juillet 31, 2008

Deuxième salve : appel à pétition

Aujourd’hui, plus que jamais, je me suis souvenu des raisons pour lesquelles j’ai aimé Stacy.

Il fallait la voir tout à l’heure en Commission d’éthique, l’œil flamboyant, la lèvre plosive, son joli petit cul subtilement moulé par un tailleur Stephen Burrows. Les pros de la déontologie en perdaient eux-mêmes leur latin, triturant leurs barbiches, embuant les verres épais de leurs binocles.

Plusieurs fois, elle s’est levée, manquant renverser sa chaise, pour pointer un doigt rageur sur eux, par-dessus la table. Je n’ai jamais vraiment su si ça faisait partie de sa stratégie ou non, d’exposer aussi abruptement ses formes à l’attention de son auditoire.

A ses côtés, j’ai choisi d’adopter l’attitude du gentleman affecté. De la pointe de ma canne, je ponctuais chacune de ses phrases par un petit staccato sur le parquet.

 

« Arrête ça, Greg ! M’a-t-elle soufflé, excédée.

 

L’histoire du texan au trou de balle douillet a été vite torchée, si vous me passez le jeu de mots. Une lettre écrite de la main de sa chère épouse nous aura été d’un grand secours. Kutner a également fait une brève apparition, pour corroborer les dires. Il est ensuite sorti de la salle en m’adressant un clin d’œil, pensant que mon affaire s’arrêtait là.

 

C’est à ce moment là que Stacy s’est déchaînée.

 

- J’aimerais maintenant savoir quand mon client pourra recouvrir son droit à exercer ? A-t-elle demandé avec fougue.

 

Entendre la femme avec qui vous avez partagé cinq années de votre vie et dont vous avez exploré toute la réactivité de la zone Grafenberg vous appeler son client comporte indéniablement quelques petits aspects excitants.

 

- Madame Warner, a commencé un vieux notable, ce n’est pas vraiment le lieu pour…

 

- Faisons-nous gagner du temps, a tranché Stacy. Plus de la moitié des membres de ce Comité font partie du Conseil d’Administration, autant faire d’une pierre, deux coups.

 

Elle s’est levée, à nouveau, pour leur exposer la situation.

 

- Le Docteur Gregory House a subi il y a deux mois une stimulation cérébrale profonde dont les risques étaient mesurés et identifiés. Il a signé une décharge à ce sujet, qui lui garantissait qu’en cas d’accident, l’hôpital couvrirait la totalité de ses frais médicaux. Hors, à ce jour, vous refusez de prendre en charge la psychothérapie que vous lui imposez pourtant, comme un élément décisif permettant de vous assurer que les divers suivis neurologiques, les traumatismes subits, ne constituent pas des éléments l’entraînant vers une éventuelle incapacité à exercer.

 

- Il nous semble juste important que le Docteur House soit prêt à assurer lui-même le prix de sa psychothérapie… A avancé le Dr Zweig.

 

Stacy l’a fusillé du regard.

 

- Cet argument serait recevable si le Dr House avait effectivement manifesté l’envie de s’engager dans une thérapie à titre personnel, mais dans la mesure où vous la lui imposez, pourquoi devrait il en supporter le coût ?

 

Un silence à couper au couteau a suivi cette déclaration. Stacy a compulsé nerveusement quelques dossiers sur la table, visiblement décidée à plier bagage avec humeur. Le ton posé, calme, qu’elle a adopté ensuite contrastait étrangement avec cette attitude.

 

- Je ne peux m’empêcher de penser que certains membres de ce comité… de quoi, déjà ? Ah oui, d’éthique ! Donc que certains membres ici présents montent –très maladroitement- une sorte de guérilla interne visant à évincer mon client. En examinant objectivement un certain nombre d’éléments, il me semble bien qu’on désigne cette manoeuvre par un terme plus général…

 

Debout devant l’assistance captivée, Stacy a fait claquer ses doigts à mainte reprise, feignant de solliciter une mémoire défaillante. Puis, son visage s’est soudain illuminé :

 

- Oh ça y est ! Ca s’appelle du harcèlement, oui ! Comment ai-je pu oublier ça ? Il se trouve que ce terme est un vrai sésame, auprès d’un tribunal. Dix fois sur dix, en l’utilisant, je me suis assuré de belles victoires…

 

Je jure avoir senti un souffle glacial balayer la pièce. Elle s’est tournée vers moi, m’a fait signe de la suivre. Tous les regards, stupéfaits, étaient orientés vers nous.

 

- Tu viens Greg ? M’a-t-elle demandé. J’ai besoin de toi pour mettre en route quelques procédures… Oh mais rassure toi, ce ne seront que des formalités !

 

Je me suis levé et je lui ai docilement emboîté le pas. Nous avons quitté le comité en saluant austèrement les membres, un vrai salut à la japonaise, comme si nous nous apprêtions à les occire d’un coup de katana franc et précis dès qu’ils se relâcheraient un peu.

 

Une fois dans le couloir, Stacy m’a fait face, son regard songeur posé sur moi. Je me suis éclairci la gorge.

 

- Il n’y a pas si longtemps, ai-je hasardé, toi et moi, on fêtait nos victoires en nous envoyant en l’air comme des bêtes…

 

Les mains sur les hanches, elle m’a toisé avec sévérité, mais ses lèvres souriaient. Elle a posé une main tendre sur ma joue, mais ne s’est pas attardée dans son geste.

 

- Ce procès sera du gâteau, Greg. Tu as conscience qu’ils te mangeront bientôt dans la main ? »

 

J’en avais vaguement conscience, mais elle m’a encore plus éclairé à ce sujet. Et c’est pourquoi je fais appel à vous, membres de Princeton Plainsboro, aujourd’hui.

L’action est simple :

 

Laisser une signature dans les commentaires ne vous engagera personnellement à rien, mais vous m’aiderez ainsi à prouver que le Conseil d’Administration de l’hôpital n’a pas toujours fait preuve de bienveillance à mon égard. Si vous faites partie des membres du personnel, depuis au moins trois ans, il est impensable que vous n’ayez rien remarqué à ce sujet. La moindre trace aura son importance, car elle fera sensiblement pencher la balance de mon côté lors de l’argumentaire que Stacy développera dans sa plaidoirie.

 

J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’un acte désintéressé, civique. Ne vous attendez pas à recevoir un quelconque dédommagement de ma part, ni même une boite de chocolats. Je pourrais éventuellement faire preuve d’une certaine forme de gratitude si vous avez la plastique de Pamela Anderson, que vous le précisez en dessous de vos coordonnées (éventuellement celles de votre service).

 

A vous de jouer.

 

 

juillet 30, 2008

Des nouvelles d'Hawaï

Merci à mon confrère et ami le Pr Lurie, d'Oxford Research, de m'adresser des nouvelles régulières de notre chère doyenne. Je lui suis d'autant plus reconnaissant que je m'étais lassé de mon fond d'écran Carmen Elektra Naked. Il est à noter que le Docteur Lisa Cuddy se distingue particulièrement, à l'occasion de ce congrès. Ses interventions sont ponctuées d'applaudissements interminables. Hier, on l'a vue très entourée de nombreuses pointures masculines du domaine médical et juridique, lors d'un cocktail. On la définit là-bas comme travailleuse, rigoureuse, et souriante. Reste à savoir si elle conservera l'ensemble de ces valeurs à son retour au bercail. Il faut dire que malgré l'ambiance survoltée qui règne à Princeton Plainsboro, les couloirs s'ennuient de ne pas entendre l'écho habituel qui les faisait vibrer chaque matin, vers 10h30. Que deviendrais-je sans mon " HOUSE !!!" quotidien, accompagné d'un claquement sec de talons hauts à la démarche nerveuse et agacée ? Je crois que j'en ai autant besoin que de Vicodine, de beurre sur mes tartines, et de mes soaps journaliers. Habitudes, lorsque vous nous tenez...

 

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juillet 29, 2008

Business-man

IL n'y a pas à dire : Je me sens comme un poisson dans l'eau dans mes nouvelles fonctions de Directeur suppléant !


La situation est simple : Je ne peux plus exercer pour le moment, puisqu'on m'a suspendu ma thérapie, je suis donc dispensé de médecine jusqu'à nouvel ordre. J'ai donc tout délégué à Foreman : c'est lui qui signe les autorisations d'examens à la place de Cuddy, qui prend les décisions médicales urgentes et qui me remplace en consultations... Bon, il n'y a plus vraiment de consultations, puisque la grève est maintenue depuis qu'on m'a retiré tout pouvoir de décision budgétaire. Foreman ne pourra pas me reprocher de ne pas lui avoir allégé la tâche.

Je crois que certains membres du Conseil d'Administration ont simplement redouté que je pratique dans leur dos quelques virements du compte de l'hôpital au compte de Cate Milton. Les gens sont parfois d'une méfiance qui frôle la mesquinerie, quand on y pense.

Ceci dit, j'assume quand même ma part de responsabilité : Cet après-midi, j'ai demandé au personnel de service de remplacer les rouleaux de papier toilettes dans les WC des hommes. Je prends mon rôle très à coeur, je tiens à ce que Cuddy soit fière de moi lorsqu'elle reviendra, vendredi.

Oh, je dois vous laisser. Pas tellement le temps de blogger ces temps-ci. Taub vient de faire irruption dans le bureau de Cuddy pour une question importante : la nouvelle disposition de l'écran plasma dans la salle de repos. Ensuite, je dois aller régler un problème au service comptabilité : Ils viennent de tomber à court de pochettes plastifiées.

La vie de business-man n'est pas de tout repos, décidément. Mon agenda parle de lui-même.

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juillet 28, 2008

Première salve

Article du Courier-Post, édition du soir
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Ps : Merci Bikyel pour vos conseils avisés ! On remet ça quand vous voulez.

juillet 27, 2008

Alexi Murdoch - Orange sky


Découvrez Alexi Murdoch!

 

Juillet 95, ce dimanche mémorable.

 

Ce matin-là, elle était rayonnante, ses longs cheveux bouclés, son corps soyeux épousant le mien au milieu des draps froissés. Nous avons fait l’amour au réveil, comme souvent. Je me souviens ensuite d’elle nue, devant un miroir. Moi derrière, fasciné par l’éclat si particulier de ses yeux de jais, lorsque le soleil s’est faufilé dans notre chambre.

 

« J’aimerais tellement aller voir l’océan… » A-t-elle simplement dit, accrochant mon regard dans le reflet de la glace.

 

Je suis passé emprunter la voiture de Wilson, puis je suis revenu la chercher. Elle a accouru au bruit du moteur, vêtue d’une robe légère, ma guitare sous un bras, un sac contenant bières et sandwiches au bout de l’autre. Elle a sauté dans la voiture. Il était encore assez tôt, nous avons pris la direction de Keansburg.

 

Elle a beaucoup parlé. Je l’écoutais, les yeux braqués sur la route, et quelquefois sur ses jambes nues, lorsqu’elle les étendait sur le tableau de bord. Il était question d’avenir, de projets, d’insouciance, de choses simples. Beaucoup de ses phrases étaient ponctuée de petits rires clairs.

 

On a trouvé un coin retiré sur la plage, très loin des regards et des rassemblements. On a passé la journée dans l’eau, on a paressé au soleil, exploré la crique, observé les chalutiers qui sillonnaient la côte. Bien plus tard, nous avons savouré le coucher de soleil, les nuances du ciel s’embrasant lentement, passant du jaune safrané au rouge flamboyant. Une petite brise tiède balayait nos corps. J’ai fait un feu de fortune avec du bois flotté, et nous sommes restés longtemps, jusqu’à la nuit tombée, sans parvenir à nous résoudre à quitter l’endroit.

 

Ce jour là, nous retenions le bonheur à la force de nos étreintes, au creux de nos mains entrelacées, à l’intensité de nos regards.

Ce bonheur auquel elle aspirait, et que je n’ai pu lui promettre.

 

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Ne souhaite pas commenter ni m’épancher sur le sujet. Ou alors juste auprès de jack. (Daniels).

juillet 26, 2008

Quelques mails

To : Cate MILTON

 

From : Gregory HOUSE

 

Objet : Freud au rabais

 

 

Cate,

 

 

Je suis au regret de vous annoncer que nos séances sont temporairement suspendues.

 

Il semblerait que Cuddy ait tout bonnement oublié d’adresser une demande de prise en charge de mes frais médicaux auprès du Conseil d’Administration de Princeton Plainsboro.

 

Un suivi médical strict, dont une psychothérapie, faisait pourtant partie des conditions nécessaires à ma reprise d’activité professionnelle. Sans ce suivi, hélas, je ne suis plus en mesure d’exercer, car mon degré d’invalidité reste encore à définir.

 

Oh, il faut pardonner Cuddy. Je pense qu’elle perd un peu le sens des priorités, en ce moment, elle est très préoccupée par ses prochaines vacances à Hawaï. Je n’ai pas voulu la déranger avec ces futilités.

 

Pourriez-vous adresser vous-même une demande de prise en charge auprès du Conseil de l’hôpital ? N’oubliez pas de préciser que vous préférez prendre vous-même les choses en main face à une certaine lenteur administrative.

 

 

J’espère vous revoir très bientôt. C’est idiot, je me sentais prêt à vous parler à cœur ouvert dès la prochaine séance. Ah, vraiment, c’est idiot…

 

 

Amèrement,

 

 

Greg House

 

From : Gregory HOUSE

 

To : Stacy WARNER

 

Objet : hello

 

 

Hello Stacy,

 

Je me demandais juste comment ça allait depuis tout ce temps.

 

J’attends de tes nouvelles,

 

 

Greg

 

From : Stacy WARNER

 

To : Gregory HOUSE

 

Objet :re : hello

 

 

Tiens, Greg, le grand retour !

 

Quand j’ai appris ce qui t’était arrivé j’ai bien dû laisser dix messages sur ton répondeur,  tu n’as jamais daigné me rappeler et j’ai fini par renoncer.

Et si tu en venais carrément au fait ? Comment vas-tu ?

Stacy

 

 

From : Cate MILTON

 

To : Gregory HOUSE

 

Objet : re : Freud au rabais

 

 

Dr House,

 

 

Vous me mésestimez sûrement. Je connais déjà tout le dédain que vous accordez à ma spécialisation. Je connais aussi votre degré d’implication dans ce que je peine à appeler « nos séances ». Gregory House à cœur ouvert ? Peut-être, mais alors au sens strict du terme, à grand renfort de bistouris, trocarts et écarteurs thoraciques.

 

 

Néanmoins, le psychiatre sait qu’il est un professionnel voué à offrir des services à ses patients et à préserver leur cause. Que vous soyez engagé ou non dans votre thérapie ne change rien au fait que vous êtes mon patient.

 

 

La pratique médicale est soumise à rude épreuve, je ne vous apprendrai rien. Il nous faut souvent jongler avec les  tracasseries bureaucratiques, entre autres. En m’appliquant à vous défendre,  je vais également défendre les valeurs de la psychiatrie, en rehausser le professionnalisme, unir mes efforts à ceux de la médecine structurée pour dénoncer une conduite qui est à mes yeux un manquement à l’éthique.

 

 

Comment peut-on, par simple négligence, vous priver de soins auxquels vous avez droit ? Comment peut-on sciemment vous laisser de côté alors que vous n’aspirez qu’à exercer à nouveau ?

 

 

Autant de questions, autant de sujets de révolte de ma part.

 

J’adresse de ce pas, une lettre bien sentie au Conseil d’Administration de Plainsboro.

 

J’en adresse également une copie à Cuddy, dont je mets aujourd’hui en doute les compétences professionnelles.

 

 

En espérant vous revoir bientôt,

 

 

Dr Cate Milton

 

From : Gregory HOUSE

 

To : Stacy WARNER

 

Objet : re re hello

 

 

Je vais bien, rassure toi. La routine habituelle.

 

Je dois passer jeudi  face au Comité d’éthique parce que j’ai eu la main un peu lourde lors d’une coloscopie sur un texan sodomite.

 

En fait, ça sent le traquenard.  Comme par hasard ils profitent d’une absence professionnelle de Cuddy pour me convoquer. D’ailleurs, Cuddy est dans tous ses états de ne pouvoir être là. Le Conseil d’administration a préparé le terrain en sucrant le budget alloué à mes thérapies. Je sens qu’ils vont s’en servir comme argument, remettre en cause mon intégrité, et faire valoir que j’étais parfaitement conscient des risques encourus.

Comme je te disais, la routine…

Greg

 

From : Stacy WARNER

 

To : Gregory HOUSE

 

Objet :re re re  : hello

 

 

J’ai du te relire trois fois ! Comment peuvent ils agir de la sorte ? Comment pourraient-ils dénigrer le degré de responsabilité de l’hôpital ? Tu étais conscient des risques, oui, mais les premiers conscients étaient EUX puisqu’ils t’ont demandé de signer une décharge. Tu t’es engagé à n’entamer aucun recours, mais EUX  se sont engagés à te couvrir en cas d’accident !

 

Je sais que tu n’es pas un ange, Greg, mais je sais quel médecin tu es. Je sais qu’exercer est toute ta vie et que tu le fais mieux que quiconque.

Je serai à Princeton jeudi matin. Adresse moi un  maximum de documents, que je puisse organiser ta défense d’ici là

Stacy

 

From : Gregory HOUSE

 

To : Stacy WARNER

 

Objet : re re re re hello

 

 

Et voilà ! Sainte Stacy à la rescousse ! J’aurais dû m’en douter ! Pourquoi je n’ai pas tenu ma langue ! Je m'en veux !

 

Ca m’embête vraiment de te déranger avec ça, mais maintenant que tu es au courant je ne voudrais pas prendre le risque de te voir sombrer dans la culpabilité de ne pas m’avoir porté secours. Je te connais, lorsque tu te sens coupable, tu souffres de maux  gastriques et  tu doubles ta consommation de cigarettes…

 

Epargne toi la peine de chercher un hôtel, je pense être en mesure de t’accueillir pour une nuit

Greg

ps : Tu trouveras les documents en pièce jointe

From : Gregory HOUSE

 

To : Dr Eric FOREMAN

 

Objet : confidentiel !

 

 

Tiens, Foreman, une petite anecdote qui ne manquera pas d’illuminer votre journée.

 

J’ai parlé à Cuddy, tout à l’heure. Il se trouve qu’elle s’envole dimanche soir pour un Congrès à Hawaï, en compagnie de Wilson et de Cameron.

 

C’est un congrès de la plus haute importance, Plainsboro y est largement représenté. J’avoue que j’ai été très étonné qu’elle ne vous propose pas d’y aller et je lui en ai fait part.

 

 

- J’ai trop besoin de Foreman ici, m’a-t-elle répondu.

 

 

J’ai alors dit que je ne comprenais pas pourquoi elle m’avait confié la direction de l’hôpital pendant cette semaine puisque apparemment vous étiez son « poulain ».

 

 

- C’est stratégique, m’a-t-elle révélé. Je veux que vous observiez Foreman pendant cette période, que vous notiez sa réactivité, son degré d’investissement, son autonomie, lorsque vous l’impliquerez dans la tâche qui est la votre.

 

 

Je dois dire que Cuddy a eu du nez sur cette affaire, parce qu’effectivement –toute considération raciale mise à part- j’avais bien l’intention de m’en remettre à vous pour toutes les basses besognes.

 

 

- Assureriez-vous votre relève ? J’ai demandé.

 

 

Ce à quoi elle a répondu par un sourire énigmatique.

 

 

Foreman, mon vieux, votre heure de gloire est enfin arrivée ! Tenez vous prêt à assurer comme une bête cette semaine ! Imaginez votre nom en lettres d’or dans le hall de Plainsboro !

 

 

 Votre père sera bientôt très fier de vous, je vous le dis.

 

 

 

From : Stacy WARNER

 

To : Gregory HOUSE

 

Objet :re re re re re  : hello

 

 

Jolie manoeuvre, Greg, mais je te rappelle que Short Hills n’est qu’à deux heures de Princeton. Je ferai l’aller retour dans la journée.

 

A jeudi.

 

 

Stacy

juillet 24, 2008

Plainsboro fried rats

Certains faits doivent rester privés, c’est exact. D’autres, en revanche, méritent d’être révélés à la face du monde.

 

Cuddy n’aura pas à regretter d’avoir attiré mon attention sur le sujet.

 

L’accomplissement de mon devoir de médecin, membre de cet hôpital, citoyen des Etats-Unis, est plus que jamais dans l’air du temps. C’est avec beaucoup d’ardeur que je m’attelle à  la tâche aujourd’hui.

 

L’ardeur de ceux qui agissent en toute bonne conscience parce qu’ils estiment nécessaire de dénoncer des faits, par pur devoir de responsabilité civique.

 

Je ne pouvais pas rêver d’un meilleur outil que mon journal, qui, grâce au zèle de Foreman, a ce caractère intime, qui fait qu’à ce jour, il est largement plus consulté par l’ensemble du personnel de l’hôpital, que, par exemple, la Gazette Médicale , les notes de services ou les circulaires de Santé Publique.

 

Aux environs de midi, à la cafétéria de Princeton Plainsboro, madame X déjeune en compagnie de son mari, et de ses enfants. Cette aimable sexagénaire est venue rendre visite à sa mère, suivie pour un cancer du colon, dans le service du Dr James Wison.

 

Alors que madame X se délecte d’un succulent plat de champignons à la grecque, elle présente soudain des signes d’étouffement, se met à hoqueter, suffoquer, sous l’œil paniqué de sa petite famille.

 

Je déjeune seul, à proximité immédiate de cette brave dame en difficulté. Je choisis de ne pas intervenir tout de suite, de laisser ce soin à un médecin dont la notoriété serait encore sur la sellette. Il se trouve en plus, que j’ai horreur des frites froides.

 

Mais personne ne bouge. Je renonce à bipper Kutner sur ce coup là. Il assiste une splénectomie au bloc, et les autres membres de mon équipe ont des occupations tout aussi futiles.

 

 Je me lève donc avec humeur et vient porter secours à madame X, sous l’œil humide et reconnaissant de son mari. Un rapide examen me permet de conclure à une dyspnée due à une obstruction trachéale. Monsieur X m’aide à relever madame, tandis que je prends derrière elle une pose peu mondaine pour effectuer une série de compressions thoraciques. Le corps étranger qui l’asphyxiait lentement ne tarde pas à jaillir de sa gorge et atterrit sur le linoléum de la salle, au beau milieu des badauds qui ont curieusement cessé de manger.

 

- C’est un os, m’annoncera un peu plus tard d’un ton catégorique, monsieur X, me tendant l’objet du délit enveloppé dans une serviette en papier.

 

Je suis retourné à mon plat de frites, tandis que Cuddy, sans doute alarmée par ses sentinelles, accourait dans la cafétéria. J’ai assisté, amusé, à la confusion, à son déploiement d’excuses, à la façon dont elle a brandi son décolleté sous les yeux de monsieur X, dont j’ai redouté à cet instant une apoplexie pure et simple. Quelques poignées de main, quelques œillades enjouées, et tout est rentré dans l’ordre.

 

La diffusion de L World a été ajournée cet après midi. Je me suis donc rendu au labo avec mon butin, soigneusement enveloppé dans la serviette estampillée Princeton Plainsboro Food.

 

 

J’en suis sorti quelques heures plus tard, avec un immense sourire aux lèvres. J’ai foulé le sol du bureau de Cuddy avec une joie triomphale.

 

- Quelle délicate attention de la part de nos diététiciens d’enrichir les crudités en protéine animale, ai-je dit. Il est clair que l’équilibre nutritionnel est une priorité nationale.

 

Comprenant ce à quoi je faisais allusion elle a levé les yeux au ciel.

 

- Ne soyez pas stupide, a-t-elle rétorqué. Ce sont des choses qui peuvent arriver en cuisine, de mélanger malencontreusement des ingrédients…

 

Je me suis laissé tomber sur le fauteuil, ai sorti la fiole qui contenait l’os, que j’ai agitée sous son nez.

- Vous irez sortir votre baratin aux végétariens de l’hôpital, mais je pense pas qu’ils vous applaudiront, ai-je continué. Oh, à propos, est-ce qu’il y aurait eu des fuites récentes au laboratoire d’expérimentation, vous savez, celui qui est situé juste en dessous des cuisines ?

 

Comme elle ne me répondait pas, se contentait de me fixer, d’un air désorienté, j’ai posé la fiole bien en évidence sur son bureau, avec les conclusions de mon analyse paléo-génétique :

 

- M’étonnerait pas qu’il manque un ou deux rats à l’appel, ai-je annoncé fièrement.

 

Je vous passe les détails sur son expression horrifiée, la crispation convulsive de ses mains, les nausées probables. Deux minutes de pur bonheur.

 

- House, pas de scandale, je vous en prie, a-t-elle murmuré en se reprenant. Je vais ordonner une enquête sanitaire, mais pas besoin d’ébruiter cette affaire. Je compte sur toute votre confidentialité, votre professionnalisme, et votre bon sens…

 

Ce en quoi elle a eu parfaitement raison.

 

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juillet 22, 2008

talons aiguille

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Aujourd’hui, Cuddy étrenne une splendide paire d’escarpins Jimmy Shoo qui souligne à merveille le galbe de ses chevilles.

 

Je m’interroge.

 

J'ai toujours aimé la féminité. J'ai toujours suivi du regard de jolies jambes gainées, de jolies chaussures, les jupes ajustées qui épousent finement les formes. J’admire, je divague. J’ai un goût prononcé pour les talons aiguille, les tailleurs sobres, élégants et sexy. De ce côté-là, Cuddy me laisse rarement sur ma faim.

 

J’ai laissé échapper un sifflement évocateur lorsqu’elle est entrée dans mon bureau, ce matin. Elle a souri.

 

- Vous savez, ai-je dit, selon de récentes études, l’achat compulsif de chaussures révélerait un certain caractère obsessionnel. Les femmes considèrent les chaussures comme le meilleur antidépresseur. Mal dans sa vie, bien dans ses pompes, en quelque sorte.

 

Elle n’a pas relevé, a tenté de faire diversion avec de vagues arguments. Il devait y être question de consultations et de retard. J’ai enchaîné :

 

- C’est une conduite masochiste à mes yeux. On se doute de ce que vous endurez, à marcher toute la sainte journée sur… ces deux piédestaux. Ce doit être une vraie torture de devoir passer par là, malgré tous vos titres, pour affirmer un quelconque potentiel working-girl, non ?

 

Sans cesser de sourire, elle a posé ses deux mains sur mon bureau et a planté ses yeux dans les miens, et riposté, ironique :

 

- C’est votre thérapie avec Cate qui vous rend si perspicace, ou bien vous avez simplement piqué le dernier Cosmo en salle d’attente ?

 

- Ca me semble improbable, ai-je répondu. Ca fait bien trois jours que je n’ai pas mis les pieds en consultations. Et pourquoi faudrait-il qu’il y ait une raison au fait que je sois inquiet pour vous ?

 

Elle a soupiré, s’est encore un peu plus penchée vers moi. Ses yeux brillaient d’un drôle d’éclat.

 

- L’avantage certain des talons hauts, a-t-elle dit, c’est qu’ils me permettent de faire entendre mon pas alerte. Ainsi, je n’ai pas à toussoter pour m’annoncer, ce qui nous évite à vous comme à moi, l’inconvénient de vous surprendre, par exemple, en plein visionnage de vos derniers téléchargements illicites… De plus, les talons hauts me permettent de vous regarder directement dans les yeux, lorsque j’ai quelque chose à vous reprocher et mon autorité à affirmer. Ce qui arrive bien dix fois par heure, ces derniers temps.

 

J’ai réfléchi et fait la moue.

 

- Ce ne sont pas des arguments valables, ai-je répliqué. D’une part, il y a de la moquette à tous les étages de l’hôpital, et celle de mon bureau est bien plus épaisse que partout ailleurs… Et d’autre part, si vous voulez me regarder dans les yeux, pourquoi toujours détourner mon attention par des décolletés vertigineux ?

 

Elle s’est redressée aussi sec, m’a lancé un regard chargé de reproches.

 

- House, je vous veux en consultations d’ici cinq minutes, a-t-elle sommé.

 

Et elle a quitté mon bureau en faisant de gros efforts pour se déhancher le moins possible.

 

Je peux vous assurer que ses efforts étaient vains.

juillet 20, 2008

Kutner

Je crois que j’aime bien Kutner.

Bien sûr, personne n’est au courant. Surtout pas lui.

 

Il parle peu de lui, déploie une énergie peu commune dans son travail, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est qu’il ne perd jamais une occasion de se marrer.

Il a investi la chambre du comateux, en a truffé les placards de pop-corn, biscuits, sodas et barres chocolatées. Il prétend que c’est l’endroit le plus sûr de Princeton Plainsboro pour planquer des trucs, vu que personne ne vient jamais visiter cette chambre. Personne d’autre que nous deux, j’entends.

 

On s’y retrouve souvent, à l’heure des consultations. En fait, ironie du sort, General Hospital est diffusé précisément à cette heure là. On a rédigé une lettre à Cuddy, à ce sujet, demandant une révision de nos horaires d’astreinte, mais la requête est restée sans réponse à ce jour.

 

- On aurait plus de chance en adressant une demande directe à la chaîne ABC, a-t-il déploré hier matin, les yeux rivés sur la plastique avantageuse d’Anna Devane.

 

Je lui ai piqué quelques pop-corn, sans lâcher le petit écran du regard.

 

- Ca ne vous semble pas un peu aléatoire ? J’ai demandé.

 

- Oh, ça non ! A-t-il répondu la bouche pleine. Aucune demande ne l’est jamais. Il suffirait de tourner habilement la lettre. De dire que les horaires de diffusion de la nouvelle saison empêchent à l’ensemble du personnel des hôpitaux de mener à bien leurs taches. Que ce soap nous est vital, qu’il est comme notre pain quotidien, qu’il nous permet d’évacuer le stress, ce sans quoi, on ne sauverait pas autant de patients. Un petit coup de cirage de pompes, un petit cachet de Cuddy, et le tour est joué !

 

 

Vraiment, il me plait bien, Kutner.

 

Ce matin, je lui ai demandé de me prêter vingt dollars. Il a sorti un billet de sa poche. J’ai noté son air hésitant.

 

- Voyons voir, a-t-il exposé. Si je vous prête ces vingt dollars et que vous ne me les rendez pas, nous encourons le risque de nous fâcher plus tard. D’un autre côté, si je ne vous les prête pas, nous nous fâchons, ici et maintenant… Mais l’avantage, c’est que je garde mon fric !

 

 

Et il a rangé le billet dans sa poche.

 

Sincèrement, il me plait de plus en plus.

juillet 16, 2008

Le bout du tunnel

Ca devait arriver. J’ai Cuddy sur le dos depuis ce matin.

 

 

Les raisons de sa colère sont réelles. Je viens de vérifier sur mon calendrier : elle est encore à une semaine de son pic d’oestradiol.

 

 

 

Tout a commencé vers 11 heures.

 

Un digne sexagénaire, de modèle conservateur, se présente en consultation, accompagné de son épouse, honorable ménagère de plus de cinquante ans. Il est atteint d’une rectocolite hémorragique, probablement en plein stade évolutif.

 

 

C’est mon jour de chance. Je fais appeler Kutner. Non pas qu’il se distingue particulièrement dans le diagnostic rectal, mais précisément parce qu’il est en pause déjeuner.

 

 

 

Le patient prend une position proctologique sur la table d’examen, tandis que madame, angoissée et compatissante, se tient à ses côtés.

 

 

Kutner introduit dans le fondement du patient le rectoscope rigide. Quelques secondes plus tard, il me demande mon opinion sur quelque atteinte muqueuse rectale. Nous voici donc penchés tous deux, épaule contre épaule, sur l’orifice du patient, éclairé faiblement par la lumière du rectoscope, à spéculer sur le caractère sémiologique des ulcérations.

 

 

Le patient, qui jusqu’ici ne manifestait son incommodité que par une tension muette et stoïque, commence, au fur et à mesure que l’examen se prolonge, à gémir, à crier, à serrer les fesses, à se plaindre.

 

 

 

- Aie, messieurs, c’est très désagréable, tout de même !

 

 

- Encore un peu de patience, je vous prie, compatit Kutner, qui arrive au terme de l’examen.

 

 

 

Et il continue gaiement à fouailler les entrailles par des allers et retours, des rotations et des repositionnements de plus en plus énergiques de l’appareil. Le patient braille maintenant franchement.

 

 

 

- Je vous en prie, arrêtez ! J’ai trop mal ! C’est vraiment douloureux !

 

 

La petite voix flûtée, mais ferme, de madame, s’élève soudain à mes côtés. J’y relève quelques accents jubilatoires.

 

 

- Vous savez, je n’ai jamais cessé de lui dire que c’était désagréable. Au moins, maintenant, il sait ! Me glisse t-elle, les lèvres pincées.

 

 

Nous échangeons un regard bref, objectif et complice. Je me tourne alors vers Kutner et lui demande d’aller chercher l’artillerie lourde, le kit souple, celui qui nous permettra d’atteindre le bout du tunnel.

 

Et il se trouve que monsieur, drapé dans le peu de dignité qui lui restait, est allé ensuite se plaindre à Cuddy. Monsieur est Texan d’origine. Il m’accuse ouvertement d’avoir pratiqué l’examen avec une ardeur toute sodomite, ardeur que sa bonne moralité réprouve.

 

 

Cuddy est maintenant dans mon bureau, elle me sermonne impitoyablement, tandis que détaché, je rédige mon journal :

 

- Une sigmoïdoscopie sans anesthésie, House ? Vous avez perdu la tête ! Cet homme a dû endurer un vrai calvaire ! Croyez-vous que le procès systématique soit la seule issue normale à vos consultations ? Tritter ne vous a pas suffit ?

Etc.

 

De temps en temps, tandis qu’elle va, vient, virevolte, les bras croisés, je m’autorise un coup d’œil sur son postérieur moulé dans un élégant tailleur Jesse Khong.

 

Goddam, ma moralité n’a rien à envier à celle de Monsieur Texan.

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