août 31, 2008

Cuddy et le syndactyle

Hier matin, j’ai saisi Cameron par les poignets, l’espace de quelques secondes, entre deux portes. Je me suis assuré que son souffle se faisait court avant de planter mon regard dans le sien et de l’attirer légèrement vers moi. A l’intérieur de mes paumes, je pouvais sentir les pulsations irrégulières de son cœur battant la chamade. Elle me dévisageait sans comprendre, troublée, la gorge serrée.

 

« Allez droit au but ! M’a-t-elle intimé d’une voix mal assurée, une lueur de méfiance animant ses prunelles.

 

A-t-elle senti que je me haïssais à cet instant ? Je ne devais pas avoir l’air aussi sûr de moi qu’il ne l’aurait fallu, sans doute.

 

- Je veux le numéro de Cuddy dans le Michigan, ai-je marmonné, sans la lâcher pour autant.

 

- Pourquoi ne pas le demander à Wilson ou à Foreman ? A-t-elle répondu, un sourire acerbe sur les lèvres.

 

- Quand j’ai essayé de les peloter aux vestiaires, ils m’ont mis une droite.

 

- Et vous espérez que votre numéro de charme marchera avec moi ?

 

- Un peu, ai-je admis, en faisant mine d’y réfléchir sérieusement.

 

Elle a choisi de ne pas prendre la mouche, m’a soufflé de la lâcher, ce que j’ai fait avec délicatesse, sans reculer pour autant. Quiconque serait passé par là à ce moment précis, aurait été rapporter à Chase que je flirtais ouvertement avec sa dulcinée dans les recoins de Plainsboro, mais je n’étais plus à une rumeur près.

 

- Vous… êtes vraiment un enfoiré ! » A-t-elle laissé échapper après mûre réflexion.

 

J’ai hoché affirmativement la tête, mais j’ai noté au passage qu’elle aussi, n’avait pas l’air si sûre d’elle. Elle m’a encore considéré quelques instants avant de dégainer son portable de la poche intérieure de sa blouse avec un soupir rageur. J’avais gagné.

 

 

Une fois rentré chez moi, j’ai tourné en rond la majeure partie de la soirée. Je me suis servi un verre, puis un autre, ai plaqué quelques accords de Bobby Short, ai regardé une rediffusion de The twilight zone. Lorsque j’ai décidé que ce cirque avait assez duré, je me suis emparé de mon cellulaire qui traînait sur la table basse.

 

Elle a décroché presque aussitôt, mais n’a pas prononcé un mot. Prenant une grande inspiration, laquelle était silencieuse, je me suis lancé.

 

« Cuddy ? Ai-je demandé, d’une voix aussi neutre que possible.

 

- Docteur House ?

 

Le ton employé était habituel. Je veux dire par là trop habituel. On aurait pu penser que nous nous étions quittés la veille en d’excellents termes professionnels, sur une chaleureuse poignée de mains. Rien de plus.

 

- J’ignorais vous avoir donné mon numéro personnel à l’hôtel, a-t-elle poursuivi immédiatement. Pourtant, je ne pense souffrir d’aucun trouble de mémoire…

 

J’ai ouvert la bouche pour répliquer. Je devais bien avoir une ou deux fausses excuses à fournir, mais elle m’a coupé aussitôt.

 

- Ceci dit vous tombez bien, je comptais vous contacter avant ma reprise et vous m’épargnez cette peine. J’ai reçu un nombre important de félicitations concernant votre intervention à la conférence. Tirons parti de ce succès pour redorer le blason de Princeton Plainsboro. L’affaire concernant les rats à la cafétéria et celle de la grève sont encore trop fraîches dans les esprits. Vous allez publier un article. Je vous donne un délai de trois semaines pour l’écrire, et je précise seul. Je me suis engagé auprès de nombreuses revues médicales, quant à Will, je veux dire, le Professeur Lurie, il a déjà pris les contacts nécessaires pour une nouvelle conférence début octobre. Conférence qui reprendra l’essentiel de votre intervention et permettra d’ouvrir sur de nouvelles réflexions. Des changements s’amorcent autour de nous, House, et il est grand temps que de notre côté à l’hôpital nous prenions part à ces évolutions.

 

 

Les accents de sa voix étaient péremptoires, incisifs. Règlement de comptes ? Je restais figé, campé sur ma canne au beau milieu de la pièce, sans rien trouver à répliquer. Il était rare que Cuddy me désarçonne de cette façon. Un silence à couper au couteau s’instaura entre nous, après cette tirade grandiloquente et désincarnée. C’était tout juste si sa respiration légèrement irrégulière me parvenait.

 

- Puis je me permettre de prendre des nouvelles de votre famille ou de votre santé ? J’ai demandé, un peu obséquieusement.

 

- Pas plus que je n’en prendrai de la votre, Dr House.

 

Au son de sa voix, je devinais qu’elle souriait. Sûrement pas de manière heureuse, mais quelque chose qui se rapprochait plutôt d’un sourire de convenance. Notre dialogue prenait une tournure inquiétante.

 

- Lisa… Ai-je commencé maladroitement, assez déconcerté.

 

Je ne l’avais plus appelée Lisa depuis cette fameuse nuit à Las Vegas, vingt ans auparavant. Ma tentative était grotesque et sa réaction ne se fit pas attendre.

 

- Vous ne pouvez déjà plus compter sur votre infirmière perso, que vous vous raccrochez à nouveau à vos vieilles racines ? M’a-t-elle interrompu, moqueuse et … oui, désobligeante.

 

Encore un silence. J’ai deviné qu’elle luttait pour garder tout son calme.

 

- Je me suis fort bien passée de votre présence pendant ces trois semaines. Vous aussi d’après ce qu’on m’a rapporté, a-t-elle déclaré. Personnellement je compte continuer sur ma lancée pour des années à venir. Il est temps de lâcher prise House, sincèrement, c’est ce que je souhaite.

 

- Permettez moi d’en douter, ai-je risqué. Vos espions disséminés un peu partout dans mon entourage me prétendent exactement le contraire. J’ai découvert, pas plus tard qu’hier que j’avais partagé la couche de Mata Hari en personne…

 

- Je suis la doyenne de Princeton Plainsboro et je me dois de veiller sur mon hôpital, même à distance, a-t-elle tranché. Vous êtes, sans doute, à la fois la personne la plus nuisible et la plus utile de cet établissement. En d’autres temps je serais partie les yeux fermés sachant Wilson à vos cotés. Cette fois Mademoiselle Kats a été la personne la plus proche de vous… avec votre call-girl attitrée. Je vous laisse deviner quel a du être mon choix…

 

Ma main s’est crispée sur le pommeau de ma canne tandis qu’une voix intérieure s’alarmait : Où êtes vous  passée, Cuddy ? Comment avez-vous pu changer autant ? Qu’avez-vous à gagner à être si dure ?

 

- Puis-je au moins prendre des nouvelles du climat dans lequel vous vous trouvez ? Ai-je sollicité d’un ton mordant. Il doit faire frisquet, par chez vous, si on en croit votre humeur glaciale. Il semblerait que la chaleur emmagasinée à Hawaï vous fasse maintenant cruellement défaut…

 

Elle m’a interrompu d’un rire narquois, piquant à souhait.

 

- Cessez de vous projeter, House. Je n’ai jamais été aussi bien. Vous n’avez même pas idée de combien ce petit séjour m’aura été profitable…

 

Un léger bruit à l’autre bout du fil, une sorte de voix masculine étouffée, m’indiqua qu’elle n’était pas seule dans la chambre. Il était question d’heure et de réservation. J’ai deviné qu’elle s’activait, sans doute ramassait-elle ses affaires ou enfilait-elle une veste.

 

- Je vous laisse, Docteur House. Je dois sortir. Nous nous retrouverons probablement lundi à l’hôpital. »

 

Tandis qu’elle raccrochait, et que je demeurais silencieux, je l’ai distinctement entendue répondre d’une voix mélodieuse : « Oui, j’arrive mon chéri. J’ai terminé. »

 

William Lurie, mon syndactyle ami, devait se trouver avec elle. Sans doute allaient-ils au restaurant, compte tenu de l’heure. Où alors l’emmenait-il danser ? J’ai préféré ne pas m’attarder sur la question. Je suis allé m’avachir sur le canapé, perdu dans mes pensées, sans vraiment prêter attention aux programmes de télévision qui défilaient devant mes yeux. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit d’appeler Wilson, ni celle de me resservir un verre.

Commentaires

_______________________________
Greg, il vous faut réagir au plus vite avant qu'il ne soit trop tard si vous voulez avoir une chance de pouvoir a nouveau sentir " Lisa " entre vos bras !( meme si la tendresse n'est pas votre meilleure amie ! ) Il est clair que Cuddy a changé durant ce sejour mais est-ce en bien ou en mal ? Je pencherais plutot pour la seconde solution. A ses yeux elle se voit peut-être se sentir mieux, loin du travail, loin du Plainsboro, ... loin de vous, mais je pense qu'elle essaie simplement de s'en persuader, pour ne pas s'avouer qu'elle a besoin de votre être ....

Laura

Ecrit par : Laura | août 31, 2008

__________________________________
Cuddy a autant besoin de moi qu'un unijambiste d'une paire de rollers, Laura. Cuddy est toute à son nouveau bonheur, d'autant plus qu'il s'est fait attendre.
Il est temps que je lâche prise aussi, que j'autorise Cuddy à vivre. Les seules compétences qu'elle exige de moi dorénavant sont professionnelles.
Dans le fond, tout s'arrange. Wilson est revenu. Cuddy prend sa vie en main. Il est grand temps que j'en fasse de même.
A ce détail près que je ne sais pas quel sens donner à mon existence. Me contenter de sauver des vies ? Certes, c'est déjà pas si mal, et ça me permet de m'amender pour tous les chaos que je génère autour de moi.
Encore quelques vies, et mon existence n'aura pas été si vaine que ça, dans le fond.

Ethyliquement,

Ecrit par : Greg House | août 31, 2008

_________________
Il y a des personnes qui font parties d'un équilibre malgré elles. Et quand ce "rôle" devient trop pesant, elles prennent un peu de distance !

Peut être que tout finira par revenir à la normale, après tout personne ne change !

(La vodka ne me réussit pas, j'ai besoin de quelque chose de plus fort)

aussi sobrement que possible,

Ecrit par : lilla | août 31, 2008

______________________________
Très cher, je n'ai pas pu commenter depuis un bon moment pour cause de 'maladie' internet... Je ne sais pas ce qui se passe à Tara en ce moment, mais tout part à vau-l'eau. Et il semblerait que ce ne soit pas vraiment différent de votre côté !
Premièrement, je suis obligée de vous dire que je vous avis prévenu...cette Ellie me semblait trop parfaite. Elle cachait forcément quelque chose... Comme le disait ce cher Rhett, lorsque quelque chose semble trop beau pour être vrai, c'est sûrement le cas.

Mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller, que diable ! Laissez tomber ce Jack Daniel, relevez la tête et sautez dans un avion. Vous m'inquiéter. Qu'est-ce que c'est que ce défaitisme, cette fausse résignation ? Depuis quand Gregory House abandonne-t-il ? Si vous commencez à baisser les bras, vous n'aurez plus le courage de les relever -surtout imbibé d'alcool- et combien de patients vont y laisser la peau ? Non, il faut cesser de geindre, mon cher. Retroussez vos manches. Vous n'allez tout de même pas laisser cette femme épouser un hybride de canard et avoir une portée de canetons aux pieds palmés et au nom de famille stupide ? Lurie Junior, vous imaginez ça ?
Greg, je connais les femmes de tête et ambitieuses : j'en suis une moi-même, bien que les hommes aient trouvés d'autres qualificatifs moins élogieux pour mon comportement. Elles font comme si elles n'avaient besoin de personne, surtout pas des hommes qui leur veulent du bien, mais elles n'attendent que cela, quelqu'un qui les soulage de leur responsabilité et leur fasse des enfants. Même lorsqu'elles n'ont pas, au départ, un instinct maternel très poussé (je ne me souviens plus du prénom de mes deux premiers enfants...mais la fille de Rhett-notre Bonnie- me manque cruellement) Bien, avec un peu de chance vous ne serez pas obligé d'en arriver là...mais il est temps de planifier la riposte. Le plan anti-Lurie doit se mettre en marche très rapidement.

Sur ce, je vous laisse, on me signale que Rhett aurait été aperçu du côté de l'Irlande. Cette fois, il ne m'échappera pas, foi de Scarlett o'Hara.

PS : Je suis vraiment ravie que Wlson soit revenu à de meilleures dispositions à voitre égard... L'amitié est ce qu'il y a de plus important. Mon amie, Mellie, qui me rappelle incroyablement cette Cameron, avait coutume de dire que l'amitié servait à faire sécher les larmes que l'amour fait couler. Ne prenez pas cela au pied de la lettre, bien sûr. PLeurer en public est aussi humiliant que de se retrouver sans terre, mais ce Wilson pourrait faire un allié de premier choix dans la guerre contre Lurie !

Bien à vous,

Ecrit par : Scarlett | août 31, 2008

________________________________
Désolée je n'en ai pas sous la main... Mais j'avoue que sinon les violons auraient vraiment été de circonstance! Si même Wilson ou encore ce Jack D. abondonnent leurs rôles de kleenex... Que va-t-il donc vous arriver, pauvre petite chose abandonnée aux humeurs de ce monde?!

Ironiquement,

Bikyel

PS : Sérieusement, si vous vous posez des questions concernant l'humeur de Cuddy je vous renverrais aux caractéristiques du boomerang... En général quand il revient c'est plus rapidement et souvent plus durement que lors de l'envoi.

Ecrit par : Bikyel | septembre 01, 2008

Les commentaires sont fermés.