddy, me suis-je défendu d’un air renfrogné. Et même si c’était le cas, je suis ce qu’on appelle un électron libre.

 

- Libre ou pas, l’électron n’en est pas moins rattaché à l’univers, et agit en conséquence… Tu ne m’ôteras pas de l’esprit que ce qui s’est passé ce soir est lié à son départ. C’était peut-être ta façon de te racheter ? »

 

S’il croyait que j’allais répliquer à ça, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Pour toute réponse je lui ai tourné le dos et ai cueilli ma canne au passage. Je suis allé traîner un peu en retrait de la foule, j’ai pris le temps de siroter quelques verres, jusqu’à ce qu’Ellie me retrouve et se propose de me raccompagner chez moi.

 

Elle m’avait trouvé -soit disant- très sexy en smoking et tenait à me montrer jusqu’à quel point.

 

 

 

(*  Nucléaires Radiologiques, Biologiques et Chimiques).

 

août 19, 2008

extrait du journal de Cuddy

Je sais que beaucoup désapprouveront cette démarche, mais j’avais envie de comprendre. Récupérer les mots de passe de Cuddy est toujours un jeu d’enfant. Encore une fois, je n’ai pas eu à soudoyer qui que ce soit au service informatique.

Rien n’explique sa réaction, sa fuite soudaine dans le Michigan. Je crois lire ici quelque chose qui ressemble à de la culpabilité, mais je doute fort que ce soit le cas. Je pencherais plutôt pour une Cuddy qui ne supporterait pas l’idée d’avoir été faillible.

Je dois avouer que toute cette histoire me travaille. Wilson refuse de m’en dire plus. Bikyel se contente de m’appâter au compte-gouttes. Je n’ai finalement que des suppositions, et un immense désarroi.

 

Extrait de Cuddy : http://www.mydiary.com/*********

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Je ne suis pas quelqu’un d’acariâtre ou de pulsionnel, mais la nuit dernière j’aurais pu tuer Gregory House.

J’aurais voulu lui arracher ce qui lui sert de cœur pour mieux le cuisiner ensuite avec une petite sauce à l’ail ou flambé au cognac.

Je crois que je l’ai blessé. Physiquement je veux dire…

Pour le reste c’est impossible.

J’ai dérapé…je me suis laissée aller à une sorte de crise de démence.

Pourtant la soirée avait bien commencé et je me sentais pleine d’indulgence, prête à alléger ces ridicules sessions disciplinaires.

Après tout, en son temps, j’ai moi aussi cédé à l’insistance  de House et participé à un concours  top et jupes très très courtes… 

Quand je pense au soin pris à choisir ma tenue pour le lendemain, cette envie que j’avais de valoriser mon bronzage….

Quelle idée imbécile ce masque!!

Un de ces odieux masques réparateurs - destiné à effacer les ridules dont m’avait prévenue House avant mon départ.

Évidemment il a choisi ce moment -fatal entre tous- pour surgir dans mon salon comme un diable d’une boite en fer blanc.

Après ça, il a tout gâché… Je ne sais même plus ce qu’il m’a dit, mais il était encore question de mon désir de maternité. Il sait piquer exactement où ça fait mal, oh ça oui.

Me reste juste la fureur… l’ écoeurement et un sentiment d’énorme gâchis.

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