août 31, 2008
Cuddy et le syndactyle
Hier matin, j’ai saisi Cameron par les poignets, l’espace de quelques secondes, entre deux portes. Je me suis assuré que son souffle se faisait court avant de planter mon regard dans le sien et de l’attirer légèrement vers moi. A l’intérieur de mes paumes, je pouvais sentir les pulsations irrégulières de son cœur battant la chamade. Elle me dévisageait sans comprendre, troublée, la gorge serrée.
« Allez droit au but ! M’a-t-elle intimé d’une voix mal assurée, une lueur de méfiance animant ses prunelles.
A-t-elle senti que je me haïssais à cet instant ? Je ne devais pas avoir l’air aussi sûr de moi qu’il ne l’aurait fallu, sans doute.
- Je veux le numéro de Cuddy dans le Michigan, ai-je marmonné, sans la lâcher pour autant.
- Pourquoi ne pas le demander à Wilson ou à Foreman ? A-t-elle répondu, un sourire acerbe sur les lèvres.
- Quand j’ai essayé de les peloter aux vestiaires, ils m’ont mis une droite.
- Et vous espérez que votre numéro de charme marchera avec moi ?
- Un peu, ai-je admis, en faisant mine d’y réfléchir sérieusement.
Elle a choisi de ne pas prendre la mouche, m’a soufflé de la lâcher, ce que j’ai fait avec délicatesse, sans reculer pour autant. Quiconque serait passé par là à ce moment précis, aurait été rapporter à Chase que je flirtais ouvertement avec sa dulcinée dans les recoins de Plainsboro, mais je n’étais plus à une rumeur près.
- Vous… êtes vraiment un enfoiré ! » A-t-elle laissé échapper après mûre réflexion.
J’ai hoché affirmativement la tête, mais j’ai noté au passage qu’elle aussi, n’avait pas l’air si sûre d’elle. Elle m’a encore considéré quelques instants avant de dégainer son portable de la poche intérieure de sa blouse avec un soupir rageur. J’avais gagné.
Une fois rentré chez moi, j’ai tourné en rond la majeure partie de la soirée. Je me suis servi un verre, puis un autre, ai plaqué quelques accords de Bobby Short, ai regardé une rediffusion de The twilight zone. Lorsque j’ai décidé que ce cirque avait assez duré, je me suis emparé de mon cellulaire qui traînait sur la table basse.
Elle a décroché presque aussitôt, mais n’a pas prononcé un mot. Prenant une grande inspiration, laquelle était silencieuse, je me suis lancé.
« Cuddy ? Ai-je demandé, d’une voix aussi neutre que possible.
- Docteur House ?
Le ton employé était habituel. Je veux dire par là trop habituel. On aurait pu penser que nous nous étions quittés la veille en d’excellents termes professionnels, sur une chaleureuse poignée de mains. Rien de plus.
- J’ignorais vous avoir donné mon numéro personnel à l’hôtel, a-t-elle poursuivi immédiatement. Pourtant, je ne pense souffrir d’aucun trouble de mémoire…
J’ai ouvert la bouche pour répliquer. Je devais bien avoir une ou deux fausses excuses à fournir, mais elle m’a coupé aussitôt.
- Ceci dit vous tombez bien, je comptais vous contacter avant ma reprise et vous m’épargnez cette peine. J’ai reçu un nombre important de félicitations concernant votre intervention à la conférence. Tirons parti de ce succès pour redorer le blason de Princeton Plainsboro. L’affaire concernant les rats à la cafétéria et celle de la grève sont encore trop fraîches dans les esprits. Vous allez publier un article. Je vous donne un délai de trois semaines pour l’écrire, et je précise seul. Je me suis engagé auprès de nombreuses revues médicales, quant à Will, je veux dire, le Professeur Lurie, il a déjà pris les contacts nécessaires pour une nouvelle conférence début octobre. Conférence qui reprendra l’essentiel de votre intervention et permettra d’ouvrir sur de nouvelles réflexions. Des changements s’amorcent autour de nous, House, et il est grand temps que de notre côté à l’hôpital nous prenions part à ces évolutions.
Les accents de sa voix étaient péremptoires, incisifs. Règlement de comptes ? Je restais figé, campé sur ma canne au beau milieu de la pièce, sans rien trouver à répliquer. Il était rare que Cuddy me désarçonne de cette façon. Un silence à couper au couteau s’instaura entre nous, après cette tirade grandiloquente et désincarnée. C’était tout juste si sa respiration légèrement irrégulière me parvenait.
- Puis je me permettre de prendre des nouvelles de votre famille ou de votre santé ? J’ai demandé, un peu obséquieusement.
- Pas plus que je n’en prendrai de la votre, Dr House.
Au son de sa voix, je devinais qu’elle souriait. Sûrement pas de manière heureuse, mais quelque chose qui se rapprochait plutôt d’un sourire de convenance. Notre dialogue prenait une tournure inquiétante.
- Lisa… Ai-je commencé maladroitement, assez déconcerté.
Je ne l’avais plus appelée Lisa depuis cette fameuse nuit à Las Vegas, vingt ans auparavant. Ma tentative était grotesque et sa réaction ne se fit pas attendre.
- Vous ne pouvez déjà plus compter sur votre infirmière perso, que vous vous raccrochez à nouveau à vos vieilles racines ? M’a-t-elle interrompu, moqueuse et … oui, désobligeante.
Encore un silence. J’ai deviné qu’elle luttait pour garder tout son calme.
- Je me suis fort bien passée de votre présence pendant ces trois semaines. Vous aussi d’après ce qu’on m’a rapporté, a-t-elle déclaré. Personnellement je compte continuer sur ma lancée pour des années à venir. Il est temps de lâcher prise House, sincèrement, c’est ce que je souhaite.
- Permettez moi d’en douter, ai-je risqué. Vos espions disséminés un peu partout dans mon entourage me prétendent exactement le contraire. J’ai découvert, pas plus tard qu’hier que j’avais partagé la couche de Mata Hari en personne…
- Je suis la doyenne de Princeton Plainsboro et je me dois de veiller sur mon hôpital, même à distance, a-t-elle tranché. Vous êtes, sans doute, à la fois la personne la plus nuisible et la plus utile de cet établissement. En d’autres temps je serais partie les yeux fermés sachant Wilson à vos cotés. Cette fois Mademoiselle Kats a été la personne la plus proche de vous… avec votre call-girl attitrée. Je vous laisse deviner quel a du être mon choix…
Ma main s’est crispée sur le pommeau de ma canne tandis qu’une voix intérieure s’alarmait : Où êtes vous passée, Cuddy ? Comment avez-vous pu changer autant ? Qu’avez-vous à gagner à être si dure ?
- Puis-je au moins prendre des nouvelles du climat dans lequel vous vous trouvez ? Ai-je sollicité d’un ton mordant. Il doit faire frisquet, par chez vous, si on en croit votre humeur glaciale. Il semblerait que la chaleur emmagasinée à Hawaï vous fasse maintenant cruellement défaut…
Elle m’a interrompu d’un rire narquois, piquant à souhait.
- Cessez de vous projeter, House. Je n’ai jamais été aussi bien. Vous n’avez même pas idée de combien ce petit séjour m’aura été profitable…
Un léger bruit à l’autre bout du fil, une sorte de voix masculine étouffée, m’indiqua qu’elle n’était pas seule dans la chambre. Il était question d’heure et de réservation. J’ai deviné qu’elle s’activait, sans doute ramassait-elle ses affaires ou enfilait-elle une veste.
- Je vous laisse, Docteur House. Je dois sortir. Nous nous retrouverons probablement lundi à l’hôpital. »
Tandis qu’elle raccrochait, et que je demeurais silencieux, je l’ai distinctement entendue répondre d’une voix mélodieuse : « Oui, j’arrive mon chéri. J’ai terminé. »
William Lurie, mon syndactyle ami, devait se trouver avec elle. Sans doute allaient-ils au restaurant, compte tenu de l’heure. Où alors l’emmenait-il danser ? J’ai préféré ne pas m’attarder sur la question. Je suis allé m’avachir sur le canapé, perdu dans mes pensées, sans vraiment prêter attention aux programmes de télévision qui défilaient devant mes yeux. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit d’appeler Wilson, ni celle de me resservir un verre.
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août 29, 2008
Bye Ellie, hi Jack
J’ai décidé de jeter l’éponge, d’écouter –une fois n’est pas coutume- vos conseils et ceux de Wilson. Hier soir, j’ai beaucoup réfléchi à la situation. Il m’apparaît évident que si Cuddy a pris la fuite, c’est dans l’optique d’un nouveau départ, celle aussi de faire une coupure franche avec Princeton Plainsboro. Après tout, Cuddy est brillante. Côté carrière il est fort possible qu’elle n’ait pas dit son dernier mot. Beaucoup de portes pourraient encore s’ouvrir à elle sans qu’elle n’ait besoin de les enfoncer.
Probablement aussi pour vivre une romance cachée avec William Lurie. Mais là, je ne préfère pas creuser.
Lurie a toujours été défini sur le campus comme un brave type. (Entendez par là un bon bougre). Le genre de gars qui vous réservait toujours un accueil personnalisé, avec l’accolade ou la grande claque qui va avec. Pendant sept années de Médecine Générale, et encore trois années de spécialisation (Bill en a aussi une en infectiologie) j’ai du endurer quotidiennement ses remarques. Il me reprochait d’être austère, lugubre, un brin rigoureux, et grosso modo de rire seulement lorsque je me brûlais. (Le seul vrai problème, c’est que Bill ne m’a jamais fait rire, surtout lorsqu’il déployait des trésors d’ingéniosité pour y parvenir).
Du peu que je me souvienne, Lurie n’a jamais vraiment eu de succès avec la gente féminine. Il faisait partie de ceux à qui on ne connaissait aucune histoire. Il traînait souvent dans mon sillage et dans celui de Prescott, mon binôme de l’époque, dont je vous ai parlé précédemment. Il essayait par tous les moyens de s’infiltrer dans les cercles existants, mais chacune de ses tentatives se soldait par un échec. Le fait est que Lurie faisait partie de ceux qu’on oubliait. On s’en rendait souvent compte devant le fait accompli, lorsque par exemple nous organisions une soirée : « Quelqu’un a pensé à inviter Lurie ? ». Nos regards fautifs répondaient pour nous-mêmes.
Je possède un cliché de cette époque. Nous avions décidé avec Prescott d’intégrer l’équipe d’aviron de John Hopkins. Non pas par plaisir, je dois bien l’avouer, mais parce que nous avions découverts que la musculature que générait ce sport faisait se pâmer les filles. A peine avions nous lancé l’idée que Lurie se joignait à nous, malgré nos bordées d' arguments visant à le décourager.
Oh, cela n’a pas duré bien longtemps. Un jour que nous nous changions aux vestiaires, Lurie eut l’idée saugrenue de croire qu’il était dorénavant intégré, et il se révéla particulièrement insupportable, alignant blagues de mauvais goût, plaisanteries déplacées et clowneries pathétiques. Alors qu’il se déchaussait, l’un d’entre nous posa son regard sur ses pieds qu’il tentait pourtant désespérément de dissimuler. La découverte de son grand secret, à savoir les fameux pieds palmés de Bill fit rapidement le tour du campus. Certaines mauvaises langues allèrent jusqu’à raconter que Lurie avait intégré l’équipe d’aviron par simple propension génétique. Pour être plus près de ses congénères les canards.
Lurie accusa le choc avec autant de dignité qu’il le put. Il se consacra à fond à ses études, se fit plus rare, plus discret, plus effacé… Il rencontra Martha peu de temps après, s’accrocha à elle comme un arapède à un rocher, prenant sans doute conscience qu’elle lui offrait une chance inespérée. Il l’engrossa avec beaucoup d’ardeur peu avant de lui demander sa main. Curieusement, aucun d’entre nous ne fut invité au mariage. (Mais personne ne s’en offusqua, ni ne le revendiqua, dans le fond.)
Je crois que la seule chose qui nous sidérait, c’était que Bill puisse avoir une vie sexuelle. Nous allions jusqu’à nous demander dans les vestiaires s’il cancanait lorsqu’il atteignait l’orgasme. A ce jour, au moins deux femmes ont la réponse : Martha et Cuddy.
J’ai eu envie, ce soir, de me changer les idées. J’ai enfourché ma moto et ai conduit au hasard, dans les alentours de Princeton. Comme je ne passais pas très loin de chez Ellie, je me suis arrêté au drugstore, au coin de sa rue, pour prendre une bouteille de Jack Daniels.
Lorsque j’ai écrasé mon doigt sur la sonnette et qu’elle a entrebâillé la porte, c’est la première chose que j’ai mise dans son champ de vision, tandis que de mon côté, je louchais déjà sur l’échancrure de sa nuisette.
Elle a ouvert la porte en grand, m’a souri de manière provocante, appuyée contre le chambranle, les bras croisés. J’ai fait un pas vers elle, mais elle s’est raidie, cependant sans se départir de son sourire.
« Une visite impromptue ? Que me vaut cet honneur ? M’a-t-elle questionné de sa petite voix mutine.
- L’appel du sexe, ai-je répondu sans équivoque.
J’ai tenté avec ma canne de relever un pan de sa nuisette, mais elle a reculé d’un pas. Sans toutefois m’offrir la possibilité d’entrer chez elle.
- Tu veux qu’on fasse ça dans le couloir ? Ai-je demandé.
Elle a secoué négativement la tête, et j’ai cru un peu trop vite que c’était gagné.
- Greg, a-t-elle commencé. Tu arrives un peu tard. Je t’ai déjà trouvé un remplaçant.
- Et ce prétendant t’as apporté du champagne, lui ? Ai-je riposté, un peu amer, du tac au tac.
- Non, c’est simplement que lui sait tenir ses engagements. Il vient les mains vides mais ne m’apporte pas un lot d’emmerdes. J’ai passé plus de temps à soigner tes bobos, ramasser tes bouteilles et te regarder vomir, qu’à prendre mon pied avec toi ces quinze derniers jours.
Je suis resté planté dans le couloir, avec des airs de gamin pris en faute. Elle ne s’est pas laissée attendrir. Elle n’avait pas l’air en colère, mais c’était pire : elle semblait déterminée à ne pas me laisser entrer.
- Connaissant ton degré d’exigence pour la chose, je propose d’attendre mon tour ici ou de revenir un peu plus tard finir ce qu’il aura commencé, ai-je ironisé.
Elle a encore secoué la tête :
- Greg, ne fais pas comme si tu ne comprenais pas… Le fait est que tu uses le monde autour de toi. Je refuse que tu agisses de cette façon avec moi. Cuddy y a laissé des plumes, Wilson et d’autres aussi. Tu ne te rends pas compte de combien tu demandes, sous tes airs de « laissez moi tout seul »… La base de notre accord était du plaisir, uniquement du plaisir. Je ne veux pas faire partie de ta problématique, ce n’est pas ma place, désolée…
Elle a fait mine de fermer la porte, s’est ravisée et s’est approchée de moi, avec un air navré. Elle a posé une main distraite sur un des pans de mon blouson et l’a trituré pensivement.
- Il faut que tu comprennes, a-t-elle soupiré. Tout le monde se ronge pour toi et tu ne peux pas agir éternellement comme un salaud. Je sais que dans le fond, cette histoire avec Cuddy a beaucoup plus d’importance que tu ne veux bien l’avouer. Et c’est pareil de son côté. Elle m’a demandé avant de partir de veiller sur toi, et de lui mailer au cas où tu irais mal… C’est ce que j’ai fait.
Elle a planté son regard dans le mien, s’est un peu mordue la joue de l’intérieur.
- Parle lui, Greg. Appelle la, ou va la voir. Mais règle ce problème et…
- Je n’ai pas besoin d’ange gardien. Je sais ce que j’ai à faire. Merci. » Ai-je riposté durement avant de tourner les talons.
Dans le fond, jack (Daniels) est le seul qui ne m’ait encore déçu. A bien y réfléchir, je trouve même que sa rondeur en bouche, en fin de dégustation, laisse un petit parfum sensuel et suave qui n’a rien à envier à celui d’Ellie.
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août 27, 2008
Qui m'espionne ?
« C’est impossible que ce soit Foreman, me disait Wilson hier, alors qu’il était venu passer la soirée chez moi.
Je n’en menais pas large. Le retrouver assis, à côté de moi sur mon canapé, un verre à la main, après tous ces longs mois d’absence me procurait une sorte d’apaisement, mais aussi, sans que je sache vraiment pourquoi, une forme d’appréhension. C’était assez paradoxal, et je luttais pour ne rien en laisser paraître. J’avais sorti mon meilleur Bourbon, grande réserve, mais nous y avions à peine touché. Qui aurait pu penser en nous voyant ainsi tous les deux, que nous venions de traverser cette tornade ?
Sur mon grand écran, en sourdine, Chris Jericho venait de se faire surprendre par une astucieuse clef de jambe de Shawn Mickaels. L’arbitre n’allait pas tarder à prononcer la fin du combat.
J’étais perdu dans mes pensées. Il crut que je doutais de son raisonnement.
- Ce n’est pas le style de Foreman de rendre aussi précisément des comptes, et surtout de manifester ouvertement de l’inquiétude pour toi. Foreman n’est rien de plus qu’une version colorée de toi, House, a-t-il expliqué.
- Faudrait éviter de le lui dire, je pense pas qu’il apprécierait.
- Dans le fond, il le sait. Tu as pensé à Kutner ?
Je me suis gratté la tête en réfléchissant intensément.
- Ca ne lui ressemble pas non plus, ai-je dit. Rien n’atteint Kutner. La seule fois où je l’ai entendu vaguement râler c’est quand le comateux a eu une visite surprise et qu’on a été obligés de déserter la chambre à l’heure de General Hospital… Kutner se fiche bien pas mal de tout le reste. C’est un type reposant.
- Et Taub ?
- Tout ce que je sais c’est qu’il est fourbe et a les dents longues. Il ne prendrait pas le risque de me décevoir, parce qu’il tient à sa place plus qu’à tout le reste.
Je me suis penché pour prendre mon verre et absorber une lampée de bourbon.
- Thirteen me redoute trop. Nous partageons un secret, ai-je continué. Elle a pour moi une sorte de respect et de crainte, et elle ne se mêle jamais de mes affaires.
Wilson, par pur mimétisme, s’est aussi emparé de son verre. La preuve qu’il n’était pas aussi à l’aise qu’il le paraissait. Il a soupiré nerveusement.
- Tu ne trouves pas que c’est une perte d’énergie de savoir qui t’espionne ? Après tout, tous les regards de l’hôpital sont braqués sur toi. Si ça se trouve, c’est quelqu’un que tu ne connais même pas et qui aurait été mandaté par Cuddy …
- J’y ai pensé, figure toi. Je ne vois pas pourquoi Cuddy aurait fait un truc pareil. Son départ ressemble surtout à une fuite précipitée. Elle a juste eu besoin de changer d’air, elle n’aurait pas mis tout ça en œuvre.
L’œil de Wilson s’est allumé tandis qu’il se tournait vers moi.
- Tu te trompes au sujet de Cuddy, a-t-il dit avec force. Tout dans son attitude indique la fuite, mais ne te laisse pas avoir. Elle attend un signe de toi…
J’ai haussé un sourcil, étonné par sa posture soudaine, la conviction qu’il tentait de mettre dans ses propos. Comme je le dévisageais sans comprendre, il s’est penché vers mon Apple posé sur la table basse, a ouvert le navigateur et est allé sur ses emails.
- Je ne devrais sans doute pas te faire voir ça, a-t-il admis, résigné en posant le portable sur mes genoux
C’était un mail de Cuddy, daté de l’avant-veille :
On m'autorise enfin à sortir un peu de mon silence pour retrouver mes amis.
Vous êtes trop discret comme toujours. Mais je sais que vous gérez l’hôpital à la perfection.
Je voudrais juste que vous n’oubliez pas qu'en acceptant de reprendre ma place, vous vous êtes également engagé vis à vis de lui.
Je m'inquiète.
Il a besoin de vous.
Refaites le puzzle...Retravaillez ensemble.
Faites tomber ce mur qui est entrain de tous nous détruire.
Le hasard nous a disloqué.
Et si on prouvait à la vie que nous sommes à sa hauteur ?
J’ai lu avidement, plusieurs fois, puis j’ai fini par remettre l’ordinateur à sa place, sans dire un mot.
Wilson me regardait avec attention. Il cherchait en moi la moindre trace d’émotion. Je me suis contenté de me concentrer sur la défaite de Jericho, sur Catch Channel.
- Elle n’est pas aussi solide qu’elle voudrait te le faire croire, Greg, m’a révélé Wilson, très sérieusement. Au lieu de perdre ton temps à chercher cette taupe, tu ferais mieux d’essayer de comprendre le pourquoi de son départ. Tu n’imagines pas l’impact que tes mots amers ont sur Cuddy. Ce n’est pas la première fois que tu la déstabilises profondément. Je l’ai vue une fois s’effondrer parce que tu n’avais pas été tendre, comme à ton habitude. Crois moi, ton avis compte pour beaucoup dans ses choix. Il y a un tas de choses que tu ignores sur elle.
- Pourquoi me le dire seulement maintenant ? Ai-je demandé d’un ton sec, les yeux braqués sur l’écran.
- Je me suis toujours dit que je n’avais pas à me mêler de votre histoire, m’a répondu Wilson, impassible.
- Notre histoire… Cuddy et moi avons-nous une histoire ? »
Wilson resta perplexe quelques secondes. Visiblement, ma remarque le désarmait plus qu’autre chose. Je n’avais pas l’intention d’en rajouter. D’autant plus qu’à la télé, Matt Hardy venait de faire irruption sur le ring, se trémoussant et exhibant ses biceps surgonflés sur fond de Marilyn Manson.
Finalement, il poussa un soupir exaspéré devant mon mutisme, et se laissa retomber sur le dossier du canapé. Il se servit une dernière rasade de Bourbon, à laquelle il ne toucha pas, en définitive, campant résolument à mes côtés, songeur, les bras croisés.
23:51 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, wilson
août 26, 2008
I want her back
Extrait du journal de Cuddy : http://www.mydiary.com/*********
Identify : Lisa-C
Password : *********
Princeton Plainsboro me manque. Il me manque.
Je n'aurais jamais imaginé dire cela un jour. Pas après le calvaire de ces derniers mois.
Lui...Il s'enfonce, encore. Toujours plus. Il se donne du mal à essayer de créer l’illusion que tout va bien, mais personne n’est dupe.
Je le sais. Malgré l'interdiction de Franck Ochberg je suis allée voir les messages de Foreman, et je presse Bikyel de questions, quand elle va lire son journal.
Foreman a pris cela de son mentor, il ne dira rien, ne posera aucune question mais il s'inquiète.
Moi aussi.
Je ne sais plus si cet isolement me fait du bien.
J'y reviens toujours.
Ce besoin de portes qui claquent. De la fureur des couloirs quand il a décidé de déserter les consultations…
L'idée même de changement m'ennuie à présent.
Il est peut être trop tard.
Will est charmant.
Il m'emmène danser...dépose une rose parmi les pancakes chauds.
Mais Dieu qu'il chante faux ! Et il ne sait même pas jouer de piano...
House ne parle plus de sa main. J’espère qu’il a récupéré.
Cela continue à me hanter, cette colère.
Ochberg a raison.
Il est encore sans doute trop tôt pour penser à rentrer. Ou même à faire un signe.
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août 25, 2008
To be or not to be
Ce midi, à la cafet’, une ménagère de plus de cinquante ans, de style bigot, est venue me saluer avec des airs affectés alors que je déjeunais avec Wilson. Je devais apprendre un peu plus tard que cette brave dame était l’épouse de James Horwell, un de nos plus prestigieux membres bienfaiteurs.
« Dr House ? A t-elle demandé en m’appréhendant. Je tenais à vous féliciter pour votre intervention magistrale et passionnante de l’autre soir.
Je me suis levé, un peu empêtré entre ma canne et la table encombrée, pour lui toucher succinctement la main. Mon regard devait en dire beaucoup plus que ce que la bienséance m’autorisait : j’ai horreur de ce genre de civilité fausse, et d’autant plus lorsque je suis à table.
- C’est bizarre, a-t-elle dit avant de me quitter, me détaillant comme si je sortais d’une fosse à purin. J’ai eu beaucoup de mal à vous reconnaître…
Lorsque je me suis assis à nouveau, et qu’elle se fut un peu éloignée, Wilson, le regard amusé a cru bon de me faire la morale.
- Tu devrais soigner ton look, tu sais, m’a-t-il conseillé. Certains clodos sont encore mieux sapés que toi. Passe encore que tu refuses le port de la blouse, mais les chemises froissées, les t-shirts délavés, ça ne pousse pas vraiment à la confiance.
Prenant un air faussement surpris, j’ai fait mine de m’examiner sous toutes les coutures sans rien trouver à redire.
- Excuse moi de ne pas avoir bâti ma notoriété sur ma façon de porter un complet veston Armani, ai-je répliqué. Est-ce la tenue qui fait le médecin ? Dans quel module ils abordaient la question, déjà, à la fac ?
Wilson a levé les yeux au ciel.
- Je sais bien que le Grand Gregory House se passe de toutes les convenances existantes, a-t-il dit, mais malheureusement l’image est quelque chose de capital. Par exemple, est-ce que tu ferais confiance à un dentiste à qui il ne resterait qu’un malheureux chicot ?
Je venais de mordre dans mon hamburger. Lorsque j’ai répondu, la bouche pleine, Wilson a subrepticement reculé sa chaise.
- Pas si la seule dent qui lui reste est fausse, non.
Dans la foulée, j’ai englouti plusieurs gorgées de mon milk-shake. Wilson me toisait maintenant comme s’il venait de décider que mon cas était désespéré.
- Je trouve ça marrant, cette fixation que vous faites, vous autres, sur les apparences, j’ai continué. Tu sais, moi aussi j’ai mes propres critères, et ils sont tout aussi valables, bien que non fondés sur des considérations hygiéniques ou esthétiques à la mord moi le nœud.
- Je serais curieux de les connaître, a répondu Wilson, amusé.
J’ai englouti une énorme bouchée de donut avant de répondre, les yeux dans les yeux de Wilson.
- La confiance n’est pas une affaire de bon look. Tu te souviens du toubib dans The Love Boat ?
Wilson, moqueur, a réprimé un éclat de rire derrière sa main.
- Adam Bricker… Comment contrecarrer une telle référence ? A-t-il plaisanté.
J’ai pris le même ton docte que celui que j’avais adopté en amphithéâtre deux jours auparavant.
- Je peux t’assurer que pour être un médecin crédible lorsqu’on exhibe aussi pitoyablement ses genoux cagneux en bermuda, faut y aller ! Et je parle même pas du fait qu’il avait peur de son ombre. Ce type était un anti-médecin, quand on y pense.
- Mais dans le cas de The Love Boat, la question de confiance ne se pose même pas : Bricker était le seul généraliste à bord… On était forcément obligé de faire appel à lui.
J’ai secoué négativement la tête, fidèle à mon raisonnement.
- Non. Le fait est que ce type inspirait vraiment confiance. Il aurait pu te convaincre de te monter lui-même, entre deux escales, un anus artificiel à base de cartilages de requins pour une simple crise d’hémorroïdes passagère. Ce type savait amadouer, séduire, persuader, c’est un fait.
- Et tu expliques ça comment ? M’a demandé Wilson, pensif.
- Il avait le truc.
- Le truc ?
- Oui, le petit détail qui fait que l’on est prêt à lui accorder crédit, le genre de chose qui le distingue des autres et qui montre qu’il est fort d’un savoir que les autres n’ont pas.
Et comme Wilson demeurait perplexe :
- Des énormes lunettes, avec une monture écaille, ai-je annoncé fièrement. C’était son signe distinctif. A croire qu’il était né avec tellement elles lui collaient à la peau…
- On peut même dire qu’elles avaient une longueur d’avance sur lui, question croissance, a complété Wilson, gaiement.
- Toujours est il que ce genre de détail a son importance. Sans le savoir, chacun cherche à imposer à la vue d’autrui le truc qui le démarquera automatiquement en tant que médecin. Si on considère que tout le monde est en blouse blanche à l’hôpital, qu’est ce qui différencie un médecin d’un aide soignant aux yeux d’un patient ?
Tout en posant ma question, j’avais entrepris de siphonner le fond de mon gobelet de milk-shake, à grandes aspirations bruyantes, et encore une fois, beaucoup de regards convergèrent vers notre table.
- Les médecins mangent comme des porcs ? A avancé Wilson, un peu mal à l’aise.
De la tête, j’ai fait signe que non, masquant avec peine un rot.
- Tu as ceux qui exhibent leur stéthoscope à longueur de journée, ai-je exposé. Si tu observes Foreman, il l’utilise comme écharpe. Il doit l’enfiler directement après sa cravate, le matin. C’est son truc. En tant qu’homme de couleur il n’aimerait pas qu’on le situe d’office en bas de l’échelle. Chase aussi a eu sa grande période stéthoscope. Il en est revenu pour quelque chose de plus subtil… Mais Chase était un peu à part déjà : il le gardait dans sa poche, ne le sortait que lorsque c’était nécessaire, genre : « Eh salut les gars, je suis toubib mais je suis cool ! »
Wilson, d’un air faussement dépassé, a pris sa tête dans ses mains, sans cesser de sourire. J’ai poursuivi :
- Parmi ceux qui ont aussi opté pour le détail subtil, tu as Taub, Thirteen, Kutner et Cameron. Pour leur part, ils se contentent d’aligner une armada de stylos dans la poche pectorale de leur blouse. Ils disent clairement à qui les regarde : ce qui nous différencie du personnel en blanc, c’est que nous, on rédige des ordonnances. Et il est bien connu que les ordonnances se rédigent de quatre couleurs différentes.
Wilson, gêné, a porté son regard sur sa propre poche, elle-même garnie d’une demi douzaine de feutres à bille. Nos regards se sont croisés, mais je n’ai pas cillé.
- Ce qui m’amène à me poser la question suivante, ai-je enchaîné. Est ce que la bonne image ou la notoriété d'un médecin est accrue par le nombre de stylos présents dans sa poche ? En admettant que ce soit le cas, certains ont beaucoup de souci à se faire, on peut vraiment dire qu’ils ne lésinent pas sur les signes extérieurs. Taub et Chase ont indiscutablement des choses à se prouver, tandis que Cameron a adopté le style détaché, avec seulement un stylo à son palmarès.
J’ai essuyé mes lèvres d’un revers de manche. Wilson me dévisageait d’un air absorbé mais aussi avec une sorte de considération réjouie. Apparemment, je l’avais convaincu.
- Et c’est quoi alors, ton truc, à toi ? M’a-t-il demandé, nonchalamment.
- Moi ? Je me contente de sauver des vies et de faire mouche quatre vingt dix neuf fois sur cent. » Ai-je répliqué.
Il a bien tenté de répondre un truc, mais sa verve habituelle lui a fait faux bond.
J’ai cueilli ma canne qui reposait contre la table, me suis levé, et l’ai planté là, d’un air royal. Parfois, malgré ma patte folle, il m’arrive de me sentir aérien.
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août 23, 2008
On m'espionne
Voici ce que j’ai découvert aujourd’hui sur la BAL de Cuddy. Apparemment elle aurait ouvert ce mail hier, ce qui signifie que sa soit disant retraite n’est qu’un peu de poudre aux yeux : Cuddy continue à veiller sur l’hôpital, et pire, elle a chargé des larbins de me surveiller.
Ce n’est pas tant que ça me dérange. J’ai l’habitude d’être le centre d’intérêt de Plainsboro, j’alimente ainsi grand nombre des rumeurs de couloir et contribue à maintenir un bon degré de franche camaraderie entre les membres du personnel.
Ce qui me tarabuste ce serait plutôt de savoir qui s’est désigné pour accomplir cette tâche. Il s’agit forcément de quelqu’un de « proche ». Je soupçonne en premier lieu tous les membres de mon équipe ou de mon ex-équipe.
Il est à noter que la taupe agit en toute intelligence, en adressant ses mails de manière anonyme, sans signer. La taupe est donc bien informée sur mon compte et sait que je possède tous les mots de passe de Cuddy.
Je ne vous cache pas que je compte mener une enquête et faire vivre un enfer à mon entourage jusqu’à ce que l’un d’entre eux se dénonce, ou même balance un de ses collègues. Foreman est d’ores et déjà en tête de liste.
From : anonymous@plainsboro.com
To : Lisa Cuddy
Cuddy,
Depuis votre départ, quelque chose ne va pas avec House, c'est très perturbant. Vous avez longtemps soupçonné qu'il était dépressif et il se peut qu'aujourd'hui ce soit bien le cas, enfin, c'est une supposition. Il se comporte étrangement. En fait, il se comporte normalement ! Et il n'est pas normal qu'il soit normal puisque la normalité est tout sauf un état normal chez lui ! (Je sais que vous me comprenez)
Il est intervenu lors du colloque comme un orateur mature et responsable ! Comment expliquer ce changement ? Je l'ai surpris avant ce même colloque dans une attitude étrange qui ressemblait au désarroi, à l'abandon, au renoncement. La tête basse l'air abattu. Il est resté longuement comme ça, seul, perdu dans ses pensées. Excusez la faible qualité du cliché, mais je l’ai pris à son insu, avec mon téléphone portable. Je suis convaincue qu'il se passe quelque chose. D'autant qu’il devrait aller mieux, ses rapports avec Wilson se sont améliorés. Sa personnalité a quand même indiscutablement changé.
Ne serait-ce pas des signes de séquelles de sa stimulation cérébrale ? J'avoue que la question se pose.
Tout le monde semble ravi de ce changement, moi, je le trouve préoccupant. Je me demande ce qu'en pense Wilson ?
Cuddy, je pense que vous devriez rentrer au plus vite.
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août 22, 2008
Dave Brubeck - Take Five
A la fac, j’avais une sorte d’ami. Il s’appelait John Prescott. Son père était industriel dans le Maryland, le genre de gars qui se saignait aux quatre veines et qui avait tout misé sur la réussite de ses mômes.
Ce que je reprochais à John c’était de ne pas vivre pour lui-même. Il avait choisi pour voie la médecine parce que c’était gratifiant pour les siens. Depuis son plus jeune âge, une sombre coalition familiale avait décidé de son avenir professionnel. Lorsque j’abordais avec lui la force du conditionnement auquel on l’avait soumis, il me répondait invariablement « que je ne pouvais pas comprendre, puisque je ne pensais qu’à moi-même et n’aimais pas mon père». (Ce en quoi il n’avait pas tout à fait tort).
Quand je dis ami, mettez-y un bémol. Disons que ce qui me rapprochait de Prescott, outre le fait que nous partagions la même chambre sur le campus, c’était son amour immodéré pour la musique, notamment le free jazz. Je suis prêt à parier que Prescott est devenu aujourd’hui un piètre médecin, un de ces généralistes qui exerce par habitude, sans passion, sans chercher plus avant.
Mais lorsque Prescott se mettait au clavier, c’était quelque chose. Une véritable transformation physique s’effectuait tandis qu’il égrenait les notes. Son visage s’illuminait, ses gestes devenaient aériens, ses mains se faisaient souples. Son répertoire s’étendait de Dave Brubeck à Keith Jarreth, du moins pour ce dernier jusqu’au Koln Concert, où nous lui reprochions tous deux de simplement faire ses gammes en public.
Je me souviens qu’une de ses interprétations de Silent Tongues, de Cecil Taylor, m’avait littéralement laissé sur le cul. J’ai bien dû travailler des heures à essayer d’égaler son toucher, mais il n’y avait pas à dire : Prescott avait un don. Mon travail acharné ne porta jamais ses fruits, à mon grand regret.
Un soir que nous étions étendus sur nos lits respectifs, écoutant religieusement les accords planants de Take five, je lui ai fait part de mon désarroi.
Tirant silencieusement sur un joint, il m’a écouté, une expression un peu moqueuse sur le visage.
« Tu as aussi un don que je t’envie, a-t-il dit. Je crois que finalement, on pourrait en tirer partie mutuellement, faire une sorte de deal.
- Je te donne un petit coup de pouce aux prochains partiels et tu me montres comment placer et travailler ma main gauche ? Ai-je suggéré, intéressé.
- Non, a-t-il répondu en sans cesser de sourire. Là, tu évoques un autre de tes dons, mais que je ne t’envie pas celui là… Il n’est pas question de médecine mais de filles.
Je le regardais, sans rien comprendre. Il m’a expliqué patiemment :
- Tu me rencardes simplement avec Lisa. La jolie brunette qui te tourne autour, celle que tout le monde rêve de s’envoyer, sur le campus. C’est clair qu’elle est à ta botte mon vieux, tu devrais voir les regards qu’elle te lance lorsque tu tournes le dos, ou prends la parole en amphi …
- Lisa, Lisa… Murmurais-je pensivement, en essayant de faire appel à mes souvenirs.
- Cuddy ! S’est exclamé Prescott, en faisant mine de caresser son propre torse, comme si des seins opulents venaient d’y pousser par magie.
- Ahh oui ! Me suis-je exclamé. Cuddy. Miss Gros Lolos, Millésime 1987.
J’ai toujours appelé Cuddy, Cuddy. J’ignorais même jusqu’à l’existence de son prénom, en ce temps là. Comme je demeurais étrangement silencieux, Prescott s’est redressé sur un coude pour me regarder.
- Alors ? S’est-il enquis, avec empressement. Tu vas lui parler ? Tu vas m’arranger un rendez-vous avec elle ?
Mes yeux restaient résolument braqués sur le mur d’en face, perdus dans la contemplation d’un poster que j’avais punaisé au-dessus de mon bureau : Jimi Hendrix, en état de transe hypersudatoire, sur scène.
- Je ne sais pas, ai-je répondu mollement.
Prescott, étonné, a ouvert la bouche, puis s’est ravisé. Vexé il a laissé retomber sa tête sur l’oreiller en tapotant nerveusement la cendre de sa marijuana, dans un cendrier posé sur son ventre.
- Je ne t’empêche pas de te la faire, a-t-il dit sèchement, quelques instants après. Je souhaite juste sortir un soir, avoir ma chance avec elle…
- Je ne sais pas, ai-je répété sur le même ton que j’avais employé précédemment.
Prescott, agacé, a posé le cendrier d’un geste sec sur le sol, puis s’est levé avec humeur et a gagné la porte de notre minuscule chambre en quelques pas. Avant de sortir, il m’a lancé un regard froid, blasé, comme si j’étais le type le plus pitoyable du monde.
- Tu peux te gratter pour les cours particuliers ! » A-t-il annoncé d’un ton cinglant, avant de gagner le couloir et de claquer rageusement la porte.
Je suis resté allongé durant un long moment. Je me souviens que lorsque je fermais les yeux, je revoyais le geste de Prescott décrivant Cuddy. J’avais trouvé ça vulgaire, vraiment vulgaire dans le fond. Mais terriblement parlant.
C’était le fameux jour où j’ai renoncé à la perfection de mon toucher jazzy au clavier. C’était peu avant cette fameuse nuit, à Las Végas.
Si je suis d’humeur, un soir, je vous raconterai ça.
21:47 Publié dans Music | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy
août 20, 2008
The Muppet Show
Wilson avait l’air ennuyé hier. L’hôpital organise aujourd’hui un colloque interne destiné à rendre compte à l’ensemble du personnel des conclusions du congrès, qui s’est tenu à Hawaï sur les nouveaux virus et fléaux du XXIème siècle. Lorsque je suis passé devant son bureau, il était plongé dans la rédaction d’une synthèse sur les effets cancérogènes consécutifs aux risques NRBC*.
« Je dois avouer que l’absence de Cuddy me donne du fil à retordre, a-t-il déploré. J’ai un million de choses à boucler avant demain soir, sans compter que je dois assurer la majeure partie de la présentation.
Je me suis emparé de la plaquette qui traînait sur son bureau et l’ai étudiée un court instant.
- Je peux me charger de la partie bactériologique, ai-je proposé.
Il m’a regardé, les yeux ronds.
- House, je t’assure que t’as plus aucune raison de te flageller de la sorte. Passe ton chemin, reprends le cours normal de ta vie, va mater tes pornos, regarder L Word, emmerder ton équipe…
- Je te signale juste que j’assure comme une bête lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses, vu que c’est un peu la spécialisation que j’ai choisie.
- Ca tient la route, a-t-il convenu. Mais une autre de tes spécialités, et pas la moindre, c’est d’éviter tout ce qui pourrait te donner un surcroît de travail ou bien te confronter à un bain de foule. Dans le cas d’un colloque t’auras pas l’un sans l’autre. T’as pas pu changer à ce point en si peu de temps, House…
Calé contre son dossier, il me considérait avec suspicion.
- Je prends de l’âge, ai-je dit avec conviction. Ma crise d’ado a pris fin hier. Je me suis décidé à ne pas me relâcher au second trimestre pour ne plus être privé de Nintendo DS. J’aimerais tellement que tu sois enfin fier de moi, papa.
Il a secoué la tête, partagé entre amusement et doute, et m’a tendu d’un air résigné une partie du compte-rendu du congrès.
- Je ne suis pas en position de refuser de l’aide, de toute façon, a-t-il admis. Et j’espère que je n’aurai pas à le regretter…
J’ai calé le dossier sous mon bras, repris ma canne et ai lancé joyeusement en quittant son bureau :
- Je pars réviser dans ma chambre. Je te garantis un A+ ! »
Lorsque, après un bref passage chez moi, j’ai débarqué ce soir, dans l’amphithéâtre plein à craquer, vêtu d’un smoking noir impeccable, j’ai bien cru que Chase allait se prendre les pieds dans sa mâchoire inférieure. Cameron m’a lancé un long regard appréciateur et s’est chargée de rectifier mon nœud-pap’. Je m’attendais à tout moment à ce qu’elle m’ébouriffe les cheveux ou qu’elle me pince la joue.
Il y avait là tout le gratin de Plainsboro. Tous les vieux croûtons du CA, toutes les éminences, dans les premiers rangs. Le programme annonçait une dizaine d’interventions de quinze minutes chacune, assurées par les médecins et professeurs présents au congrès. Wilson, habillé en pingouin à l’allure très smart, présidait avec beaucoup de zèle. L’absence de Cuddy n’en était que plus remarquable.
Finalement, j’étais le seul intrus de la bande, et ce pour plusieurs raisons. Je crois bien que personne ne m’avait plus vu (depuis que Vogler m’avait mis le couteau sous la gorge) assurer une quelconque conférence. Lorsque Wilson, avec un air spectaculaire, a annoncé « la contribution du Dr House », les applaudissements étaient chargés d’une sorte de dissonance pleine de perplexité.
La tension était à son comble. A la manière dont l’auditoire me toisait, on aurait pu penser que j’étais moi-même un des fléaux dont j’allais parler.
« Mes bien chers confrères, mes chères consoeurs, ai-je commencé. C’est un honneur pour moi de vous faire part des dernières directives concernant la protection des populations civiles, mises en vigueur depuis les attentats du 11 septembre 2001, date marquant un tournant décisif au niveau de la prise de conscience mondiale du risque terroriste encouru.
Les cas de maladie du Charbon survenus peu après les attentats confirment l’existence de failles dans la détection de micro-organismes dangereux. Mon intervention, en trois points, sera axée sur des cas pratiques d’épidémies de variole. Le plan Biotox prévoit en effet une part de prévention, une partie concernant la surveillance et l’alerte, pour enfin aboutir aux mesures d’intervention en cas de crise. »
Je crois que je vais quand même vous épargner la suite. Retenez juste que les membres du personnel qui ont l’habitude de me côtoyer en sont tous restés comme des ronds de flan. Dans le fond, ils étaient plus captivés par l’idée de trouver une faille dans mes propos ou dans ma tenue, que par mon discours lui-même. Mon équipe affichait une sorte de fierté totalement déplacée, sauf Foreman, bien sûr, qui aurait bien voulu me piquer la place.
Lorsque Wilson est venu me rejoindre pendant le buffet, une flamme d’incrédulité scintillait dans son regard.
« J’ai de bonnes raisons de penser que mon ami House a été enlevé par des extraterrestres, a-t-il plaisanté alors qu’il nous commandait deux Bourbon au bar. Je ne sais pas trop si je dois me réjouir ou m’inquiéter, en fait. C’est vraiment déroutant.
Comme je ne répondais pas, il a enchaîné :
- Je me demande si la qualité de ton intervention n’a pas quelque chose à voir avec l’absence de Cuddy. C’est vrai, finalement. Lorsqu’elle n’est pas là, tu n’as plus à te faire remarquer, tu te fonds dans la masse, comme le reste du personnel.
- L’univers ne tourne pas autour de Cuddy, me suis-je défendu d’un air renfrogné. Et même si c’était le cas, je suis ce qu’on appelle un électron libre.
- Libre ou pas, l’électron n’en est pas moins rattaché à l’univers, et agit en conséquence… Tu ne m’ôteras pas de l’esprit que ce qui s’est passé ce soir est lié à son départ. C’était peut-être ta façon de te racheter ? »
S’il croyait que j’allais répliquer à ça, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Pour toute réponse je lui ai tourné le dos et ai cueilli ma canne au passage. Je suis allé traîner un peu en retrait de la foule, j’ai pris le temps de siroter quelques verres, jusqu’à ce qu’Ellie me retrouve et se propose de me raccompagner chez moi.
Elle m’avait trouvé -soit disant- très sexy en smoking et tenait à me montrer jusqu’à quel point.
(* Nucléaires Radiologiques, Biologiques et Chimiques).
21:41 Publié dans Impressions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : house, cuddy, wilson
août 19, 2008
extrait du journal de Cuddy
Je sais que beaucoup désapprouveront cette démarche, mais j’avais envie de comprendre. Récupérer les mots de passe de Cuddy est toujours un jeu d’enfant. Encore une fois, je n’ai pas eu à soudoyer qui que ce soit au service informatique.
Rien n’explique sa réaction, sa fuite soudaine dans le Michigan. Je crois lire ici quelque chose qui ressemble à de la culpabilité, mais je doute fort que ce soit le cas. Je pencherais plutôt pour une Cuddy qui ne supporterait pas l’idée d’avoir été faillible.
Je dois avouer que toute cette histoire me travaille. Wilson refuse de m’en dire plus. Bikyel se contente de m’appâter au compte-gouttes. Je n’ai finalement que des suppositions, et un immense désarroi.
Extrait de Cuddy : http://www.mydiary.com/*********
Identify : Lisa-C
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Je ne suis pas quelqu’un d’acariâtre ou de pulsionnel, mais la nuit dernière j’aurais pu tuer Gregory House.
J’aurais voulu lui arracher ce qui lui sert de cœur pour mieux le cuisiner ensuite avec une petite sauce à l’ail ou flambé au cognac.
Je crois que je l’ai blessé. Physiquement je veux dire…
Pour le reste c’est impossible.
J’ai dérapé…je me suis laissée aller à une sorte de crise de démence.
Pourtant la soirée avait bien commencé et je me sentais pleine d’indulgence, prête à alléger ces ridicules sessions disciplinaires.
Après tout, en son temps, j’ai moi aussi cédé à l’insistance de House et participé à un concours top et jupes très très courtes…
Quand je pense au soin pris à choisir ma tenue pour le lendemain, cette envie que j’avais de valoriser mon bronzage….
Quelle idée imbécile ce masque!!
Un de ces odieux masques réparateurs - destiné à effacer les ridules dont m’avait prévenue House avant mon départ.
Évidemment il a choisi ce moment -fatal entre tous- pour surgir dans mon salon comme un diable d’une boite en fer blanc.
Après ça, il a tout gâché… Je ne sais même plus ce qu’il m’a dit, mais il était encore question de mon désir de maternité. Il sait piquer exactement où ça fait mal, oh ça oui.
Me reste juste la fureur… l’ écoeurement et un sentiment d’énorme gâchis.
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août 18, 2008
Midi
A midi, à la cafétéria, il est venu s’asseoir face à moi. Je suis resté silencieux, un moment, à l’étudier, alors que lui demeurait plongé dans la contemplation de son gobelet de café. Nous devions ressembler à un couple de gays en pleine débâcle. Beaucoup de regards inquisiteurs convergeaient vers nous.
« J’aimerais que tu te taises et que tu me laisses parler, a-t-il déclaré alors que je n’avais même pas encore ouvert la bouche.
De la tête, j’ai fait signe que oui. Il avait l’air décidé, mais extrêmement mal à l’aise.
- Je veux que tu saches que tout ça me bouffe, Greg. Je ne sais pas vraiment où j’en suis, mais je crois que je suis sur le point de renoncer à tenter de comprendre pourquoi c’est arrivé. Je crois que j’ai investi trop d’énergie à essayer de refaire le film, j’ai décidé de l’utiliser à meilleur escient. Je ne veux plus cultiver de rancoeurs, de ressentiments, tout ça n’a que trop duré.
Il a bu une gorgée de café. J’ai bien vu qu’il déglutissait avec peine et n’osait toujours pas me regarder en face.
- J’ai eu besoin d’un certain temps pour comprendre qu’il n’y avait rien à pardonner. Ce qui s’est passé n’est pas plus injuste que ce qui arrive chaque jour à des milliers de gens. Ce n’est pas parce que c’est arrivé à moi que les choses diffèrent. J’ai saisi ce matin que je me suis comporté comme un idiot, que je me croyais plus intouchable que le reste du monde, tout ça sans doute parce que je passe mon temps à soigner, essayer de guérir les autres. Mon statut de médecin ne me dispense pas de mon lot de souffrances, comme tout un chacun. J’ai fait preuve d’une sorte d’orgueil à me situer en dessus des lois terrestres…
Il a tripoté pensivement la paille de son gobelet en carton, la faisant coulisser quelques instants dans son orifice, avant de la sortir tout à fait et de la froisser nerveusement entre ses doigts. Je ne savais pas s’il avait terminé ou pas, mais dans le fond, je n’avais rien à rajouter.
- Il… Il m’arrive encore de t’en vouloir, a-t-il péniblement continué. Lorsque c’est le cas, je tente de rationaliser, de me dire que c’est insensé. En même temps, c’est tellement humain. La rancune que je t’ai vouée ces derniers mois n’a pas été vaine. Il me fallait te haïr pour atteindre un certain stade, il fallait une raison à cette tragédie. Tu étais là quand c’est arrivé. La cause était toute trouvée. C’était si facile, au fond…
J’ai expiré un peu plus fort que je ne l’aurais voulu. Croyant sans doute que j’allais prendre la parole, il a levé la main, paume dirigée vers moi.
- Attends encore une minute… Je veux conclure en t’assurant que je sais, que tu t’es senti coupable, ne serait-ce que par rapport à elle. Je te connais, Greg, je sais que tu ne l’avoueras jamais à personne mais toi aussi tu as douté et essayé de refaire le film, remettant même en question ton talent de diagnosticien… C’est à mon tour de me sentir fautif maintenant, d’avoir mis cette responsabilité sur tes épaules. Je ne sais pas comment on va s’en sortir, toi et moi, maintenant que le mal est fait, mais on est suffisamment intelligents pour surmonter ça, non ?
Il m’a regardé à ce moment là et a esquissé un pauvre sourire. J’ai senti le poids immense qui me tenaillait depuis des mois quitter mon corps. J’avais la gorge sèche, nouée, et mes yeux – irrémédiablement humides- ne quittaient pas les siens. J’ai hoché affirmativement la tête, c’est tout ce que j’ai pu faire.
L’espace de quelques secondes, je l’ai retrouvé. L’éclat terne qui animait désormais son regard a fugacement disparu. Il m’a offert le meilleur sourire qu’il était capable de donner, compte tenu des circonstances, puis, tendant la main, il a avisé mon plat de frites à peine entamé devant moi. Sans trop réfléchir à ce que je faisais, j’ai poussé l’assiette au centre de la table, pour lui faciliter la tâche, avant de piocher dedans à mon tour.
Elles étaient froides, mais juré, c’était les meilleures de ma vie.
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