août 20, 2008

The Muppet Show

 

 

 

Wilson avait l’air ennuyé hier. L’hôpital organise aujourd’hui un colloque interne destiné à rendre compte à l’ensemble du personnel des conclusions du congrès, qui s’est tenu à Hawaï sur les nouveaux virus et fléaux du XXIème siècle. Lorsque je suis passé devant son bureau, il était plongé dans la rédaction d’une synthèse sur les effets cancérogènes consécutifs aux risques NRBC*.

 

« Je dois avouer que l’absence de Cuddy me donne du fil à retordre, a-t-il déploré. J’ai un million de choses à boucler avant demain soir, sans compter que je dois assurer la majeure partie de la présentation.

 

Je me suis emparé de la plaquette qui traînait sur son bureau et l’ai étudiée un court instant.

 

- Je peux me charger de la partie bactériologique, ai-je proposé.

 

Il m’a regardé, les yeux ronds.

 

- House, je t’assure que t’as plus aucune raison de te flageller de la sorte. Passe ton chemin, reprends le cours normal de ta vie, va mater tes pornos, regarder L Word, emmerder ton équipe…

 

- Je te signale juste que j’assure comme une bête lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses, vu que c’est un peu la spécialisation que j’ai choisie.

 

- Ca tient la route, a-t-il convenu. Mais une autre de tes spécialités, et pas la moindre, c’est d’éviter tout ce qui pourrait te donner un surcroît de travail ou bien te confronter à un bain de foule. Dans le cas d’un colloque t’auras pas l’un sans l’autre. T’as pas pu changer à ce point en si peu de temps, House…

 

Calé contre son dossier, il me considérait avec suspicion.

 

- Je prends de l’âge, ai-je dit avec conviction. Ma crise d’ado a pris fin hier. Je me suis décidé à ne pas me relâcher au second trimestre pour ne plus être privé de Nintendo DS. J’aimerais tellement que tu sois enfin fier de moi, papa.

 

Il a secoué la tête, partagé entre amusement et doute, et m’a tendu d’un air résigné une partie du compte-rendu du congrès.

 

- Je ne suis pas en position de refuser de l’aide, de toute façon, a-t-il admis. Et j’espère que je n’aurai pas à le regretter…

 

J’ai calé le dossier sous mon bras, repris ma canne et ai lancé joyeusement en quittant son bureau :

 

- Je pars réviser dans ma chambre. Je te garantis un A+ ! »

 

Lorsque, après un bref passage chez moi,  j’ai débarqué ce soir, dans l’amphithéâtre plein à craquer, vêtu d’un smoking noir impeccable, j’ai bien cru que Chase allait se prendre les pieds dans sa mâchoire inférieure. Cameron m’a lancé un long regard appréciateur et s’est chargée de rectifier mon nœud-pap’. Je m’attendais à tout moment à ce qu’elle m’ébouriffe les cheveux ou qu’elle me pince la joue.

Il y avait là tout le gratin de Plainsboro. Tous les vieux croûtons du CA, toutes les éminences, dans les premiers rangs. Le programme annonçait une dizaine d’interventions de quinze minutes chacune, assurées par les médecins et professeurs présents au congrès. Wilson, habillé en pingouin à l’allure très smart, présidait avec beaucoup de zèle. L’absence de Cuddy n’en était que plus remarquable.

 

Finalement, j’étais le seul intrus de la bande, et ce pour plusieurs raisons. Je crois bien que personne ne m’avait plus vu (depuis que Vogler m’avait mis le couteau sous la gorge) assurer une quelconque conférence. Lorsque Wilson, avec un air spectaculaire, a annoncé « la contribution du Dr House », les applaudissements étaient chargés d’une sorte de dissonance pleine de perplexité.

La tension était à son comble. A la manière dont l’auditoire me toisait, on aurait pu penser que j’étais moi-même un des fléaux dont j’allais parler.

 

« Mes bien chers confrères, mes chères consoeurs, ai-je commencé. C’est un honneur pour moi de vous faire part des dernières directives concernant la protection des populations civiles, mises en vigueur depuis les attentats du 11 septembre 2001, date marquant un tournant décisif au niveau de la prise de conscience mondiale du risque terroriste encouru.

Les cas de maladie du Charbon survenus peu après les attentats confirment l’existence de failles dans la détection de micro-organismes dangereux. Mon intervention, en trois points, sera axée sur des cas pratiques d’épidémies de variole. Le plan Biotox prévoit en effet une part de prévention, une partie concernant la surveillance et l’alerte, pour enfin aboutir aux mesures d’intervention en cas de crise. »

 

Je crois que je vais quand même vous épargner la suite. Retenez juste que les membres du personnel qui ont l’habitude de me côtoyer en sont tous restés comme des ronds de flan. Dans le fond, ils étaient plus captivés par l’idée de trouver une faille dans mes propos ou dans ma tenue, que par mon discours lui-même. Mon équipe affichait une sorte de fierté totalement déplacée, sauf Foreman, bien sûr, qui aurait bien voulu me piquer la place.

Lorsque Wilson est venu me rejoindre pendant le buffet, une flamme d’incrédulité scintillait dans son regard.

 

« J’ai de bonnes raisons de penser que mon ami House a été enlevé par des extraterrestres, a-t-il plaisanté alors qu’il nous commandait deux Bourbon au bar. Je ne sais pas trop si je dois me réjouir ou m’inquiéter, en fait. C’est vraiment déroutant.

 

Comme je ne répondais pas, il a enchaîné :

 

- Je me demande si la qualité de ton intervention n’a pas quelque chose à voir avec l’absence de Cuddy. C’est vrai, finalement. Lorsqu’elle n’est pas là, tu n’as plus à te faire remarquer, tu te fonds dans la masse, comme le reste du personnel.

 

- L’univers ne tourne pas autour de Cuddy, me suis-je défendu d’un air renfrogné. Et même si c’était le cas, je suis ce qu’on appelle un électron libre.

 

- Libre ou pas, l’électron n’en est pas moins rattaché à l’univers, et agit en conséquence… Tu ne m’ôteras pas de l’esprit que ce qui s’est passé ce soir est lié à son départ. C’était peut-être ta façon de te racheter ? »

 

S’il croyait que j’allais répliquer à ça, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Pour toute réponse je lui ai tourné le dos et ai cueilli ma canne au passage. Je suis allé traîner un peu en retrait de la foule, j’ai pris le temps de siroter quelques verres, jusqu’à ce qu’Ellie me retrouve et se propose de me raccompagner chez moi.

 

Elle m’avait trouvé -soit disant- très sexy en smoking et tenait à me montrer jusqu’à quel point.

 

 

 

(*  Nucléaires Radiologiques, Biologiques et Chimiques).

 

Commentaires

Hi there,

Je ne vous cache pas qu'il y en a une qui a "presque" recraché, ceci dit trés joliment, son verre de Bloody Mary en entendant ça... J'avoue avoir moi-même hésité entre un éclat de rire ou tout simplement fuir à la recherche de l'abri anti-atomique le plus proche : n'est ce pas un des signes annonciateur de l'apocalypse?

Bikyel

Ecrit par : Bikyel | août 21, 2008

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Toutes mes félicitations... Vous avez été un véritable héros aujourd'hui, rappelant au monde entier -ou du moins à un amphi plein- que la médecine n'est rien sans vous. Et que votre réputation de génie n'est pas un mythe...
Maintenant j'ai tout de même une question : s'agit-il encore d'un de vos plans machiavélique pour faire revenir Cuddy par le premier avion, persuadée que votre cerveau a encore des faiblesses, et ensuite lui rappeler à quel point elle vous est redevable pendant les dix prochaines années ?

Ecrit par : Scarlett | août 21, 2008

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House, j'ai cru comprendre que vous ne faisiez jamais rien pour rien. Alors pour que vous fassiez quelque chpse d'aussi étonnant, c'est que votre but final est d'envergure.

Je ne dirai qu'une chose:...
Bikyel, auriez vous une place en plus dans votre abri anti-atomique?

Ecrit par : Elsa | août 21, 2008

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Un abris anti-atomique, pourquoi faire? Pourquoi vouloir fuir une situation qui ne nous concerne pas ? Pourquoi ne pas se contenter d'observer tout ça de loin si vous n'avez rien d'autre a faire? Greg, je n'ai pas pu assister a votre discour mais vous avez apparement étonné tout le monde... Étrange non? Pour la peine je vais boire un autre chupittos en l'honneur de votre verve! Salute! Lilla

Ecrit par : lilla | août 22, 2008

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Vous êtes toutes aussi pointilleuses que Wilson à toujours vouloir trouver une explication à ce que je fais !
En admettant que le sujet m'ait intéressé tout simplement et que j'ai vraiment eu envie de participer, pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ?
Vous semblez oublier que ce sont les conférences, en partie, qui ont contribué à ma réputation. Il y a eu un temps où je m'y adonnais régulièrement, et à l'époque, il n'était même pas question de Cuddy.
Quelles bandes de mégères vous faîtes, quand même... (Je place Wilson dans le lot)

Dédaigneusement,

Ecrit par : Greg House | août 22, 2008

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Vouloir trouver une explication à ce que vous faites? Certainement pas! Certes, il y a une explication rationnelle pour chaque chose mais de là à vouloir percer les vôtres... Quoique le fait que vous refusiez d'y trouver une explication sous jacente en dit bien plus encore.

Il n'est pas nécessaire je crois que j'explicite cela, puisque que vous semblez apprécier nos talents de mégères. Mais après tout, il n'est pas nécessaire qu'un auteur comprenne ce qu'il écrit: les critiques se chargeront de le lui expliquer. Heureuse coïncidence, vous êtes extrêmement doué pour les critiques.

Ecrit par : Bikyel | août 22, 2008

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S'il y a une chose que j'apprécie particulièrement, vous devez le savoir, ce sont les oies blanches "avec des airs de ne pas y toucher". Je vous nomme Grande Reine des Oies, Bikyel. Sirotez bien vos Bloody mary dans le Michigan en contemplant les couchers de soleil sur les grands lacs. Je ne doute pas que le rôle de dame de compagnie soit celui qui vous sied le mieux.
Et puisque vous sous entendez encore que vous êtes en contact avec la Reine Mère, passez lui mes amitiés.

Ecrit par : Greg House | août 22, 2008

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